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20 novembre 2011

Marie-Madeleine de Parabère, grande favorite du Régent

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Marie-Madeleine naît à Paris le 6 Octobre 1693. Elle était de Coatquer ou Coaskër de la Vieuville, une famille depuis longtemps célèbre dans l'histoire... et dans les chansons. Son père, René-François, marquis de la Vieuville était chevalier d'honneur de la reine, femme de Louis XIV, gouverneur du Poitou depuis 1652, duc à brevet, et fils de Charles II, dernier seigneur de Chailvet, du nom de la Vieuville, qui fut l’un des gouverneurs du duc d’Orléans. Sa mère, Marie Louise de La Chaussée d’Eu, était dame d'atours de la duchesse de Berry jusqu’à sa mort. Toute jeune fille, mademoiselle de La Vieuville n’était pas d’une grande vertu et promettait ce qu'elle a tenu depuis. D’ailleurs ne venait-elle pas d’une famille dont la légèreté et la beauté étaient héréditaires chez les femmes ? La première épouse de son père, Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt était connue pour avoir été une maitresse passagère de Louis XIV durant la faveur de Louise de La Vallière. Décrite comme « blonde, piquante, hardie, un brin effrontée et experte en l’art de coquetterie », elle avait donné quatre enfants à son époux et était morte en 1689. Quant à la deuxième épouse du marquis de La Vieuville, (c'est-à-dire la mère de Marie-Madeleine), avait été une demoiselle « belle, pauvre, sans esprit, mais sage » mais que le mariage l’avait rendue « basse et intéressée » aux dires de Saint-Simon.
Bien que venant d’une famille noble, son père, était un « fort pauvre homme, » dit Saint-Simon. A ses yeux grenadins, « qui allaient constamment à la petite guerre » à son agaçant sourire, à ces beautés de toutes les « sortes » qui la rendaient si séduisante, il était facile de prévoir que Marie-Madeleine suivrait les traces de sa mère. Elle ne fit pourtant pas trop parler d'elle avant son mariage, et les chansonniers l'épargnèrent, bien sûrs de prendre leur revanche. Peut-être avait-elle mérité cette exception, et s'était-elle bornée à être belle, attendant, pour être coquette, ce double plaisir qu'il y a à l'être aux dépens d'un mari.
Dès qu’elle atteignit ses dix-huit ans, on la maria le 8 juin 1711 à César-Alexandre de Baudéan, marquis de Parabère de 30 ans son aînée, qui était un gentilhomme de la meilleure noblesse de Poitou. Marie-Madeleine, devenue par son mariage, marquise de Parabère, ne tarda pas à déchanter. Il semble que ce mari n’avait aucune charge à la cour, et qu’à l’armée, il s’était contenté des « lauriers de ses ancêtres ». Borné d'esprit et de cœur, il était sot avant de le devenir, ce qui ne tarda pas longtemps. Mme de Parabère ne pouvait connaitre l’amour qu’en étant infidèle à son époux. Ainsi on pouvait la remarquer auprès du lord Bolingbroke, qui était bien aimé par les dames françaises qui voulaient lui faire « oublier » son pays natal, l’Angleterre.

Mais Madame de Parabère, n’était pas tout à fait libre de ses actes. Bien que laissée par un époux peu attentionnant, elle était surveillée constamment par sa mère, Marie-Louise de La Vieuville qui ne voulait pas voir sa fille se jeter dans la légèreté et la galanterie si héréditaires dans sa famille. Elle l’avait même, disait-on, protégée des regards du régent empêchant coûte que coûte une liaison entre eux. Le 11 Septembre 1715, Mme de Parabère se trouva délivrée de cette mère qui était morte d’un cancer de sein et qui avait été d’un courage exemplaire allant cacher son mal jusqu’à deux jours avant son décès. Une seule femme de chambre l’avait su. Ce fut Mme de Pons — qui était l’une des dames du palais — qui la succéda à sa charge et il fut de même pour elle par Mme de Beauvau pour sa charge de dame du palais. Plus que jamais, la Parabère se trouva « émancipée » de la présence de celle qui avait été sa génitrice et continua de pratiquer la galanterie, collectionnant plusieurs amants notamment le chevalier de Matignon . « L'amant est trompé comme le mari par cette jeune femme folle de sa liberté », disait-on.

