La Florence, petite maitresse du Régent
En 1696, alors qu’il n’est encore que le duc de Chartres, le futur Régent rencontre une jolie et jeune danseuse d’Opéra, connue sous le nom de « Mademoiselle Florence », née Pellerin. Celle-ci a à cette époque pour amant, une certain M. Mittantier, greffier en chef de l’Hôtel de Ville de Paris, qui est aussi son protecteur. Mlle Florence est une jeune fille d’une vingtaine d’années, aussi belle que bête car elle manque l‘esprit de la conversation, atout nécessaire à l‘époque pour briller dans la société. Bref, elle est sotte n’a d’autre talent que sa charmante figure. Voici le portrait d’elle brossé par Madame, mère du Régent : « La mère de l'abbé de Saint-Albin était fort belle, mais elle n'avait nul esprit ; c'était une sotte ; lorsqu'on la voyait on aurait pensé, avec ses jolies mines, que personne n'était plus fin qu'elle ».
Sans attendre plus longtemps, il la prend pour maitresse. Il est alors fort épris de la jeune demoiselle et n’hésite même pas à mettre à jour sa liaison avec elle. L’année suivante, en 1697, Florence se trouve enceinte des œuvres du futur Régent et l’année suivante, en 1698, elle accouche d’un fils, qui est baptisé à Saint-Eustache, comme fils du sieur Coche, alors valet de chambre de M. le duc d’Orléans. Le jeune garçon entrera plus tard dans les ordres sous le nom de l’abbé de Saint-Albin. Si le Régent reconnaissait, légitimer, et faisait marier ses filles naturelles, en revanche, il destinait pour ses fils, les ordres ecclésiastiques les privant ainsi de toute descendance - il en fut de même pour le fils qu‘il avait eu avec la comtesse d’Argenton, Jean-Philippe dit le chevalier d‘Orléans, qui fut successivement chevalier de l’Ordre de Malte, Grand Prieur de France, abbé d’Hautvillers, grand d’Espagne et général des galères de France - il ne voulait pas ainsi faire comme son oncle, Louis XIV, et salir son nom par la bâtardise. La princesse Palatine fut très attachée à son petit fils, l’appelant affectueusement mon abbé de Saint-Albin, n’hésitant pas non plus même à le préférer à ses petits-enfants légitimes, et ne lui tarit pas des éloges. Un jour même, elle dérogea à l’étiquette dont elle était si entichée, jusqu’à assister à sa thèse en Sorbonne. Voici le portrait qu'elle fait de lui : « Il a un air de famille ; il ressemble fort à feu Monsieur ; il a quelque chose de son père et beaucoup de mademoiselle de Valois... C'est un charmant et très-honnête garçon ; il ressemble à feu Monsieur, mais il a une plus belle taille ; il a la tête de plus que son père. »
Quant à Coche, pour avoir voulu prêter son nom au bâtard du Régent se verra promu de nombreuses gratifications et sera l’un des favoris du Régent durant la Régence. L’abbé de Saint-Albin sera reconnu aussi plus tard par son père, en grande partie grâce à sa grand-mère. Il sera légitimé en même temps qu’Hélène, fille de l’actrice Desmares. Il sera successivement l’évêque de Saint-Ouen, coadjuteur, puis évêque de Laon, prieur de Saint-Martin-des-Champs, et enfin archevêque de Cambray. Il sera aussi fait évêque de Laon et duc et pair de France. Il mourut en 1764.
La liaison de Mlle Florence et le futur Régent ne dura pas longtemps. Souvent, il fut scène des disputes orageuses entre le duc de Chartres et Florence. De plus, celle-ci n’avait pas du piquant pour égayer son amant et n’était pas d’une fidélité exemplaire pour s’attirer la compassion de ce dernier. Le duc délaissera la belle pour l’actrice Desmares comme il avait délaissé cette dernière pour la danseuse.
Lorsqu’elle est délaissée, l’actrice Florence n’a rien perdu de sa beauté. Après le Duc, elle se console dans les bras de ses plusieurs prétendants notamment le prince de Léon, aussi laid que spirituel. Celui-ci est le fils du duc de Rohan. Fort épris de la danseuse, il mène un train de vie princier. De leur liaison, naitront quelques enfants. La liaison de Florence avec le prince de Léon fait grand bruit et Louis XIV signe une lettre de cachet pour arrêter la danseuse. Le Prince qui ne veut pas s’en séparer, l’enlève et la retient prisonnière dans une petite maison à Ternes. Mlle Florence est alors mise dans un couvent sur ordre du roi et à la grande rage de son amant.
A partir de Décembre 1707, on perd toute trace de Mlle Florence qui mourut probablement peu de temps après.
Sources : LES MAITRESSES DU RÉGENT de M. Lescure
