Fille de Louis de Mailly, seigneur de Rubempré et Anne-Marie-Françoise de Sainte-Hermine, la petite Françoise de Mailly née le 22 novembre 1695. Sa mère est une cousine germaine de Mme de Maintenon, épouse morganatique de Louis XIV de France.  Celle-ci, parvenue à l’apogée de son pouvoir, fait venir sa famille auprès d’elle, y compris son cousin M. de Saint-Hermine qui vient accompagné de ses sœurs, parmi lesquelles se trouve la mère de la future vicomtesse de Polignac qui est mariée en 1687 au comte de Mailly-Rubempré, appartenant à la branche cadette des Mailly, celle des Rubempré, les Nesle étant la branche aînée. Voilà ce qu’en dit Saint-Simon : « Madame de Mailly était demoiselle de Poitou qui n’avait pas de chausses, fille de Sainte-Hermine cousin issu de germain de Mme de Maintenon. Elle l’avait fait venir de province, demeurer chez elle à Versailles et l’avait mariée moitié gré, moitié force au comte de Mailly, second fils du marquis et de la marquise de Mailly, héritiers des Montcarvel. » Le père de Françoise  maître de camp des armées du Roi ainsi que celle de maître de camp général des dragons. De son mariage, il avait eu six enfants,  trois garçons — dont Louis-Alexandre de Mailly, comte de Mailly-Rubempré (1694-1747), Louis V de Mailly, comte de Rubempré (1696-1767) et François de Mailly —, et trois filles — dont Françoise (1688-1742), Françoise-Louise (1689-1769) —, Françoise étant la cadette. Il mourut en 1699 laissant derrière lui des enfants encore très jeunes. Le 9 juillet 1709, âgée de moins de 14 ans, Françoise épouse Scipion Sidoine Apollinaire Gaspard Armand XX, vicomte de Polignac de 35 ans son aîné.  Ce dernier veuf depuis vingt ans, est issu d’une ancienne famille de Velay où il est commandant de la province et gouverneur du Puy-en-Velay, charge qu’exerce sa famille depuis des siècles. Il a participé à de nombreuses campagnes en Espagne, Italie, Hollande, Allemagne et contribué à la victoire de Nimègue. Il sera même grièvement blessé au cours de l’une de ces batailles. Ces valeureux exploits militaires lui valent d’être grade de maréchal de camp puis lieutenant général des armées du Roi. Malgré cette prodigieuse carrière militaire, il reste éclipsé par son frère, le cardinal de Polignac. Celui-ci est un brillant ecclésiastique, un ambassadeur  habile, un écrivain membre de l’Académie française et un collectionneur d’œuvres d’art. Voici son portrait par Challamel dans la régence galante : « Prélat ambitieux, au caractère doux, flatteur et timide, plein de charme dans sa personne, de galanterie artificieuse et aussi spirituel que son frère l’était peu, car on distinguait entre le cardinal de Polignac et son frère Polignac, le gentilhomme surnommé l’imbécile. » Françoise rapporte en dot une somme honorable de 50 000 écus et en l’épousant, son mari devient bénéficiaire d’une pension royale de 2 000 écus. Le mariage a lieu à Versailles à 5 heures de l‘après-midi dans les appartements de la duchesse de Bourgogne. Voici comment Dangeau rapporte la cérémonie : « Le Roi tint le conseil des finances. L’après-dînée il travailla avec M. Voisin, et à cinq heures il rentra chez la duchesse de Bourgogne où se firent les fiançailles de Mademoiselle de Mailly avec Monsieur de Polignac. Monseigneur y vint de Meudon et s’y retourna après, et n’en reviendra que jeudi. Le Roi, après les fiançailles, alla se promener dans les jardins. Les fiançailles se firent chez Madame la duchesse de Bourgogne parce que Madame de Mailly est sa dame d’atours. Monsieur de Polignac devait être en manteau ; mais son habit n’arriva point, et le Roi permit qu’il vînt avec son habit ordinaire. Il y eut une contestation entre les aumôniers du Roi et ceux de Madame la duchesse de Bourgogne. Il y eut ensuite une autre entre l’abbé de Castries son aumônier ordinaire, et l’abbé de Montmorel, aumône de quartier, et le Roi décida que ce devait être l’aumônier de quartier. » Les chroniqueurs en font des gorges chaudes, Saint-Simon n’augure rien de bon de ce mariage : « La comtesse de Mailly maria sa dernière fille à Polignac dont il aurait été le grand-père. Elle était fort belle et ne tarda pas à montrer que Polignac n’était pas heureux en ménage, ni sa mère en éducation. » Dans les premiers temps, la mariée ne vit pas avec son mari mais à Versailles avec