En 1716, ce fut le tour du mari pour quitter le monde, il ne fut pas pleuré et on ne le regretta point car il n’avait rien à faire dans le monde. Voici son oraison funèbre par Saint-Simon : Parabère mourut aussi ; pour le personnage qu'il faisait en ce monde, il eût mieux valu pour lui de le quitter plus tôt. Malgré le mariage malheureux qu’il avait contracté avec Mlle de La Vieuville, trois enfants, dont deux garçons, Louis-Barnabé (1714-ap.1770) et Louis-Henri (1715-1746), et une fille, Gabrielle-Anne (1716-ap.1735), étaient nés de cette union. La mort de son mari lui laissa plus de champ libre et ce ne fut pas son vieux père, qui remarié une troisième fois, qui allait se mettre en travers de son chemin. Dans tout l’éclat de ses 23 ans, elle charmait tout homme qui la croisait, faisant sa renommée dans la capitale et n’échappant pas aussi à la plume des chansonniers. On était alors en pleine Régence, période de tous les vices. Le mariage était bafoué : les seigneurs couchaient avec les filles d’Opéra et les belles dames n’hésitant pas non plus à ouvrir leurs lits à la populace. Le Régent donnait lui-même l’exemple en menant une vie dissolue, passant des nuits de débauche et s’entourant des favoris qui étaient surnommés les roués, et des dames de petite-vertu qui ne demandaient qu’à s’épanouir dans la société. Parmi elles, se trouvaient celles qui accordaient leurs faveurs du Régent et dont les aventures étaient souvent de courte durée. La maitresse du moment était la comtesse de Sabran. Comment la Parabère pouvait-elle échapper au regard du Régent ? Pourtant leurs chemins n’allaient pas tarder à se rencontrer encore.

 parabere

Alors que la Parabère se trouvait chez la duchesse douairière de Berry, c’est là qu’elle fut remarquée par le père de cette dernière qui n’était autre que le Régent pour la première fois mais sous les yeux de l’incommode Mme de La Vieuville. Mais lorsqu’ils se revirent, Mme de La Vieuville n’était plus et rien ni personne ne pouvait se mettre en travers de leurs chemins. C'était vraiment de cette allure dégagée, avec cette audacieuse désinvolture, cet insouciant laisser-aller, que devaient commencer ces singulières amours, dont le milieu et la fin sont dignes du commencement. Plus gaie que spirituelle, sans effronterie, mais sans modestie, naïvement dépravée, en quelque sorte portant le vin de Champagne aussi légèrement que l’amour, madame de Parabère était bien cette maîtresse alerte, pétillante, infatigable, qu'il fallait au Régent (une sorte de Mme de Montespan pour Louis XIV), alors passionné pour ces quotidiennes orgies qui devaient avant lui lasser les plus forts, et, plus tard, faillir à tuer madame d'Averne. Ce n'est pas Madame de Parabère, qui se fût exposée comme cette dernière à la honte de mourir d'indigestion. Elle avait l'héroïsme du plaisir. Toute nerfs, cette femme frêle en apparence apportait dans ces défis sensuels chaque soir jetés à la force humaine, une santé d'acier. Les convives s'abaissaient successivement sous la table, comme écrasés par une main invisible. Seule, madame de Parabère, toujours souriante, souriait au dernier buveur ; seule, toujours la coupe à la main, elle défiait le dernier rieur. Et, quand elle s'était assez rassasiée de lumière, de parfums, de rires et de chansons, elle daignait laisser tomber sa paupière sur son œil toujours étincelant, et abdiquait un moment la royauté du festin. Une heure de repos lui suffisait pour se relever plus fraîche que les roses de son sein, plus disposée que jamais à rire d'un bon mot ou à goûter d'un bon cœur. Les premiers amours du Régent et de Mme de Parabère se situent en hiver 1715, quelques mois après la mort de sa mère et du vivant de son mari. Vers cette époque aussi, elle entretient une liaison plus ou moins passionnée avec le duc de Richelieu. Cette fois, Mme de Parabère sera réellement amoureuse mais ce ne sera pas réciproque. Richelieu ne lui consacrera même pas une ligne dans ses Mémoires. Quoiqu’il en soit, le Régent pardonnera à sa maitresse et celle-ci le trompera encore avec d’autres tels que Nocé ou Clermont. La liaison de madame de Parabère avec Nocé parait avoir été plutôt une amitié intime qu'un véritable amour. Après Nocé, succède Clermont, capitaine des Suisses du Régent, le même qui a préféré la Choin à la grande princesse de Conti.

