AnnedePisseleu1Fille de Guillaume de Pisseleu et d’Anne de Sanguin, Anne d’Heilly de Pisseleu naît vers 1508 en Picardie. Le lieu de naissance d'Anne de Pisseleu reste encore inconnue (les historiens hésitent entre Fontaine-Lavaganne ou Beaucamps, Oise)Elle naît dans une famille picarde les Pisseleu d'Heilly, d'une famille pauvre mais de vieille et haute noblesse. La Picardie de son enfance est instable au moment où la province se détourne de la Bourgogne pour s'allier à la France. Son père se marie trois fois et le Père Anselme lui attribue pas moins de trente enfants de ses trois mariages. C'est la troisième femme de son père, Madeleine de Laval, qui lui donnera son excellente éducation (Anne est née du deuxième mariage).

En 1522, alors âgée de quatorze ans, elle devient l'une des demoiselles d'honneur de Louise de Savoie. L'année suivante, certains de ses frères oeuvrent à mettre en place la légion picarde du roi. En 1524, son son père reçoit la charge de maître d'hôtel du roi à la cour.

Après le retour du roi de sa captivité en 1526, alors que la cour est à Bayonne, Anne est représentée au roi par la reine-mère, Louise de Savoie, qui souhaite d’éloigner son fils de Françoise de Foix, comtesse de Châteaubriant. Anne de Pisseleu, jeune fille de dix-huit ans, est alors d’une très grande beauté, elle est blonde aux yeux bleus, avec une taille fine. Elle est aussi cultivée que Françoise et sait tourner les vers. Le roi est tout de suite conquis par la beauté de la jeune demoiselle, par sa grande culture et ainsi que la passion des arts, qu’ils ont en commun. Mais Anne, trop habile, résiste au roi pour qu’il soit de plus en plus épris d’elle. Elle ne veut pas d’une simple aventure qui est de courte durée. Elle veut être sûre de l’influence qu’elle a sur le roi. Car il faut le dire, François Ier, a une réputation de coureur de jupons. Avant Anne, il a eu bien beaucoup d’aventures mais sans lendemain. Anne n’aime pas vraiment le roi, c’est la magnificence, l’argent qui l’attire. Si Françoise a succombé par amour, Anne agit par intérêt. La cohabitation devient de plus en plus difficile entre une jeune femme de dix-huit ans et une autre de trente et un ans, devient de plus en plus difficile. Françoise de Châteaubriant est de fort caractère et n’entend pas à partager ses faveurs avec une autre personne. Elle ira même jusqu’à railler Anne sur la couleur de sa peau (le teint blanc étant réputé glacial). La cour s’amuse à regarder les querelles de ces deux femmes. Mais François 1er fait comprendre à la comtesse de Châteaubriant, qu’elle n’a plus de place dans son cœur mais lui propose de devenir favorite royale au second rang. Mais la trop orgueilleuse fille de la maison de Foix, ne peut pas accepter de telles choses. Elle retourne dans sa Bretagne natale pour rejoindre son époux, qui n’est pas très heureux de la revoir.

Anne, pour François est une merveilleuse partenaire mais son âme est laide : un jour sur l'oreiller, Anne demande au roi de réclamer à Mme de

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Châteaubriant les bijoux qu'il lui avait offerts pas pour leur valeur, mais pour les devises qui y sont inscrites. Belle hypocrite ! Le roi hésite mais s'exécute, Anne est si capiteuse que ne ferait-il pas pour sa douce, tendre et charmante maîtresse ! Un messager est dépêché auprès de Françoise, celle-ci fait fondre les bijoux et les transforme en lingots, renvoie le tout au roi avec ses mots : "Pour ce qui est des devises, je les si bien empreintes et conservées en ma pensée, et les y tiens si chères, que je n'ai pu permettre que personne en disposât, en jouit ou en eût le plaisir que moi même". (André Castelot). Le roi comprend la leçon.

