Fille d’Antoine de Lustrac (v.1490-1556) et de Françoise de Pompadour (1496-1548), elle épouse à 17 ans le 27 mai 1544 Jacques d’Albon, maréchal de Saint-André (1513-1562). Elle lui apporte la vicomté de Fronsac qui deviendra un marquisat en décembre 1566 et une dot de 1 000 livres. Il est catholique, elle est protestante. Ce mariage lui permet de devenir peu de temps après la dame d’honneur de Catherine de Médicis, charge qu’elle exerce pendant seize ans. Elle deviendra ensuite en 1560, la 1ère dame d’honneur de Marie Stuart devenue reine de France jusqu’à la mort de l’époux de celle-ci, François II. Elle n’eut qu’une fille en 1546 de son premier mariage, Catherine d’Albon, morte jeune en 1564, à 18 ans, et demeurée obstinément catholique au désespoir de sa mère. Le maréchal de Saint André en avait fait son unique héritière. En 1562, après la mort de son époux, elle devient la maitresse du roi de Navarre, Antoine de Bourbon (qui ira mourir au siège de Rouen). A cette occasion, le roi de Navarre délaisse sa maitresse d’alors, Louise de La Béraudière du Rouhet. Après sa liaison passagère avec le roi de Navarre, elle devient la maitresse du cousin de ce dernier, Louis de Bourbon, prince de Condé. Au plus fort de sa romance avec le prince de Condé, Joachim du Bellay rédigea sa « Chanson pour la maréchale de Saint-André »

"...Je ne puis dissimuler
L’amitié que tant je prise
Aussi ne veux je celer
Qu’en prenant je ne sois prise
Puisqu’amour m’a fait connaître
Que l’honneur en est le maitre,
Je n’ai crainte qu’on la voie,
 Car ce qui est louable à le penser
Ne doit point l’œil ni l’oreille offenser
Ce n’est folle affection
Qui me tient en servitude
Mais une obligation
Pour fuir ingratitude
Ne pensez donc que je l’offense
Ni moi ni ma conscience
Quand un tel ami j’honore
Ou plutot quand je l’adore
Car sa vertu ne se doit moins aimer
Qu’ingratitude accuser ou blamer
Je laisserai donc parler
Ceux qui font de moi leur conte
Un point me peut consoler
Que ne puis recevoir honte
De leurs langues ne me garde
Ayant l’honneur sous ma garde
Celui qui aimer me daigne
Me conduit sous son enseigne
Et à bon droit celui qui garde honneur
Car il est peint au vif dedans mon cœur..."

A la mort de son premier époux, Marguerite avait dans l’espoir (étant devenue protestante) d’épouser le prince de Condé, devenu veuf en 1564. Elle devint sa maitresse et lui donna sa terre de Valéry et le château, mais il en épousa une autre en 1565, après l’avoir trompée avec Isabeau de la Tour d’Auvergne (la belle Limeuil), une des demoiselles de l’Escadron Volant de la reine Catherine.

maréchale de saint-andré

Marguerite de Lustrac épousa en deuxièmes noces le 10 août 1568 un ex-abbé (de Clairac et d’Uzerche), Geoffroy (v.1525-1574) baron de Caumont, seigneur de Castelnau qui quitta l’habit pour recueillir la succession de son frère mort sans enfant, et embrassa la foi protestante. Marguerite de Lustrac eut en 1570 un fils Jean qui meurt encore enfant en 1577, et une fille posthume de ce second mariage, Anne de Caumont qui naquit à Castelnau le 19 juin 1574, trois mois après la mort de son père. La mort de son frère aîné en fit une riche héritière : elle hériterait des biens de son père, de sa mère et de sa demi-sœur. Plusieurs familles approchèrent Marguerite de Lustrac pour conclure une alliance avec sa fille. A l’âge de sept ans, son tuteur Jacques d’Escars, seigneur de la Vauguyon enleva Anne de Caumont à sa mère et la maria, contre la volonté de sa mère, à son fils ainé, Claude d’Escars prince de Carency. Anne de Caumont n’avait que douze ans. Un prétendant jaloux, Charles de Biron, tua Claude d’Escars en duel en février 1586. Son tuteur lui fit alors épouser son fils cadet, Henri d’Escars, qui mourut en 1590 sans postérité. Anne de Caumont était au château de la Vauguyon lorsque le duc de Mayenne, enleva la jeune veuve dans le but de la marier à son fils ainé. Il l’emmena sous bonne escorte à Soissons. Mais Anne de Caumont était protestante et le roi Henri III refusa cette alliance. En 1587, Anne de Caumont se convertit au catholicisme à la demande du duc de Mayenne qui l’avait emmené auprès de son épouse. Les guerres de la Ligue le contraignirent à changer d’avis sur la jeune marquise de Fronsac et il donna une autre épouse à son fils ainé. Anne de Caumont fut enfin rendu à sa mère et deux ans avant la mort de sa mère, Anne de Caumont épouse en 1595 François d’Orléans Longueville, et lui apporte le marquisat de Fronsac qui sera érigé en duché pairie par Henri IV le 14 février 1608.

Pendant la période où elle se trouvait sans sa fille, Marguerite de Lustrac, exerça pleine autorité sur le marquisat de Fronsac. Le 8 octobre 1592, elle donne des lettres de pouvoir à Pierre de Boumard pour bâtir une maison avec tours, fossés, guérite, à Pinault sur la Lary près de Guitres : « ...nous, marguerite de Lustrac, dame dudit lieu Caumont, Gavauduy, Castelnau en Périgord, et autres terres et siries, marquise de Fronsac. Pour la bonne affection que nous portons, et bien que nous désirons à Mr Pierre de Boumard, conseiller du roi et magistrat en la sénéchaussée de Guyenne et aultres bonnes considérations, lui avons permis et permettons par ces présentes, et à ses successeurs qui auront droit de lui, batir une maison avec tours, fosses, garites et fuye en un bien que le dit conseiller de Boumard a sur la rivière de Lary près Guistres au lieu appelé Pynault. En foy de quoi avons signé les présentes en nostre château des Millandes le 8 jour d’octobre 1592... » Marguerite de Lustrac, marquise de Fronsac connue sous le nom de « la belle maréchale de Saint-André » décède après 1597.