Le Régent se borna à ne point reconnaître les enfants de sa volage maitresse due à sa nature dévergondée. Le 2 novembre 1719, Madame écrit ceci en passant la revue

mariemadeleinedelavieuville

des enfants naturels de son fils : « Il y a encore deux ou trois enfants que je n'ai jamais vus et qu'il a eus d'une femme de qualité. Son grand-père a été gouverneur de mon fils, et il était précédemment chevalier d'honneur de la reine. Cette femme est veuve depuis deux ans. (…) Je ne crois pas que mon fils puisse être bien sûr que ces enfants soient de lui, car cette femme est une terrible dévergondée. Elle boit nuit et jour et ne se gêne en rien : mais mon fils n’est pas du tout jaloux.» Et cette maîtresse, qui est « celle qui a le mieux réussi à le captiver », cette « femme de qualité », c'est madame de Parabère. Et enfin, le 19 avril 1720, elle ajoute : « Pourquoi tourmenterais-je inutilement mon fils pour qu'il reconnût son abbé? cela lui attirerait de grands tourments, car il a beaucoup d'enfants de la Parabère, elle voudrait aussi qu'ils fussent reconnus ; ce motif m'a retenue. »
Malgré ses défauts apparents, Madame de Parabère ne manque pas de qualités. Les contemporains de l’époque ne tarissent pas d’éloges sur son compte à commencer par la mère de son amant : « Elle est de belle taille, grande et bien faite ; elle a le visage brun et elle ne se farde pas; une jolie bouche et de jolis yeux ; elle a peu d'esprit, mais c'est un beau morceau de chair fraîche » ou encore celle-ci par un personnage inconnu : « Elle était vive, légère, capricieuse, hautaine, emportée ; le séjour de la cour et la société du Régent eurent bientôt développé cet heureux naturel. L'originalité de son esprit éclata sans retenue ; ses traits malins atteignaient tout le monde, excepté le Régent ; et, dès lors, elle devint rame de tous ses plaisirs, quand ses plaisirs n'étaient pas des débauches. Il faut ajouter qu'aucun vil intérêt, qu'aucune idée d'ambition n'entrait dans la conduite de la comtesse. Elle aimait le Régent pour lui; elle recherchait en lui le convive charmant, l’homme aimable, et se plaisait à méconnaître, à braver même le pouvoir et les transports jaloux du prince ». Madame Caylus dira d’elle dans ses Souvenirs que « Sa figure était aimable, son caractère était doux et son esprit était médiocre. On l'a accusée d'être ce qu'on appelle méchante dans le monde. Hélas ! c'est ce que tout le monde peut naturellement se reprocher, mais l'acharnement avec lequel on a tenu sur elle des discours très-fondés engage également une femme à rendre aux autres ce qu'ils lui prêtent, quand cette vengeance est aussi facile à prendre, et qu'elle est souvent une vérité. Ce qu'il y a de plus singulier dans le caractère de madame de Parabère, c'est l'égalité de son amour. Le sentiment en elle a très-souvent changé d'objet, mais jamais son cœur n'a été vide un instant; elle a quitté, elle a été quittée ; le lendemain, le jour même, elle avait un autre amant qu'elle aimait ; avec la même vivacité, et auquel elle était soumise avec le même aveuglement. Car elle n'a jamais vu que par les yeux de son amant du moment. Dès qu'elle l'avait choisi, elle ne voyait que ses amis et n'avait que ses goûts. Cette exactitude de soumission, prouvée par l'exemple de plus de vingt amants qui se sont succédé pendant le temps de ses amours, et qui subsistent encore, me paraît un événement singulier et plus rare dans un degré aussi égal, que les exemples d'une constance d'un pareil nombre de dames ne le pourraient être. » Madame qui est d‘humeur versatile écrit d‘elle comme ça quelques jours plus tard : « Elle est capable de manger et boire, et de débiter des étourderies ; cela divertit mon fils, et lui fait oublier tous ses travaux » ou encore « Mon fils a une maudite maîtresse qui boit comme un trou et qui lui est infidèle ; mais comme elle ne lui demande pas un cheveu, il n'en est pas jaloux. », « Mon fils dit qu'il s'était attaché à la Parabère parce qu'elle ne songe à rien, si ce n'est à se divertir, et qu'elle ne se mêle d'aucune affaire. Ce serait très-bien si elle n'était pas si ivrognesse, etc. », continue-t-elle.