sa mère. Mme de Maintenon surveille sa croissance. Dans une lettre de 1711, elle écrit : « Mme de Polignac a de la bonté et beaucoup d’agrément. Elle croît, elle est déjà de moyenne taille et ne peut s’appeler petite. Il y a longtemps que je n’ai vu de plus jolie femme à la cour. » Même sous surveillance, la jeune vicomtesse de Polignac mène une existence joyeuse à Versailles, à Marly, à Fontainebleau, en compagnie des dames de l’entourage de la Dauphine : la maréchale d’Estrées, Mme de la Valière, Mme de Clermont, Mme de Rupelmonde, et aussi la duchesse de Berry, fille du duc d’Orléans qui n’a pas bonne réputation. Maurepas écrit : « Mme de Polignac a mené dès le commencement de son mariage une vie fort galante. Son mari peut y avoir contribué parce qu’il avait dans le temps pour maîtresse, Mme de Pelleport avec laquelle il a toujours vécu, se souciant peu de la conduite de sa femme qui, de la galanterie, passait à la débauche ». La vicomtesse de Polignac se retrouve exilée dans les terres de son mari au début de 1715, Dangeau précise : « Sa famille n’a pas été contente de sa conduite et a voulu qu’elle s’éloignât de Paris. Elle s’y est résolue de fort bonne grâce. Elle n’a point de lettre de cachet comme on l’avait dit. » Après la mort du roi, elle revient à Paris sous la Régence et met au monde le 1er février 1717, son premier fils, le vicomte Louis Melchior Armand de Polignac.

Sous la Régence, libérés de l’emprise de Mme de Maintenon, les courtisans mènent une vie des plus délurées et retrouvent leurs anciennes habitudes : le libertinage, le jeu, le duel… Ils prennent parti pour ou contre le testament de Louis XIV qui plaçait les bâtards légitimés au même rang des princes du sang. Polignac, qui fait partie du clan de la turbulente duchesse du Maine, figure parmi les six gentilshommes condamnés à la Bastille et à Vincennes par le Régent pour lui avoir présenté un mémoire en faveur des « légitimés ». Saint-Simon le juge sans indulgence : « Polignac était un petit paltoquet qui n'avait pas le sens commun, conduit et nourri par son frère le cardinal ; à vendre et à dépendre. « Le pauvre petit Polignac obéit et ne sut pas seulement de quoi il s'agissait ; je dis l'écorce même car il était totalement incapable. » Le cardinal, son frère, sera lui aussi compromis dans une intrigue ourdie également par Mme du Maine contre le régent, appelée « conspiration de Cellamare » ; il en sera quitte pour un exil temporaire dans son abbaye d'Anchin en Flandres.

Depuis la mort de sa première femme, le vicomte de Polignac est en lutte ouverte contre ses créanciers. En douze ans, il n'est pas arrivé à un compromis. De guerre lasse, il se résigne à se séparer d'une partie de son vicomté pour éponger sa dette. Ces terres seront vendues pour la somme considérable de 545.000 livres, somme encore insuffisante quoiqu'il soit autorisé à prélever le reste sur la dot de sa femme. La vicomtesse en profite pour obtenir la séparation des biens moyennant une pension versée par son mari. Heureusement, c'est à ce moment que la charge de gouverneur de la ville du Puy, provisoirement suspendue, est rétablie au profit du vicomte avec la pension qui lui est attachée. La vicomtesse dispose donc de cette pension et des 6.000 livres du Roi, ainsi que des subsides éventuelles de son beau-frère le cardinal. Elle demeure à l'écart des intrigues politiques de la duchesse du Maine, elle se consacre entièrement à la quête du plaisir, comme en témoigne cette épigramme où on la surnomme « Sainte éveillée » En 1718, elle est la maîtresse du duc de Richelieu, petit neveu du cardinal. C'est un grand séducteur, aux innombrables maîtresses, ce dont s'étonne la princesse Palatine, mère du Régent. « ... Toutes les dames sont éprises de lui. Je n'y comprends rien. C'est un petit crapaud que je ne trouve pas gentil du tout. Il ne paie pas de mine, n'a pas de courage, est impertinent, point fidèle et dit du mal de toutes ses maîtresses. Moi je l'appelle le gnome car il ressemble comme deux gouttes d'eaux à un lutin. » Mais Richelieu est aussi l'amant d'Armande Félicité de la Porte-Mazarin, marquise de Nesle, cousine de la vicomtesse par son mariage avec le marquis de Mailly-Nesle. La marquise de Nesle a aussi mauvaise réputation que la vicomtesse. Les deux rivales se jalousent, s'affrontent