Madame d’Averne fut l’une des nombreuses et petites maitresses du Régent. Prénommée Sophie, ses origines demeurent douteuses. Une note de Barbier la dit fille du marquis de Brézé. Les Mélanges de Boisjourdain affirment que son père était M. de Brégis, conseiller au Parlement. Le Recueil Maurepas dit de Flécelles ou Flécelles de Brégy. Les Mémoires de Maurepas se prononcent pour une généalogie toute différente, et qui, si elle est fausse, l'est du moins avec toutes les apparences de la vérité. D'après cette autorité, madame d'Averne-Beauveau était fille de M. du Rivaux (Beauveau). « Ce M. du Rivaux épousa en secondes noces une Brancas, dont il eut quatre filles qui ont été toutes quatre mariées, une à M. de Flamarens, grand louvetier, une à M. d'Ailly, une à M. d'Havré-Ménil, en Normandie, et madame d'Averne, cette dame qui a fait beaucoup de bruit pendant la minorité, etc. ... ». Quant à Marais, « la dame s'appelle de Brégis en  son nom, est fille de condition, jeune, belle et bien faite. »

On ne sait rien de la jeunesse de Mme d’Averne qu'elle employa sans doute tout simplement à croître et à embellir, en fille bien avisée. Moins précoce du côté de l’esprit, Mme d’Averne eut le cœur éveillé de bonne heure. Jeune fille, elle avait deviné la passion. Femme, elle se hâta d'y vivre. Elle ne semble avoir pris un mari que pour se donner le droit d'avoir décemment un amant comme toute autre femme du temps de la Régence. Elle épousa (l'histoire a oublié la date aussi vite qu'elle) un lieutenant aux gardes, appelé Ferrand d'Averne. C'était le fils d'un lieutenant général d'artillerie, nommé Ferrand de Cossé. Ce mari était ainsi fait que c'eût été se compromettre que de l'aimer plus de vingt-quatre heures. Du reste, il était épileptique.

Mme d’Averne se hâta donc d'être infidèle. L'heureux mortel qui eut les prémices de sa liberté était le marquis d'Alincourt, deuxième petit-fils du maréchal de Villeroy, qui avait épousé tout récemment la belle et modeste mademoiselle de Boufflers, fille du maréchal duc de ce nom. La jeune marquise d'Alincourt, « élevée dans une famille qui étoit comme une école de vertu », eut de bonne heure besoin de toutes ses forces pour demeurer honnête. C'était à coup sûr difficile à la femme assez malheureuse pour être à la fois la belle-sœur de la trop fameuse duchesse de Retz, la sœur du jeune marquis de Boufflers, et l'épouse du marquis d'Alincourt, deux roués, l'un précoce, l'autre déjà blasé, compromise l’année suivante dans cette débauche de Versailles, tentative effrontée d'une sorte de restauration du mignon nage, dont le cynisme provocateur fit rougir pour la première fois la Régence elle-même, violemment rappelée à la pudeur.

Le marquis d'Alincourt, qui ne devait pas se montrer meilleur père que mari, s'empressa de sacrifier sa femme qui l'adorait, et qui, pour lui, avait résisté à Richelieu lui-même, à la première coquetterie de madame d'Averne, dont la beauté provoquait toutes les hardiesses que décourageait le calme et limpide regard de la céleste marquise. Cette année 1721 était du reste une année fatale à la foi conjugale. C’était l’époque ou semblait régner l’infidélité et où le mariage était bafoué. C'était le temps où le prince Charles de Lorraine renvoyait sa jeune femme à son père, sans savoir pourquoi, ou du moins sans vouloir le lui dire, et revenait brusquement à la vie de garçon. Cette brutalité de haut rang devait trouver des imitateurs. Ce fut comme une émulation de scandale, comme une fureur de séparation. Tout Paris suivit l’exemple. « Depuis que l'on a vu une dame renvoyée, dit Marais, il a pris en gré à des maris d'en faire de même; et M. de Lautrec, gendre de M. le premier président, a remis la sienne entre les mains de son père, qui la garde et ne la mettra pas dans un couvent ; elle est rousse, et on dit qu'elle en a les défauts. Il y a aussi M. et madame d'Estaing qui se sont quittés. Enfin, la mode vient de quitter les femmes comme on quitte une maîtresse infidèle. »