Adam_et_Eve_Philippe_d_orleans_et_Madeleine_de_la_VieuvilleBelle, volontaire, hardie, au rire éclatant, au cœur volage, mais sans ambition et sans cupidité, l’idéal enfin de la maîtresse, pour un prince à la fois aimable et prudent, à qui Dubois avait appris à redouter les liaisons trop absorbantes qui avaient gêné parfois jusqu'à la despotique liberté de Louis XIV. Madame de Parabère fut la favorite, la préférée, et digne de l'être, de ce groupe de femmes « de bonne humeur » et même de bon appétit qui entourèrent chaque soir de sa vie la table de Philippe d'Orléans. Moins effrontée que Sabran, moins coquette que d'Averne, Mme de Parabère ne fut point surtout avide comme elles. Elle ne demanda que de la joie à un rang auquel d'autres ne demandaient que de l'argent. Elle se donna, mais ne se vendit pas, et cette gloire lui reste, ne fut-ce que pour donner plus tard de la dignité à son repentir.
Toute désintéressée qu’elle fût, madame de Parabère n'avait à cela qu'un demi-mérite. Elle n'était pas femme à avoir une vertu tout entière, que le Régent, par ses prodigues libéralités, ne lui laissait pas de bien redoutables tentations à vaincre. Nous savons qu'il ne lésinait pas en amour, pas plus qu'en tout le reste. Il mettait une sorte de galant amour-propre à prévenir le moindre désir de ses maîtresses, et il s'évertuait à satisfaire magnifiquement tout caprice qu'il n'avait pas deviné. C'est ainsi qu'ayant appris que madame de Parabère désirait des porcelaines, il en fit chercher de tous les côtés à quelque prix que ce fût, et en acheta pour dix-huit cent mille livres.
Le Régent, qui n'aimait pas la campagne, avait donné à madame de Parabère une maison à Asnières, cette campagne de tout temps si parisienne. Là avaient souvent lieu ces soupers nomades qui alternaient entre le Palais-Royal, le Luxembourg et Saint-Cloud. Là aussi arrivaient souvent ces accidents, mésaventures habituelles de l'ivresse, auxquels le Régent semblait particulièrement voué. Madame en raconte un sous la date du 15 août 1719 : « Mercredi, dans la nuit, il alla à Asnières, où la Parabère a une maison : il y soupa ; lorsqu'il voulut, après minuit, remonter dans son carrosse, il tomba dans un trou et se foula le pied ». C'est à ces visites à Asnières que Gendron, le médecin peu écouté du Régent, attribuait ce déclin rapide de la santé du prince, cet affaiblissement de plus en plus général, qui s'étendait déjà parfois jusqu'à son intelligence. Ces visites redoublèrent précisément en cette année 1720, si fécondé en désastres, qui devait s'enfuir dans l’éternité, chargée de la malédiction universelle. C'est l'année du système expirant, de d'Aguesseau impuissant, du Parlement humilié, de d'Argenson triomphant, de Dubois intriguant dans l'ombre la perte de tous ses rivaux. C'est l'année des Philippiques, scandaleuse par excellence, infâme d'un bout à l'autre, dont nous avons, en un autre ouvrage, énuméré les hontes si cruellement étalées dans ces vers fameux, digne chef-d’œuvre d'un pareil temps.
Bientôt, cependant, les voyages d'Asnières cessèrent due à la cause de l’invasion du Palais-Royal par populace qui en voulait à Law ; mais la faveur de madame de Parabère n'en souffrit pas. Au contraire, elle vint, à côté de l'épouse légitime, étaler une scandaleuse grossesse. Law, qui s'était réfugié au Palais-Royal, et y logeait, jusqu'à ce que fût calmée l'effervescence populaire, dans l'appartement du comte d'Estampes, capitaine des gardes du corps du Régent, en sortit le dimanche 18 août 1720 et retourna chez lui, rue Neuve-des-Petits-Champs. C'est madame de Parabère qui l'y remplaça. Marais note : « Elle est grosse à pleine ceinture et est à la vue de tout le monde à l'Opéra et dans la propre maison de madame la duchesse d'Orléans, qui souffre tout sans rien dire. C'est une princesse d'un tempérament froid et tranquille, que rien ne trouble, et qui ne fait que des filles. »