et finissent par se provoquer en duel. Un duel entre femmes ! Un duel en jupon ! C'est une aubaine pour les chroniqueurs. Le duel a lieu au pistolet au bois de Boulogne : « Après une révérence préalable, elles tirent chacune un coup de pistolet. Mme de Nesle chancelle, tombe et au même instant l'albâtre de son sein est ensanglanté. » Mme de Polignac se montre la plus vindicative : « Va, dit Mme de Polignac, fière de sa victoire, je t'apprendrai à vivre et à vouloir aller sur les brisées d'une femme comme moi... Si je tenais la perfide, je lui mangerai le cœur après lui avoir brûlé la cervelle. » Le retentissement de ce duel est tel que plusieurs autres versions circulent : selon l'une, le duel se fait au couteau devant les Invalides ; selon une autre, il a lieu au Pré-au-Clerc, toujours au couteau. Lorsqu’on comptera cette aventure au maréchal de Richelieu, il se contentera de dire : « Ces dames ont été bien bonnes de se battre pour moi. Je ne sacrifierais pas un de mes cheveux, ni pour l’une, ni pour l’autre. » La vicomtesse poursuit ses aventures. Son tableau de chasse est impressionnant. Après une double aventure avec les beaux-frères Condé et Conti, princes de sang, Mme de Polignac s'en prend à l'amant de la duchesse de Berry, fille du Régent, un vigoureux gascon, petit-neveu de Lauzun, appelé Riom. Elle tente également de séduire le fils du régent, le duc de Chartres et son frère Jean-Philippe, chevalier d'Orléans, ce qui donne lieu à une scène de vaudeville rapportée par la Palatine le 19 avril 1720 : « Cette grande putain de Polignac a voulu séduire aussi le duc de Chartres, comme son frère de la main gauche, le grand prieur ; celui-ci allant avec son gouverneur à Versailles s'était esquivé pour aller trouver cette dame. Au moment de son arrivée, elle était couchée avec un autre polisson, mais elle se leva et alla se coucher avec le nouveau venu. » Mais son exploit le plus mémorable survient la même année à l'occasion de la venue en France d'une ambassade turque : « Cette femme voulait tâter toutes les nations, désira surtout savoir comment les musulmans couchent avec leurs femmes. Elle en trouva l'occasion avec l'ambassadeur turc venu en France en 1720 et avec son fils qui y est venu depuis peu. Elle s'en tint quelque temps à ce dernier et le mit à la raison quoiqu'il fût un homme fort vigoureux... » D'autres femmes de son rang ont eu une conduite aussi libre sous un régime où le Régent lui-même pratiquait le libertinage. Ce qui la distingue des autres, c'est l'absence de considération de classe sociale dans le choix de ses amants. Selon Maurepas, elle se livrait aux gardes du palais, aux domestiques, aux fournisseurs. Elle se veut une femme libre, une conquérante, qui revendique son droit d'agir à sa guise. Au cours d'une discussion avec la duchesse de Cossé-Brissac qui lui reproche sa conduite, elle répond avec fierté : « Oui, nous sommes des putains et nous voulons l'être car cela nous divertit. » Sa recherche du scandale s'exprime aussi par l'extravagance de ses vêtements. Un jour, à l'Opéra, « elle s'était travestie en pourpoint de toile d'argent, chamarré d'orange, à la mode de Charles IX avec des chaussures de même ». Scandaleuse aussi sa façon d'annoncer à son mari sa seconde grossesse. La princesse Palatine rapporte ses propos : « Je suis grosse, vous savez bien que ce n'est pas de vous ; je vous conseille de n'en pas faire de bruit car si on met cela en procès vous perdrez parce que vous savez qu'il est des lois dans ce pays-ci que tout enfant né dans le mariage appartient au mari, ainsi il sera à vous, de plus je vous le donne... »

 

En 1723, la régence prend fin. Louis XV monte sur le trône et se mari le 5 septembre 1725 avec la fille du Roi de Pologne, Marie Leszczynska.  