Claude de Vin des Œillets naît en 1638 en Provence. Elle est la fille de Nicolas de Vin et d'Alix de Faviot. Ses parents sont comédiens de sa Majesté le roi de France et ont crée un théâtre portant le nom de des Œillets. Mademoiselle des Œillets débute aussi dans la comédie comment ses parents avant d’être recommandée par Madame de Thianges à sa sœur, la marquise de Montespan, qui est alors la favorite en titre du roi à cette époque. Connue pour sa grande discrétion, Claude des Œillets se voit proposer de devenir la dame de compagnie de Madame de Montespan en 1667. Elle éleva d’ailleurs son premier enfant, une fille, née de ses amours avec le roi, qui devrait rester secrète (le roi et la marquise craignaient en effet que le marquis de Montespan, toujours marié à Athénaïs ne reconnaisse et considère ces enfants comme les siens par vengeance) mais pendant une très courte période. En avril 1669, dans un acte notarié, elle est mentionnée comme demeurant près du « palais des Tuileries ». Cette discrétion inhabituelle s’expliquerait ainsi. L’année suivante, le roi lui fait don des biens d’un étranger, Michel de Moronia, qui reviennent aux Domaines en vertu du droit d’aubaine. En fait, Mlle des Œillets en tant que dame de compagnie de la marquise de Montespan, elle devrait la suivre partout et ne pouvait pas élever tous ses enfants comme il faut. La charge de l’éducation des enfants sera donc octroyée à la veuve Scarron, future marquise de Maintenon, peu de mois après. En décembre 1672, nouveau cadeau du souverain : un petit terrain à Clagny, de six toises dix pieds de large sur dix toises de profondeur, lui permettant d’édifier un hôtel particulier sur un plan fourni par Colbert. La richesse de Mlle des Œillets ne venait pas évidemment de sa condition de chambrière de Mme de Montespan, mais de la faveur royale qu’elle avait partagée, de façon assez sonnante, avec sa maîtresse. « Cette demoiselle, raconte Primi Visconti, laissait entendre que le roi avait eu commerce avec elle diverses fois. Elle paraissait même se vanter d’en avoir eu des enfants. Elle n’est pas belle, mais le roi se trouvait souvent seul avec elle quand sa maitresse était occupée ou malade. La des Œillets me dit que le roi avait ses ennuis et qu’il se tenait parfois des heures entières près du feu, fortement pensif et poussant des soupirs. » Parlant de nombreuses aventures galantes du Roi-Soleil, Alexandre Sallé, petit-neveu de la Champmeslé, n’oublie pas la fille des Œillets : « Louis XIV, écrit-il, avait eu beaucoup de maitresses avant Mme de Maintenon. On prétend même que la première fut Mme de Beauvais, première femme de chambre de la reine-mère, qui, bien que borgnesse, eut les prémices de ses amours. Il en eut depuis quantité qui n’ont point été connues. Bontemps, premier valet de chambre, qui en avait seul le secret, faisait élever les enfants qui provenaient de ses amours, mariait les filles auxquelles on donnait vingt mille écus, les garçons servaient dans les troupes. Parmi celles-là, il y eut une demoiselle des Œillets, fille d’une comédienne, qui fixa les amitiés du roi pendant un temps assez considérable pour qu’elle pût espérer de devenir maîtresse déclarée, mais le goût du roi changea, ce qui lui causa tant de chagrin qu’elle en mourut d’une maladie de langueur. » Mlle des Œillets profitera souvent des faveurs du roi lorsque sa maîtresse sera indisposée ou grosse ou malade. Athénaïs espérait ainsi que la faveur du roi ne pouvait pas lui échapper si le souverain couchait avec une personne de son entourage. Elle sera sa maîtresse cachée pendant quatre ans, de 1673 à 1677. De leur liaison amoureuse, naîtront probablement trois enfants dont une seule qui est connue aujourd‘hui : Louise de La Maison-Blanche (1676-1718).