Mais cette liaison ne dura pas longtemps car Mme d’Averne ne passa pas inaperçue aux yeux du Régent. Celui-ci venait de congédier Mme de Parabère et la chronique galante du temps racontait le renvoi de l'ancienne favorite, et voici comment elle annonçait l'avènement de la nouvelle : madame de Parabère est morte ! vive madame d'Averne ! « On parle beaucoup de madame d'Averne, femme d'un officier aux gardes, qui est très-belle, et que le Régent voudrait avoir. Les articles sont proposés, mais non encore acceptés : cent mille écus pour elle, une compagnie pour son mari. »

Malgré ses conditions un peu exorbitantes, le prince accepta tout et fit porter à M. d’Averne, non seulement son brevet de capitaine aux Gardes, mais encore celui de gouverneur des Navarrins, en Béarn. Et comme le Régent demandait à l’officier, porteur de ces présents magnanimes, si M. d’Averne était content : « Content, monseigneur, répondit le spirituel messager. Les cornes lui en sont venues à la tête ! »

Ceci se passait au printemps 1721, peu après la brouille du Régent et de Mme de Parabère ; mais la nouvelle favorite craignant le retour de la belle marquise, exigea son renvoi de Paris et le Régent s’exécuta encore. Le 16 juin de cette année, le prince conduisait dans sa loge sa nouvelle conquête. « Le mardi 16, à l'Opéra, elle a paru dans la loge du Régent très-parée, à la face de tout Paris. » C’était une sorte de présentation qui la consacrait maitresse en titre. Vers cette même époque, Mme d’Averne s'était déjà donné la confidente indispensable et avait chargé une amie complaisante du soin de la faire valoir. « Elle avoit pour compagnie madame Dodun, qui est très-jolie, femme d'un des principaux officiers du Régent, et qui sera sa complaisante. Elle a aussi des amants et cela fera la partie carrée. »

Le duc d’Orléans semble avoir été fort épris de Mme d’Averne, car il fit pour elle de véritables folies. Il lui donna notamment, le 30 juillet 1721, à Saint-Cloud, une fête superbe, dont Barbier fait la description suivante : « Il y avoit douze hommes et douze femmes priés pour le souper, en habits neufs.... Madame d'Averne y était brillante, avec madame du Deffand et une autre dame ; plusieurs autres dames se sont excusées d'y venir, et n'ont pas voulu prendre part à cette joie. Il y avoit beaucoup d'hommes de la cour du Régent... Souper magnifique, grande musique .... La fête a duré une partie de la nuit.... A dix heures on illumina les jardins et tout le parc de terrines et de lampions attachés aux arbres, qui faisaient avec les cascades et les jets d'eau un effet surprenant. A minuit et un quart, on tira un feu d'artifice sur l'eau qui fut beau et bien exécuté, malgré la petite pluie. J'ai vu cette fête. L'illumination était superbe, de voir tout un parc en feu. Tout Saint-Cloud, Boulogne, et le bord de l'eau de côté et d'autre, Passy, Auteuil, étaient remplis de carrosses avec des flambeaux, ce qui faisait le plus bel effet, et on voyait de toutes parts les délices de Caprée. Il y avoit un monde épouvantable, de manière qu'hier matin les paysans de ce pays-là sont venus au Palais-Royal, au nombre de dix députés, présenter un mémoire des dégâts. »

A partir de ce moment-là, les épigrammes commencèrent d’éclore. Le Régent fut insulté aux Tuileries par des inconnus, et même maltraité. On juge bien que l’outrage qui ne l'avait pas épargné n'épargna par ses maîtresses, qui furent non moins rudement accostées que lui.

Voici deux épigrammes, cités par le recueil Maurepas :

1er épigramme :

Dans les airs, sur la terre et l’onde

Que tout parle de mon amour !

Les feux, dans une nuit profonde,

Remplacent bien l’astre du jour.

Je n’aime rien tant que d’Averne

Après ma déesse Laverne.

2e épigramme :

Chez les Caligula, chez les Trimalcions,

Avec soin on cacha les forfaits er les crimes ;

Philippe, plus hardi, suivant d’autres maximes,

Fait briller pour les siens dix mille lampions.

Il est vrai que le jeune Arouet cherche à panser les plaies faites par ces méchants satiriques, en adressant à Mme d’Averne la galante épitre qui suit à propos d’un ceinturon donné par la Favorite au duc d’Orléans lors de la fête que ce dernier avait faite en son honneur le 30 juillet 1721 :

Pour la mère des Amours,

Les Grâces autrefois firent une ceinture.

Un certain charme était caché dans sa tissure.

Avec le talisman, la Déesse était sûre

De se faire aimer toujours !

