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Louise-Julie naît le 16 Mars 1710, un mois après la naissance du roi de France, Louis XV. Elle est la fille aînée des cinq de Louis III de Nesle et d’Armande-Félicitée de La Porte-Mazarin.  Elle est aînée de cinq filles du couple Nesle. Louise connaîtra encore quatre sœurs : Pauline (1712-1741), Diane-Adélaïde (1714-1769), Hortense (1715-1799) et enfin Marie-Anne (1717-1744). Le père de Louise-Julie, Louis III de Nesle descend d’une très ancienne et grande famille des Nesle qui remonte au haut-moyen-âge. Quant à sa mère, Armande-Félicitée, elle est la petite fille d’Hortense Mancini et donc par conséquence, arrière-petite-nièce du célèbre cardinal de Mazarin. Louise-Julie donc par son père et sa mère, appartient à des illustres et nobles familles.

Louise-Julie ne passe pas une enfance très paisible, sa mère fréquente beaucoup d’amants et a de nombreux enfants illégitimes de ses aventures. "Mademoiselle de Mailly" n’a que seize ans lorsqu’elle épouse en 1726, Louis-Alexandre, comte de Mailly et Seigneur de Rubempré de 16 ans son ainé, qui est le cousin germain de son père. Son époux était débauché, le contrat de mariage ne fut pas respecté par les beaux-parents, et le couple se trouva souvent dépourvu de moyens. On disait: " C'est le mariage de la faim et de la soif"...

Grâce à sa haute naissance, Louise entre dès l’âge de dix-neuf ans au service de la reine Marie Leszczynska comme dame d’honneur. La jeune femme fut délivrée de son époux qui n’appréciait pas la cour et demeurait sur ses terres. Elle avait pris dans l'entretemps, un amant, le marquis de Puisieux qui en devient amoureux et qui la consola de son mari. Le roi la remarque dès 1732 mais ne fait rien car il est encore très épris de son épouse. Pourtant, les grossesses à répétition de la reine commencent à lasser Louis. Bachelier et Lebel pourvoie à leur maître quelques passades amoureuses mais qui n'assouvissent pas ses désirs.

Le Cardinal de Fleury dut se rendre à la réalité. Il fallait trouver au souverain une maitresse-en-titre capable de lui tirer de son ennui. Afin d'éviter que le choix du roi (ou de ses amis) ne se porte sur une femme ambitieuse susceptible d'exercer quelque influence sur le souverain, Le choix se porta sur Mme de Mailly. Ainsi, et avec la complicité du Cardinal de Fleury (qui devient son protecteur) ainsi que celle de Mlle de Charolais (qui voulait avoir un ascendant sur son jeune cousin), de la comtesse de Toulouse ainsi que de Bachelier, premier valet de chambre du roi, Louise entreprend une relation avec le roi pour le sortir de son ennui. Mais il fallait d'abord chasser l'encombrant marquis de Puisieux qui était fou amoureux de sa maitresse. Pour l'éloigner de bon de Mme de Mailly on lui fit miroiter le poste d'ambassadeur à Naples mais il refuse disant qu'il ne partirait que sur ordre de sa maitresse. Et ce que fit Mme de Mailly. Le marquis fut fort surpris et frappé par la décision de sa maitresse à laquelle il ne se connaissait pas de successeur.

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La liaison de Louis XV et de la comtesse de Mailly débutera en 1733 et restera secrète jusqu’en 1737, année où la reine donne naissance à sa dernière enfant, Madame Louise et les deux amants utiliseront des portes et couloirs dérobés pour se voir. Mais en 1738, Marie Leszczynska ferme définitivement la porte de sa chambre au roi pour raison de santé (les médecins lui ayant conseillé de ne plus tomber enceinte car une autre grossesse peut nuire à sa santé). Louis s’affiche alors publiquement et sans scrupules avec la comtesse de Mailly.

Ses contemporains décrivent le portrait d'une jeune femme enjouée, bonne, tendre, adroite et désintéressée. Pourtant Louise qui est si douce et réservée, est sans grande beauté : elle a un long nez, une grande bouche, un teint brun, cheveux bruns, des joues plates, une voix rude et une démarche masculine. Mais elle a un front ayant le poli d’ivoire, est très bien faite et adore l’intimité (ce que Louis XV aime également). Elle est aussi fort élégante et sait mettre en valeur quelques avantages que la nature lui a donnés. Le valet de chambre de Louis XV la dépeint ainsi : "Grande et bien faite, c'est une belle brune piquante, sa gorge est blanche et si son nez est un peu long, les yeux sont magnifiques".

Louise fut certainement celle qui, parmi les sœurs Nesle (et presque toutes les favorites et maîtresses de Louis XV), aima le roi d’un amour totalement désintéressé voire sincère. Eloignée de toute intrigue, Mme de Mailly reste en extase devant ce souverain qui lui témoigne régulièrement sa flamme, malgré les scrupules religieux qui l'assaillent parfois. En fait il quittait parfois sa maitresse pour rejoindre le lit de la Reine où pleurant et à genoux, lui demandait plusieurs fois de lui accorder le pardon.