Que Mme de Montespan, comme d’autres nombreuses dames de la cour, ait connu La Voisin. Ce n’est pas improbable. Mlle des Œillets était chargée d’acheter auprès d’elle « des poudres pour l’amour » destinées au roi. Mais, à partir de 1675, elle subit elle aussi les affres de la passion et brûla du désir de supplanter celle dont elle était l’employée. Elle se lassa de vivre dans l’ombre des alcôves, dans l’attente des caprices intermittents de son royal amant. Une devineresse lui aurait prédit sa fortune à la cour. Elle eut le malheur de le croire. Il est fort probable aujourd’hui que Louis XIV ne voulant pas légitimer la fille qu’il avait eue avec elle, Mlle des Œillets décida de l’empoisonner en remettant à Mme de Montespan non pas des aphrodisiaques mais du poison !!! A cet effet, elle sollicita l’aide de La Voisin et de Lesage qui se mirent à l’œuvre. Ce qui expliquerait peut-être les « vapeurs » qu’avait eues le monarque au début d’octobre 1675, il ressentit aussi de violents maux de tête, accompagnés de frissons et d’étouffements… Mlle des Œillets venait mystérieusement chez La Voisin en compagnie d’un mystérieux milord anglais qui passait pour son amant. Elle avait promis aux conjurés une récompense de 100 000 écus et devait faciliter leur fuite à l’étranger. L’importance de cette somme, la présence du milord qui, selon la fille de La Voisin, vint au moins trois ou quatre fois chez sa mère suggèrent l’idée d’un complot politique. Mlle des Œillets n’aurait été dans ce casque l’instrument d’autres intérêts. Le 17 septembre 1679, Lesage faisait la déclaration suivante : « A certain voyage que le roi fit sur la frontière, des Œillets eut beaucoup de commerce avec la Voisin (…). La Voisin avait en ce temps-là considérablement de l’argent, parlait de sortir du royaume et qu’elle aurait cent mille écus. » Ces gens-là, note La Reynie, « cherchaient à faire un coup et à s’en aller ». Mais quel coup ? Pendant la suspension de la Chambre ardente, le magistrat obtint des précisions de l’ancien galérien : « Le dessein était de faire mourir le roi par la magie ; la Voisin l’avait fait travailler pour cela ; Vautier et sa femme lui avaient donné le Grand auteur pour cela. [Mais] la Voisin, voyant que lui, Lesage, n’avançait rien par ses machines, s’était mise entre les mains de l’Auteur. L’Auteur avait travaillé à des poudres empoisonnés chez Vautier, qu’il avait données à la Voisin pour la des Œillets. Le dessein était de les faire donner comme poudres pour l’amour à Mme de Montespan, et de faire empoisonner le roi par ce moyen et par Mme de Montespan sans qu’elle pensât le faire. » Cette dernière phrase est capitale en ce qu’elle montre que la favorite n’était pour rien dans les dangereux agissements de sa femme de chambre qui se servait d’elle pour accomplir sa vengeance.

L’échec de cette première tentative ne découragea pas sa suivante. Quelques mois plus tard, en 1677, elle quitta sans raison le service de Mme de Montespan et s’adonna à de répugnantes pratiques de magie noire en compagnie de la Voisin et de l’abbé Guibourg. La Reynie écrit dans un mémoire secret destiné au roi : « Il résulte des faits particuliers qu’un jour la demoiselle des Œillets, avec un étranger qu’on disait être anglais, qu’on appelait milord, vinrent chez la Voisin où Guibourg, après s’être revêtu d’une aube, prit une étole et le manipule ; avait mis des menstrues de des Œillets et de la semence de l’étranger dans le calice, du sang d’un enfant égorgé par la Voisin, des poudres, du sang de chauve-souris, de la farine pour donner corps à cette composition ; Guibourg dit une messe qu’il commença à l’endroit du canon au Te igitur, qu’il appelle « messe sèche », à laquelle il dit une conjuration où était le nom du roi. Le dessein était de faire un charme contre le roi ; ce malheureux s’explique : pour faire mourir le roi. Ce dessein était commun à des Œillets et au milord. Des Œillets parlait avec emportement, faisait des plaintes contre le roi, témoignait d’être sortie de chez Mme de Montespan ; l’Anglais l’adoucissait. [Ils] prétendaient qu’en mettant de la composition sur les habits du roi, ou bien où il passerait, ce que des Œillets prétendait faire aisément, ayant été à la Cour, cela ferait mourir le roi en langueur. C’ était un charme selon la méthode du livre de la Voisin. Des Œillets emporta cette abominable composition : l’Anglais était le galant de des Œillets, promettait de l’épouser. »