Et pourquoi n’est-il plus de semblable parure ?

De la même manufacture,

Sortit un ceinturon pour l’amant de Vénus.

Mars en sentit d’abord mille effets inconnus.

Vénus, qui fit le don, ne se vit pas trompée :

Aussi, depuis ce temps, le sexe est pour l’épée.

Les Grâces qui, pour vous, travaillent de leur mieux,

Ont fait un ceinturon sur le même modèle.

Que ne puis-je obtenir des dieux,

La ceinture qui rend si belle,

Pour l’être toujours a ses yeux !

La faveur de Mme d’Averne dura encore quelques mois, mais après le sacre de Louis XV a Reims, soit lassitude, soit tout autre motif, le Régent congédia sa maitresse et, comme celle-ci résistait, le prince lui fit dire qu’elle saurait bien se consoler avec le duc de Richelieu et le marquis d’Alincourt, ce qui ne manqua pas. On croyait alors que le Régent la délaissait pour la belle Mlle de Charolais, sa nièce. Le duc de Bourbon écrivait alors au cardinal Dubois : « On me mande, monsieur, que le congé est donné à madame d'Averne, et on me mande en même temps que le bruit court que c'est mademoiselle de Charolais qui la remplacera. Votre Eminence pense bien que je n'ajoute pas foi à cette nouvelle. Mais comme cependant j'ai vu arriver tant de choses extraordinaires, je crois que d’y faire un moment d'attention ne peut jamais faire de mal. » Et ici perce le bout de l'oreille, le vrai motif de cette lettre hypocritement timorée : « C'est ce qui m'engage à vous en écrire pour vous dire que ma sœur est au milieu de la cabale que vous connaissez, que c'est la plus acharnée de toutes contre vous, moi et les nôtres.... Un mot de réponse, s'il vous plaît, car comme ma sœur est bien folle, et que M. le Régent n'est pas trop raisonnable sur les dames, cela ne laisse pas de me donner un peu d'inquiétude. »

Le cardinal Dubois lui répond de manière ne lui laisser aucune crainte : « La dame qui est venue à Versailles a été priée de n'y plus venir. Cet événement a fait naître le bruit qui est venu jusqu'à V. A. S. Mais je vous assure qu'il n'a aucun fondement et vous pouvez avoir l'esprit en repos sur les mauvais effets de cette liaison imaginaire. »

Voici les détails authentiques de la chute de madame d'Averne : « Le retour du sacre n'a pas été favorable aux maîtresses. Le Régent, dès le même jour, a dit à madame d'Averne qu'il ne convenait pas qu'elle restât à Versailles, que cela donnerait un mauvais exemple au roi, qu'il serait toujours de ses amis et son homme d'affaires , qu'elle pourvoit venir manger à Paris avec lui (et même y coucher si elle vouloir) , et d'autres discours qui sentaient ou l'inconstance ou le dégoût. On prétend que c'est un tour du premier ministre qui n'a pas trouvé bon qu'elle eût des liaisons avec M. de Noce, qui était revenu pendant le sacre , et qu'on a bientôt renvoyé à Boran. On soupçonne aussi la dame d'infidélité avec le duc de Richelieu, qui s'est prévalu de l'absence du maître. Quoi qu'il en soit, la voilà renvoyée, et son règne n'a duré que depuis le 12 juin 1721 qu'elle s'était livrée au Régent pour de l'argent. Son mari en reste pour le gouvernement de Navarreins et des cornes d'elle, très-peu de chose, outre le déshonneur. »

Malgré cette disgrâce, Mme d’Averne continuait de souper quelques fois avec le Régent et comme l’attestent le journal de Barbier et les Mémoires de Richelieu (par Soulavie), elle aurait eu un regain de faveur en l’année 1723 mais ce fut pour de courte durée. Apres sa faveur auprès du Régent, Mme d’Averne ne parut qu’une fois dans le journal de Marais et si ce n’est que pour dire qu’elle a eu un nouvel amant : « Madame d'Averne, ex-maitresse du Régent, est aimée par D...., gendre du garde des sceaux. Il lui a écrit que si elle  ne répondait pas à sa passion, il serait mort dans trois jours. Pour toute réponse, elle lui a envoyé un capucin, afin qu'il ne meure pas sans confession. C'est ainsi qu'elle s'en est défaite. » Après cette mésaventure, on perd toute trace de Mme d’Averne et sa date de décès reste encore ignorée.

 

Sources : LES MAITRESSES DU RÉGENT de M. Lescure