Malgré sa position de favorite royale, elle ne demandait rien au roi ni pur elle ni pour ses proches. Louis XV d’ailleurs, ne lui donnait presque rien puisqu’elle ne le demandait pas. Même la pension qu’il lui versait était bien maigre et Louise portait parfois des robes trouées et usées. Quoique Louise-Julie de Mailly-Nesle soit la favorite déclarée de Louis XV, en revanche, elle est respectueuse envers la reine. Louis XV parait heureux de sa maitresse (même s'il la trompait quelques fois avec les autres dames telles que Mme de Beuvron ou Mme Amelot) et Fleury est satisfait d'un plan qui n'entrave pas la marche du gouvernement. Il ne va pas pourtant tarder à déchanter.

Louise, dans sa grande bonté (et naïveté) introduit bientôt à Versailles sa sœur Pauline qui vient de finir son éducation au couvent de Port-Royal. Après avoir écrit plusieurs lettres à sa sœur, Pauline veut venir à la cour et la supplanter dans le cœur du roi. Pauline est aussi vive, insolente, mordante et laide que sa sœur aînée est réservée, timide et sans grande beauté. Il apparaît bien vite que Louise ne sert plus que de paravent aux amours du roi et de sa sœur. Mais en septembre 1741, Pauline décède brusquement lors d’un accouchement et Louis, éploré, retourne auprès de la comtesse de Mailly. Le roi installe Mme de Mailly dans un appartement secret aménagé au-dessus du sien au-dessus du sien. Mais cette dernière ne parvenait plus à égayer les petits soupers des cabinets. Elle pleurait et le roi aussi. Lorsque celui-ci partageait son lit, il se réveillait pendant la nuit pour réciter un acte de restriction. Pour se recoucher ensuite auprès de sa maitresse parée comme une châsse puisqu'elle ne pouvait pas dormir sans ses bijoux. Elle avait appelé une autre de ses sœurs, Mlle de Montcavrel qui fut sa maitresse de très courte durée. Il l'avait renvoyée et s'empressa de la marier au duc de Brancas.

 

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La cour s'enlisait dans l'ennui et les courtisans se demandaient qui allait succéder Mme de Mailly dans le lit du roi. Et une fois de plus, Louise encore sans défiance, fait entrer à la cour ses deux dernières sœurs, les plus jeunes, Hortense et Marie-Anne. Le roi de France alors amoureux fou, courtise la première, qui repousse ses avances puis la deuxième, qui finit par accepter de devenir sa maîtresse en titre. Louis XV mettra alors définitivement un terme à sa relation avec Louise. Celle-ci quitte alors Versailles en 1742 pour Paris où, honteuse, elle porte désormais un cilice. Elle vient d’être bannie par le roi à la demande de sa sœur, Marie-Anne, qui souhaite être la seule favorite officielle de Louis XV. Louise de Mailly se retire à Paris où elle vit dans la charité, la dévotion et la pauvreté.

Touchée par un sermon du père Renaud, ce disciple du père Massillon, Mme de Mailly se sentait tout à coup ravie et dégoûtée d'elle-même par cette parole douce et pénétrante qui parlait du bonheur de vivre avec Dieu. Un jour où elle devait diner chez M. de Boissière, elle faisait dire qu'elle ne pouvait plus s'y rendre et c'est là qu'on apprit le grand renoncement de Mme de Mailly : elle quittait le rouge et les mouches. Elle s'était complètement métamorphosée et de ce jour, elle se vouait à une pénitence exemplaire. Le Jeudi Saint de l'année 1743, la Cour et le peuple se pressaient chez les sœurs grises de Saint-Roch pour voir Mme de Mailly, qu'accompagnait la jeune veuve du duc de La Trémoille pour le lavement des pieds. Elle consacrait tout son argent pour des bonnes œuvres. Elle ne s'employait qu'à visiter les pauvres et les prisons, n'hésitant pas à se ruiner voire  se dépouiller en secours et en charités, à peine se réservait-elle pour son nécessaire personnel deux ou trois écus de six livres.

Cette vie d'immolation et de sacrifice menée avec courage, avec gaîté même, dura jusqu'au 5 mars 1751 où la comtesse de Mailly mourait à l’âge de quarante et un ans en odeur de sainteté avec le cilice sur la chair. Son légataire universel fut le jeune comte du Luc, fils du roi et de sa jeune sœur, Mme de Vintimille, qu'elle avait adopté ; son exécuteur testamentaire, le prince de Tingry à qui elle laissa un diamant de prix et une somme de 30 000 livres qui était destinée à payer ses créanciers. L'ancienne favorite fut enterrée selon ses veux, au cimetière des Innocents, parmi les pauvres. Une méchante personne dit de cette ancienne pécheresse : "Voilà bien du train pour une putain." et se vit répondre, "Puisque vous la connaissez, priez Dieu pour elle !"