Tout porte à croire que les projets ultérieurs — ceux de 1678-1679 — contre Louis XIV et Mlle de Fontanges eurent la même origine et ne furent que la continuation des conjurations antérieures. Le nom de Mlle des Œillets était abondamment cité par la fille Voisin. Les conspirateurs se trouvaient chez l’abbé Lapierre, frère de Romani et confesseur de la jeune femme. C’est chez lui qu’on parla à deux ou trois reprises « du dessein à l’égard de Mlle de Fontanges ». Une fois encore, il fut question d’une rémunération de 100 000 écus et de « passer en Angleterre ». Mlle des Œillets avait-elle fait croire à la Voisin qu’elle agissait encore de son ancienne maîtresse ? Peut-être, à moins — comme cela paraît probable — que Marie-Marguerite n’ait elle-même fait la confusion. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que Mme de Montespan doit être totalement innocentée de ces tentatives criminelles.

Bien que compromise dans l’affaire des Poisons, elle ne sera ni poursuivie ni inquiétée par la justice à cause de la protection qu’elle bénéficiait du roi ainsi que celle de son ministre des Finances, Colbert. A Paris, elle habita rue du Regard, paroisse Saint-Sauveur, dans un logement qu’elle loue à un sieur Leroy, greffier à la quatrième chambre des Enquêtes. Puis elle occupa un hôtel particulier rue Montmartre avant d’acheter en 1684, le château de Suisnes, près de Brie-Comte-Robert, avec la ferme voisine et divers prés et champs au territoire de Sansalles. Elle avait alors à son service un jardinier, un laquais, une servante et un cocher qui conduisait fièrement ses deux carrosses : un grand, garni de velours rouge à ramages et de six glaces de Venise, et un plus petit, tapissé de drap gris avec deux glaces de Venise. Lorsqu’elle meurt le 18 mai 1687, l’inventaire de ses biens permit de constater sa relative aisance : elle possédait plusieurs rentes à l’Hôtel de Ville et sur les aides et gabelles, des riches tapisseries de Flandre à verdure, de la vaisselle d’argent et de vermeil, des porcelaines de Hollande, des miniatures encadrées de bois doré, un collier de quarante-huit perles estimé à 1 700 livres, une croix de diamants, des bracelets de perles et de diamants, un joli lot de dentelles et plus de 23 000 livres en louis d’or et d’argent.

Le roi ne reconnaitra même pas Louise de La Maison-Blanche, née de leur union. Elle sera d'ailleurs baptisée sous de faux noms et parents : fille de Philippe de La Maison-Blanche, ancien capitaine de cavalerie, et de son épouse, Gabrielle de La Tour. Elevée dans le plus grand soin par sa mère, et dotée de 40 000 livres, Louise épousa à ses vingt ans, un petit seigneur de l’Ile-de-France, Bernard de Prez de La Queue, mestre du camp de la cavalerie et  puis exempt du corps des gardes. « Cette Louise de Maisonblanche, note le généalogiste Charles d’Hozier, est une fille naturelle du roi et de N… des Œillets, laquelle était alors femme de chambre de Mme de Montespan, et, comme le roi n’a pas voulu la reconnaître, il l’a fait baptiser et marier sous les faux noms qu’on lui donne et qu’on lui suppose de père et mère lorsqu’on la maria, parce qu’elle ne voulut pas être religieuse. » Le couple aura ensemble onze enfants. Louise mourut  en décembre 1718, âgée de quarante-deux ans. Sur le registre paroissial de La Queue-en-Yvelines, elle est mentionnée sous le nom de « dame Louise de Bourbon-Maisonblanche, fille naturelle de Louis XIV ».

D’après Madame de Montespan de Jean-Christian Petitfils