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Née à Varèse le 18 avril 1773, Guiseppina Grassini est issue d'une famille modeste lombarde et sa mère est violoniste. Elle devient en 1789 la maitresse du prince Alberico Barbiano de Belgiojoso qui facilita sa carrière de cantatrice. À 17 ans, elle chante à la Scala, et ses jeunes années se partagent entre la Scala et la Fenice. Elle crée le nouvel opéra de Cimarosa Artemisia di Caria. L'œuvre est médiocre, mais la Grassini fait un triomphe.

En 1797, elle se produisait à la Scala de Milan où Napoléon alors Bonaparte la vit pour la première fois mais ne fut séduit que par sa voix. Ce n'est que trois ans plus tard qu'elle se produit de nouveaau à Scala devant Bonaparte, vainqueur récent de la bataille de Marengo, et chante La Marseillaise avec une conviction passionnée. Elle devient la maîtresse du Premier Consul dans la nuit du 4 au  5 juin qui l'amène à Paris. Elle part ensuite en tournée avec le violoniste Pierre Rode, revient en Italie, puis va se mesurer à Londres avec la soprano anglaise Billington. Leur apparition commune est souvent l'occasion d'un affrontement vocal acharné. 

Jean Savant observe : "A Paris,la Grassini est fêtée. Bonaparte la traite largement, et ses ministres mettent en vedette, dans leurs salons, la favorite du moment.Les succès et l'or viennent à flots à la belle italienne. Est-elle heureuse?...Non, ce n'est pas l'existence qu'elle attendait. Ce Bonaparte ne l'aime pas vraiment. Or, elle aime être aimée. Lui, vient la voir à l'improviste, l'étreint...brièvement, et repart. Nulle galanterie, aucun soin. Elle attendait des délicatesses : elle n'est qu'un gentil animal à plaisir, payé pour des échanges furtifs, aussi brusques que décevants. Elle se révolte, et, dans son entourage, distingue un consolateur, le jeune violoniste Pierre Rode, Bordelais enjoué, dont elle s'éprend subitemment..."C'est un ange..." confie t'elle à une de ses amies".

Tout Paris connait la passion de la Grassini pour Rode. Comme il est de tradition, "Bonaparte seul..." Enfin informé par Fouché, Bonaparte tente de la faire revenir sur la voie de la fidélité en la privant de ses gros cachets et de ses pensions. Mais la Grassini refuse de se soumettre et quitte Paris à la fin de 1801 en compagnie de Rode. Elle continue à chanter à Berlin, Vienne, Milan, Londres 
et donne plusieurs fois des représentations à Paris entre 1807 et 1813.

En 1806, Napoléon la rappelle à Paris où elle est nommée Première cantatrice de sa Majesté l'Empereur. Après l'abdication, la Grassini retourne un

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temps à Rome, puis revient à Paris lors des Cent-Jours et sous la Restauration.

Le 21 juin 1813, Napoléon accorde enfin à la Grassini la pension qu'il lui avait promise, mais la chute de l'Empire fait qu'elle ne la touchera jamais.

Elle s'affichera avec Wellington à la chute de l'Empire : La manière dont Wellington s'exhibe avec cette ex-maîtresse éphèmère de Napoléon, à Paris en 1816, provoque l'indignation de la comtesse de Boigne, qui de toute façon ne peut supporter le vainqueur de Waterloo : "Je me rappelle qu'une fois il inventa de faire de la Grassini, alors en possession de ses bonnes grâces, la reine de la soirée. Il la plaça sur un canapé élevé dans la salle de bal, ne quitta pas ses côtés, la fit servir la première, fit ranger tout le monde pour qu'elle vît danser, lui donna la main et la fit passer la première au souper, l'assit près de lui, enfin lui rendit les hommages qui d'ordinaire ne s'accordent guère qu'aux princesses. Heureusement il y avait quelques grandes dames anglaises à partager ces impertinences, mais elles n'étaient pas obligées de les subir comme nous et leur ressentiment ne pouvait être comparable."

Cependant ses relations anciennes avec Napoléon ne sont pas du goût de Louis XVIII. Comprenant qu'elle n'a plus rien à attendre à Paris, elle retourne en Italie. Elle fait ses adieux à la scène en 1823 à FlorenceElle partage alors son temps entre Milan et Paris où elle tient un salon, recevant de nombreuses personnalités musicales. Elle guide les débuts de ses deux nièces (filles de sa sœur Giovanna) Giuditta et Giulia Grisi.

Septuagénaire, elle décède à Milan le 3 janvier 1850.

Sans quitter le cadre de l'opéra seria et face à des concurrentes se grisant de virtuosités vocales, la Grassini a incarné un chant plus expressif, plus émouvant, laissant présager le romantisme. Les cantatrices de la nouvelle génération (Isabella Colbran et Giuditta Pasta) se réclameront d'elle.

 

Sources :

Magazine Napoléon 1er n°1

"Wellington" d'Antoine d'Arjuzon