François Ier comble de cadeaux, présents, terres, châteaux à sa nouvelle maîtresse et donne aussi d’importantes charges à sa famille. En 1531, la reine-mère, Louise de Savoie meurt. François 1er se tourne de plus en plus vers sa soeur Marguerite de Navarre, puis vers Anne de Pisseleu, nommée gouvernante de ses filles Madeleine et Marguerite. Dès 1532, François 1er acquiert pour elle la terre de Challuau. Il la marie un an plus tard, au seigneur dépossédé Jean IV de Brosse, comte de Penthièvre. Le roi leur donne 72 000 livres et octroie au couple le comté d'Étampes le 23 juin 1534 qui sera érigé en duché deux ans plus tard, le 18 juin 1536. François 1er fait de Jean de Brosse le baron puis le duc de Chevreuse, il l'aide pécuniairement à devenir propriétaire d'innombrables baronnies, châtellenies, seigneuries et fiefs. Il est nommé gouverneur de Bretagne, puis pour l'éloigner de la cour, le nomme gouverneur de l'Auvergne.

Restée à la cour, Anne de Pisseleu devient protectrice de Marot qui la décrit comme « la plus savante des belles et la plus belle des savantes », mais aussi de Rabelais, Calvin, Dolet. Elle s'entend bien avec la soeur du roi Marguerite de Navarre, et les deux femmes s'allient avec le troisième fils du roi, Charles, duc d'Orléans, et agissent pour promouvoir le parti de la tolérance.

Marot écrivit dans ses "étrennes" en parlant de la duchesse :

... sans préjudice à personne 
je vous donne 
la pomme d'or de beauté 
et de ferme loyauté 
la couronne ...

et Charles de Sainte-Marthe, un autre poète :

... pour sa très grande et bien rare beauté 
elle est la fleur entre toute nommée 
et tant pleine est de grande honneteté, 
qu'elle est de tous entièrement aimée 
beauté l'a faite parangon réclamée 
l'honneteté, la non pareille aussi 
par l'un un bruit, par l'autre est renommée 
et par tous deux est parfaite...

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Voici encore une anecdote où l’on voit la duplicité de la duchesse d'Etampes : les Gantois, ou habitants de Gand, dans les Pays-Bas, s’étant révoltés contre Charles-Quint, celui-ci demanda au roi de France l’autorisation de traverser la France. C’était en 1539. François 1er, généreux, la lui accorda et le reçut à Paris avec magnificence. La duchesse d’Etampes conseilla au roi de profiter de l’occasion pour demander à l’empereur de révoquer les dures conditions du traité de Madrid. Le roi, bien que cela lui répugnait, dit à l’empereur: « Mon cousin, voilà une dame qui me conseille de ne point vous laisser sortir de Paris que vous n’ayez révoqué le traité de Madrid ». « Si le conseil est bon, répondit Charles-Quint, il faut le suivre. » Mais l’empereur crut bon de mettre la duchesse dans ses intérêts. Le lendemain, donc, comme on se préparait au souper, il se lavait les mains et la duchesse tenait la serviette. Il en profita, comme par mégarde, pour laisser tomber de son doigt un superbe diamant que la duchesse s’empressa de ramasser pour lui rendre. « Duchesse, il vous appartient, dit l’empereur, il est en de trop belles mains pour que j’ose le reprendre ! » Dès lors, la duchesse n’insista plus au sujet de Madrid.

En 1540, Charles de Sainte-Marthe dédie à la duchesse sa Poesie Francoise. Le rôle éminent des femmes à la cour déclenche sans doute "la Querelle des Amyes". L'année suivante, à la disgrâce d'Anne de Montmorency, François Ier installe sa maîtresse dans le logis du connétable à Fontainebleau, comme signe de son autorité, et elle l'aide à dominer les factions inhérentes à une cour de roi vieillissant. Sous leur égide (le roi et son "amie parfaite" figurent ensemble "le Soleil" dans La Coche, de Marguerite de Navarre [1542]) les arts atteignent leur apogée à Fontainebleau. Primatice rend hommage à Anne dans les décors de la "Chambre de la duchesse d'Étampes" (prolongée par "l'aile d'Étampes") et de l'Appartement des Bains. En 1544, après la paix de Crépy, Anne de Pisseleu accompagne la reine Éléonore d'Autriche (deuxième épouse de François 1er) à Bruxelles, où elles sont reçues par le frère de celle-ci, Charles Quint et leur soeur Marie de Hongrie. Deux ans plus tard en 1546, le cardinal d'Este organise un banquet en son honneur en 1546. Sa réussite est indissociable de celle de son clan, à l'époque de la commande : Antoine Sanguin, (son oncle maternel) obtient l'abbaye de Fleury sur Loire, évèque d'Orléans et cardinal, archevèque de Toulouse, Charles de Pisseleu (son frère) eut l'abbaye de Bourgueil et l'évêché de Condom , François de Pisseleu (son frère) fut abbé de St Corneille de Compiègne, évèque d'Amiens, Guillaume de Pisseleu (son frère) fut évèque de Pamiers, quant à ses soeurs, deux furent nommées abbesses, les autres furent mariées dans les meilleures maisons du royaume (dont une, Louise, avec Guy Chabot seigneur de Jarnac).

