elisabethcharlottedemontmorency1Née en mars 1627, Elisabeth-Angelique est la fille de François de Montmorency-Bouteville décapité pour son ultime duel contre le duc d'Elbeuf (et où il avait comme second, Henri de Sévigné) et d'Elisabeth-Angelique de Vienne. Elle est la sœur cadette de la marquise d'Estampes-Valençay et la sœur aînée du futur maréchal de Luxembourg.

Elle signait "Isabelle".

A son portrait dans la galerie des belles amies au chateau de Bussy-Rabutin. Celui-ci fit inscrire sous son portrait le commentaire suivant : "à laquelle on ne pouvait refuser ny sa bourse ny son cœur, mais qui ne faisoit pas cas de la bagatelle."

Dans son Histoire amoureuse des Gaules, Bussy la décrit ainsi sous le nom d'Angélie :

"elle avait les yeux noirs et vifs, la bouche rouge mignonne et relevée, le teint comme il lui plaisait mais d'ordinaire elle le voulait avoir rose et blanc. Elle avait un rire charmant et qui allait éveiller la tendresse jusqu'au fond des coeurs. Elle avait les cheveux fort noirs, la taille grande, l'air bon, les mains longues, sèches et noires, les bras de la même couleur et carrés, ce qui tirait à de méchantes conséquences pour ce que l'on ne voyait pas. Elle avait l'esprit doux, accort, flatteur, et insinuant. Elle était infidèle, intéressée et sans amitié. Cependant, quelque prévenu que l'on fut de ses mauvaises qualités, quand elle voulait plaire, il n'était pas possible de se défendre de l'aimer. Elle avait des manières qui charmaient. Elle en avait d'autres qui attiraient le mépris de tout le monde. Pour de l'argent et des honneurs, elle se serait déshonorée et aurait sacrifié père, mère et amant. Avec cette belle, les amants étaient comme une hydre dont on ne coupait point la tête qu'on en fit renaitre une autre."

Il lui donne comme amants le duc de Nemours Charles Amédée de Savoie (beau-frère du duc de Beaufort et qui fut d'ailleurs tué par celui-ci en duel),elisabethcharlottedemontmorency1bis ensuite le Grand Condé, puis l'abbé Foucquet (qui "la battait au besoin") et enfin Charles de Monchy le maréchal d'Hocquincourt.

Particulièrement belle et spirituelle, et frivole si l'on en croit les ragots des contemporains, elle avait su séduire le jeune Gaspard IV de Coligny, le fils de Gaspard III, Maréchal de Châtillon, et d'Anne de Polignac. Ceux-ci s'opposant au mariage, la belle se laisse alors enlever et épouser promptement à Château-Thierry. De cette union, naitra un fils Henry-Gaspard de Coligny, qui mourra à huit ans.

Le maréchal, furieux à cause de ce mariage, déshérite son fils au profit des enfants à naître du nouveau couple, ou, à défaut, de ses deux autres filles, Henriette et Anne ; malgré le scandale provoqué par les circonstances de ce mariage, ce qui causait la colère du Maréchal était bien que le choix de son fils se soit porté sur Isabelle, la catholique.

Puis le duc s'attache à Mlle de Guerchy, la duchesse de son côté ne s'en trouve que plus libre pour faire bon accueil au duc de Nemours. Le duc de Châtillon meurt en 1649, maréchal de France à la bataille de Charenton. Mademoiselle observe dans ses Mémoires que l'affliction de Mme de Châtillon "fut modérée par l'amitié que son mari avoit pour Mlle de Guerchy, et même dans le combat il avoit une de ses jarretières nouée à son bras".

Mais à cette époque, les chefs participaient eux-mêmes aux batailles, et la mariée sera bientôt veuve à la suite du combat du Pont de Charenton de février 1649. Gaspard V qui naîtra quelques mois plus tard ne vivra que quelques années.

isabelleangeliquedemontmorency2Le remariage d'Isabelle avec le duc de Mecklembourg ne constituera qu'un épisode d'opérette, sans conséquence en ce qui concerne Châtillon. Elle saura habilement, et à coups répétés d'écus bien sonnants, se rendre maîtresse de la terre de Châtillon, le plus beau morceau de l'héritage des Coligny ; sans héritier direct, elle l'abandonnera par la suite à son neveu Paul Sigismond de Montmorency-Luxembourg, le fils du Tapissier de Notre Dame.

C'est au cours du règne de quelques dizaines d'années de cette femme intrépide qu'a été fondé un couvent des Bénédictines à Châtillon. A cette fin, Isabelle fera appel à Catherine de Bar, en religion Mère Mectilde du Saint Sacrement, qui venait de fonder à Paris les Bénédictines de l'Adoration Perpétuelle du Très Saint Sacrement de l'Autel.

Elle a assisté de sa fenêtre au duel improvisé entre le père de Saint-Simon et le marquis de Vardes.

Mme de Motteville dira d'elle :

« il était même difficile aux particuliers d'échapper aux charmes de ses flatteries car elle savait obliger de bonne grâce et joindre au nom de Montmorency une civilité extrême qui l'aurait rendue d'une estime tout extraordinaire, si on n'avait pu ne pas voir en toutes ses paroles, ses sentiments et ses actions, un caractère de déguisement et des façons affectées qui déplaisent toujours aux personnes qui aiment la sincérité. »


Elisabeth-Angelique de Montmorency-Bouteville mourut le 24 janvier 1695, âgée de presque soixante-huit ans.