La nouvelle reine, très dévote, choisit avec soins les dames de sa maison, qui comprend Mlle de Clermont, soeur du duc de Bourbon, comme surintendante, la maréchale de Boufflers dame d'honneur, la comtesse de Mailly dame d'atours, ainsi que douze dame du palais dont Mme de Nesle. La vicomtesse de Polignac, qui espère remplacer sa mère comme dame d'atours de la reine, joue la dévotion à la cour de Versailles. Mais sa nature reprend le dessus et ce furent à nouveau des laquais qui assouvirent ses penchants. L'un d'eux, par jalousie, rendit l'affaire si publique « que l'hypocrisie et la fausse dévotion furent dévoilées ». Le cardinal Fleury se saisit de l'affaire et pria Mme de Mailly d'y mettre bon ordre, il signifia au cardinal de Polignac que la vicomtesse ne succéderait pas à sa mère comme dame d'atours. Outré, ce dernier lui retira la pension qu'il lui versait. En 1726, son frère aîné Louis Alexandre de Mailly-Rubempré commandant de la gendarmerie de France se marie avec Louise Julie de Mailly-Nesle, fille aînée de la marquise de Nesle contre qui sa soeur s'est battue en duel. La marquise de Nesle est la mère de cinq filles, devenues célèbres sous le nom « des demoiselles de Nesle ». Cette notoriété vient du fait assez étonnant que quatre d'entre-elles seront les maîtresses de Louis XV. En 1731, Madame de Mailly quitte ses fonctions de dame d'atours, cède sa charge à une autre de ses filles et réintègre sa maison de Poissy qu'elle prêtait à la vicomtesse. Dès lors, la vicomtesse, sans toit pour cacher ses débauches, erre sans domicile fixe de cabaret en cabaret où elle s'adonne à la boisson. La scène qui eu lieu dans un cabaret de Triel fit scandale : « Elle s'enivre avec un garde du Roi, avec son boucher et son laquais qui, l'un après l'autre, se saoulèrent avec elle ; après quoi elle agaça les patrons et s'exposa publiquement sur l'herbe à tous venants. » Cette fois, c'en était trop. Sa famille et son mari la font enfermer aux Petites cordelières au commencement de Juin 1732. Dans les années qui suivent, peut-être quelque peu assagie, elle se préoccupe de l'avenir de ses fils. Le mariage de son aîné, le vicomte Louis Melchior Armand, colonel du régiment Dauphin-étranger, le 16 décembre 1738, avec Diane Marie Adélaïde Zephirine Mazarini-Mancini la remet en selle et lui permet de renouer avec son vieux mari. Dans une lettre à un ancien juge du Puy-en-Velay, elle fait part de ses soucis : « J'ai trouvé M de Polignac dans un état affreux et qui fait peine à voir ; d'un moment à l'autre on croit qu'il va y passer. Pour moi, ma santé est tantôt assez bonne et quelques fois mauvaise. Au reste, je suis dans des embarras et des chagrins horribles, et dans une situation inextricable, ne sachant les trois quarts du temps comment faire et manquant souvent des choses les plus nécessaires. » On voit que ses ennuis financiers persistent bien que le cardinal lui ait rétabli son soutien. Ce soutien lui permet de vivre dans la maison de Suresnes où elle se retire. Le 4 avril 1739 son mari s'éteint à Paris à l'âge de 79 ans. La vicomtesse à 44 ans. À la suite du décès de Claude Pierre de Beaufort, fermier général et avocat au parlement, une propriété est à vendre à Pantin. La vicomtesse l'acquiert de 25 septembre 1739 devant Maître Roger notaire pour la somme de 40.000 livres. Elle réussit à réunir 25.000 livres et gage les 15.000 livres restant sur sa pension, à payer en trois termes égaux. L'acte d'achat comporte la description suivante de la propriété : « Une grande maison à porte cochère au village de Pantin derrière l'église, consistant en une grande cour, un corps de bâtiment composé au rez-de-chaussée d'un office, d'une cuisine un réservoir à côté de la cuisine, garni de sa sûreté de plomb, et de huit autres pièces non compris les garde-robes, de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, une basse-cour à droite entrant dans laquelle il y a plusieurs remises, deux écuries, logement pour le jardinier, et au-dessus des logements pour les domestiques, et grenier au-dessus des logements, un petit corps de logis détaché de la grande maison, que le dit sieur de Beaufort a fait bâtir sur partie du terrain par lui acquis de la demoiselle Brunel par le contrat ci-après énoncé, le dit corps de logis ayant son entrée par la grande cour en entrant à droite, composé de trois petits appartements, un grand jardin entouré de murs dans lequel il y a un bassin dont le plomb qui en reste est entre les mains du jardinier, trois allées d'arbres, un bosquet au bout, arbres fruitiers parterre et potager sur la campagne, au milieu des murs duquel jardin est un pavillon couvert d'ardoises, la dite maison bâtiments jardins et dépendances tendant actuellement d'un côté au grand chemin de Meaux, d'autre à la maison de Sorbonne, par-devant à la rue qui conduit du chemin de Meaux à