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À la cour, Anne compte une rivale du nom de Diane de Poitiers, qui est la maîtresse du dauphin Henri. Celle-ci, à un tournoi, donné en mariage du roi et de sa seconde épouse, Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint, Anne et Diane avait été désignées comme les plus belles femmes de l’Assemblée par le dauphin Henri II. Anne et Diane mènent une grande bataille, elles ont chacune des appuis à la cour : Diane, catholique convaincue, est soutenue par les Guise et Anne, de plus en plus adhérant aux idées de la Réforme, est soutenue  par les protestants. La rivalité de la duchesse d'Etampes et de Diane de Poitiers atteindra son point culminant dans le duel entre Jarnac et la Chataigneraie. La duchesse d'Etampes se plaisait à dire par pure malice en parlant de Diane : "l'année de ma naissance fut celle où Mme la Sénéchale se mariat" (or Diane s'était mariée en 1514). En 1547, la mort du roi François 1er annonce le déclin de l'influence de la duchesse d'Etampes au bénéfice de sa rivale Diane de Poitiers, maitresse du Dauphin qui va devenir Henri II : Anne de Pisseleu est écartée du pouvoir et contrainte à un séjour en Bretagne auprès de son mari avec lequel elle ne s'est jamais entendu. Elle doit restituer les bijoux que Francois 1er lui avait offerts pour que le roi Henri II les offre à Diane de Poitiers et subir un procès en haute trahison pour ses relations avec Charles Quint avant d'être bannie de la cour. Henri s'empare en outre de la maison qu'occupait Anne dans la rue Saint-Aubine près du palais de Tournelles avant d'en faire cadeau à Diane. Ce n'est pas tout : Henri lui confisque aussi le duché d'Etampes qui revient à la couronne. Diane de Poitiers le recevra en 1553, mais six années après la mort de Henri II en 1565, Charles IX, le rendit à Anne et son époux. Mais celui-ci meurt la même année ; Etampes retourna donc à la couronne.

Anne est retenue par son mari durant dix-huit ans au château de La Hardouinaye, [(près de St Launeuc près de Dol) tristement célèbre pour avoir été le théatre de l'assassinat de Gilles de Bretagne], qui lui fait endurer de nombreux procès. Elle ne sera libérée que de sa présence à sa mort. Comme de nombreux Picards (Lefèvre d'Etaple, Calvin...), comme sa soeur Péronne de Pisseleu (un des piliers de l'église réformée), Anne est séduite par les idées de la Réforme ; en 1576, elle reçoit les chefs protestant dans son château de Challuau. Il semble qu'elle se soit convertie au protestantisme dans les dernières années de sa vie. 

Désormais protestante, la duchesse d’Étampes mène une vie de plus en plus recluse. Au moment où elle fait son testament en 1580, elle réside avec une des filles de sa soeur : Péronne de Pisseleu, Marie de Barbançon. Elle n'a pas eu d'enfants ni du roi ni de son mari. Obèse et oubliée de tous, elle mourra en 1580, à l’âge de soixante-douze ans, à Heilly, bien des années plus tard, après la mort de sa grande ennemie et rivale, Diane de Poitiers.

Rédigé en collaboration avec Histoire-et-secrets.com