Françoise de Châlus née en 1734 est la fille de Gabriel, comte de Chaslus et de Chantal de Gérault de Solages (1710-1761). Elle fut élevée et éduquée à Versailles au sein de la petite cour de la comtesse de Toulouse, dont sa mère était dame de compagnie. Dès qu’elle atteint ses quinze ans, elle est mariée le 13 juillet 1749 à Jean François, duc de Narbonne-Lara (1718-1806), dont deux fils :

L’année de son mariage en 1749, Françoise de Châlus, comtesse de Narbonne, est présentée à la cour et nommée dame du palais de Louise Elisabeth de France, dite madame Elisabeth, infante de Parme. De 1750 à 1753, son époux sera premier gentilhomme de la chambre de l’infant duc de Parme. En 1749, le couple part donc alors pour Parme. Mme de Narbonne servira la princesse à Parme et à Versailles jusqu’en 1759. Son époux rentrera en France en 1753 pour vivre à Agen dans son hôtel de la rue Porte-Neuve ou il mourût le 12 aout 1806 sans y revoir son épouse. A la mort de Madame Elisabeth, survenue à Versailles en 1759, la comtesse de Narbonne passa au service de Madame Adélaïde, l'aînée des filles survivantes de Louis XV. En 1764, elle deviendra sa dame d’atour en succesion de la marquise de Civrac. En 1781, la duchesse de Narbonne-Lara succédera à la duchesse de Beauvillier comme dame d'honneur de Madame Adélaïde.

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Selon des documents conservés au ministère des armées et datés de 1746, Jean François de Narbonne aurait été dans l’impossibilité de procréer. Ces documents indiquent qu’il eut un testicule et une partie de la verge emporté par un coup de pistolet lors de combats. Le mariage de Françoise de Châlus avec un homme impuissant aurait été en fait un arrangement pour dissimuler le fait que Françoise de Châlus, devenu maîtresse de Louis XV, était alors enceinte. Elle eut très probablement deux fils illégitimes avec le roi. Selon des témoins du temps, Madame Adélaïde était sous la férule de la duchesse de Narbonne qui menait tout avec l’autorité d'une femme d'âge, ayant plus de quarante ans de services. Rompue aux manœuvres courtisans, ambitieuse pour elle-même et ses enfants, elle était d’un esprit élevé et d’un caractère ferme. Dans ses mémoires, Bertrand Barère de Vieuzac, membre de la Convention parle des clans familiaux attachés aux filles de France :« Ainsi, Madame Adélaïde en avait fait combler la duchesse de Narbonne, sa dame d'honneur et sa favorite. Madame Victoire en avait fait autant pour la duchesse de Civrac, qu'elle affectionnait particulièrement. » Dans les mémoires de Goldoni il est aussi mentionné : ...« Madame la Dauphine auroit voulu m'employer peut-être auprès de ses enfans, mais ils étoient trop jeunes pour s'occuper d'une langue étrangère : Mesdames de France, fille de Louis XV avoient appris les principes de la langue Italienne de M. Hardion, bibliothécaire du roi à Versailles ; elles avoient du goût pour la littérature Italienne ; Madame la Dauphine profita d cette circonstance heureuse, et m'envoya chez Madame la Duchesse de Narbonne qu'elle avoit prévenue en ma faveur pour que cette dame me présentât à Madame Adélaïde de France, dont elle étoit alors dame d'Atours, et actuellement dame d'honneur.J'avois eu l'honneur de connoître Madame la Duchesse de Narbonne à la cour de Parme; elle me reçût avec bonté me présenta le même jour à son auguste maitresse, et je fus installé sur le champ au service de Mesdames de France. Aucun traitement ne me fut proposé. »... Dans les mémoires de Bachaumont : « […] Madame de Narbonne voudrait […] pousser au ministère le beau-père de son fils [son fils a épousé Mlle de Montholon, fille de l'ancien premier président de Rouen]. La place de garde des sceaux lui conviendrait fort.

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Selon la légende, la duchesse de Narbonne est également à l'origine du "Chemin des Dames", lieu tristement connu pendant la première guerre Mondiale. En 1776, Madame de Narbonne devint propriétaire du château de la Bove près de Bouconville et de l'Abbaye de Vauclair. Elle porta alors le titre de dame de La Bove. Elle posséda le château jusqu´à la Révolution. On y accédait alors en empruntant un chemin de crête. Madame de Narbonne demanda à partir de 1780, à l'administration des Ponts et Chaussées la transformation en route carrossable du chemin en prévision des visites de Mesdames de France. La "route pour les Dames" finit par être construite au cours des années 1785-1789 mais Mesdames de France ne l'empruntèrent jamais. Les archives ne mentionnent qu'un seul voyage de Mesdames à la Bove, en 1784. Madame de Narbonne manifesta son dévouement envers Mesdames en les suivant jusqu’à leur mort à Trieste. Elle prit le chemin de la l’exil depuis Bellevue avec sa maîtresse. Dans la lettre de Mr Hue au baron Couture en 1814 : « La suite de Mesdames était composée, Pour Madame Adélaïde, de la duchesse de Narbonne-Lara, dame d'honneur; de son fils le comte Louis de Narbonne, chevalier d'honneur, depuis ministre de la guerre ; pour Madame Victoire, du comte de Chastellux, chevalier d'honneur; de la comtesse de Chastellux, dame d'honneur ; de leurs enfants, et de plusieurs personnes du service. M. Couture, architecte de Louis XVI, et chevalier de Saint-Michel, accompagnait aussi Mesdames. » Dans les mémoires de Madame la duchesse d’Abrantés : … « Mesdames de France habitaient le château de Caserte, maison de plaisance royale de la cour de Naples. Malgré leur infortune, elles avaient encore une suite fort nombreuse autour d'elles. Parfaitement bonnes, elles cherchaient à distraire les personnes de leur service de l'austérité de la vie retirée que l'on menait à Caserte. Elles donnaient de petits bals dans l'intérieur de leurs appartements, mais où l'on n'admettait jamais que les personnes de la suite et du service d'honneur. Il y avait alors peu de femmes autour d'elles. Mademoiselle de Narbonne, mesdames de Chastellux, madame la duchesse de Narbonne, qui n'était plus guère de mise dans une contredanse, mais qui s'entendait admirablement à la nommer, et puis une on deux autres personnes dont j'ai oublié le nom, voilà à peu près ce qui composait la cour de Mesdames, dont mademoiselle Louise de Narbonne , aujourd'hui madame de Bramcamp, était le plus bel ornement, comme elle l'eût été à Versailles. »... La duchesse de Narbonne avait perdu toute sa fortune dans la tourmente révolutionnaire. Au retour d’exil, elle vivra sous l’empire grâce à la proximité de son fils Louis de Narbonne Lara avec l’Empereur puis sous la Restauration, des bienfaits du roi Louis XVIII. Elle décédera en 7 juillet 1821 à l‘âge de respectable de 87 ans.