la grande place. » À partir de son installation, les chroniqueurs cessent de parler de la vicomtesse. Le seul document qui fasse allusion à ses turpitudes est un texte tardif écrit par Gabriel Senac de Meilhan plus de vingt ans après son décès. C'est un long poème intitulé « La foutromanie » qui comporte plusieurs vers racontant les exploits de vingt bouchers dans le lit de la vicomtesse à Pantin. Rendant compte de ce poème dans « l'espion anglais », Pidansat de Mairobert parle de « la vieille Polignac de Pantin si renommée par son effroyable putanisme ». Le poème s'accompagne de ce jugement sans appel : « La renommée de cette vicomtesse égala justement celle de la femme de l'empereur Claude, la Messaline française parut même surpasser la romaine ». Peu d'années après son arrivée à Pantin, la vicomtesse est confrontée au problème d'alimentation d'eau. Comme le village souffre de sécheresse pendant plusieurs mois dans l'année, un ingénieur hydraulique du nom de Colin entreprend de canaliser à ses frais l'eau venant des hauteurs de Romainville. Mais il doit pour cela passer par plusieurs propriétés et coordonner toutes les sources d'eau existantes. Ces travaux entraînent des contraintes qui ne sont pas toutes acceptées de bon gré. Mme de Polignac qui possède notamment un puits qui ne tarit jamais, s'insurge contre la façon dont ces travaux sont conduits dans sa propriété et contre « l'insolence et la mauvaise fois des gens de Pantin ». Une lettre exprime toute la violence de la vicomtesse : « Il n'y a pas moyen de venir à bout ni des uns ni des autres depuis que ce coquin de Colin a mis les pieds dans ce village pour y mettre la dissension et le désordre... En vérité, c'est une vrai clique de coquins et il est bien cruel pour moi de me trouver compromis avec ces gredins... » Si elle est vindicative à l'égard des Pantinois, elle l'est aussi souvent envers les personnes qu'elle héberge. Elle ne tolère ni l'insolence ni le manque de respect. Elle n'hésite pas à se plaindre au lieutenant général de la police et à réclamer des sanctions. C'est ainsi qu'un nommé Legris reçoit une sévère réprimande et que le sieur Maréchal est emprisonné plusieurs jours pour lui avoir parlé insolemment. Ne fait-elle jamais preuve de mansuétude ? On sait qu'elle a fait acte de compassion en faveur de la famille d'un délinquant appelé Lenoir : « Ce n'est pas à lui que je m'intéresse (il est coupable, il est condamné) c'est pour une nombreuse famille d'honnêtes gens que je parle et à laquelle je désirerais d'éviter la honte qui rejaillirait sur eux si leur parent subissait le supplice qu'il a mérité. » Son caractère s'adoucit peut-être à cause des deuils qui la frappent : la mort de son beau-frère le cardinal en 1741, celle de sa soeur en 1742, celle de sa belle-fille Mancini en 1755, celle de son fils Louis Denis Auguste décédé des suites d'une blessure reçue à la bataille de Saint-Cast en Bretagne. Pendant les dernières années de sa vie, elle est constamment en lutte contre ses créanciers car elle vit au dessus de ses moyens pour conserver son rang. Elle emprunte, même à son valet et vit à crédit. Elle ne peut compter que sur sa pension, car son fils aîné qui doit lui verser sa contribution à son entretien, manque de ponctualité pour la payer. Il lui faut entretenir une nombreuse domesticité et elle a conservé un secrétaire particulier, l'abbé Dargent. Sans en avoir les moyens, elle fait réaliser des travaux dans son château pour un coût de 19.202 livres. Il s'est constitué un syndicat de créanciers ; elle est tenue en tutelle par un procureur de séquestre et un notaire de séquestre à qui elle mène la vie dure, les accusant de vol ou de retards volontaires dans le paiement de sa pension. Excédés, ils démissionnent. À plusieurs reprises la vicomtesse est menacée de saisie. Elle en appelle au Roi qui lui accorde des délais. À sa mort, elle devra encore 17.879 livres à ses créanciers. La santé de la vicomtesse s'affaiblit progressivement. Trois mois avant sa mort, elle se déplace encore à Versailles pour le mariage de son petit-fils avec Yolande de Polastron le 3 juillet 1767 en présence du Roi. Elle s'éteint le 26 octobre 1767 dans sa 72ème année. Elle est inhumée dans la chapelle de la vierge de l'église Saint-Germain de Pantin en présence de ses deux fils.