Mais il arrivait à l’époque où le Régent était plus impopulaire que jamais sans que sa maitresse en soit affectée. D’ailleurs le peuple voyait en elle leur secours à la

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détresse universelle. Et la santé du Régent chancelait de plus en plus. À chaque rechute, Madame reprenait ses diatribes contre les soupers et les maîtresses, auxquelles elle attribuait tout le mal. Et ce n'est pas seulement dans sa correspondance qu'elle déchargeait sa bile. Elle avait, de temps en temps, avec son fils des conversations pareilles à des assauts. Le Régent, qui envoyait souvent au diable ses médecins et ses chirurgiens n'opposait à ces remontrances de sa mère qu'un système de respectueuse inertie. Il la laissait tempêter à son aise, et continuait à se promener la « nuit avec le méchant et impertinent Nocé ». Il courait la nuit aux environs de Paris, dans des carrosses étrangers, soupant tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre de ses gens, et restait à table avec sa société habituelle ou improvisée jusqu'à trois ou quatre heures du matin. Parmi les roués les plus notables qui faisaient partis de ce souper on pouvait citer La Fare, le duc de Noailles, le duc de Brancas, Nocé, Broglie, le marquis de Canillac, Biron, Simiane et d'Effiat, Fargis et tant d’autres. Pour les femmes, c’étaient généralement les maitresses du Régent. On pouvait citer madame de Parabère, madame d'Averne, madame de Phalaris, madame de Sabran, la princesse de Léon, madame de Gesvres, madame de Pramnon, madame de Flavacourt, madame de Sessac, madame du Brossay, madame de Verrue, mademoiselle de Portes, madame de Tencin, madame du Deffand, madame de Mouchy, la duchesse de Berry elle-même. Et encore plus souvent les deux sœurs Souris, la petite Le Roy, mademoiselle Uzée, la petite Emilie, qui étaient danseuses à l’Opéra. Dans ses soupers, Mme de Parabère était surnommée « le petit corbeau noir » par les uns ou « le gigot » par les autres.
Durant son règne de maitresse-en-titre, Madame de Parabère garda un pouvoir absolu sur le Régent pendant cinq ans. De toutes les maitresses du Régent, c’est Madame de Parabère qui eut du crédit sur l’esprit du prince, tout le crédit qu'elle voulut avoir sans le paraître. Et c'est précisément parce qu'il la savait insouciante et désintéressée, que le Régent ne lui ferma pas constamment cette oreille où elle essayait de parler politique. De ce crédit de madame de Parabère, auquel Law et les Paris, financiers remarquables de la Régence, ne craignirent point d'accrocher tour à tour leur fortune rivale. Même Saint-Simon dut reconnaître que madame de Parabère avait du pouvoir sur l’esprit du Régent, et qu'elle en avait plus que lui-même. Voila ce qui se passa un jour : Saint-Simon voulait empêcher le Régent d'aller au sacre de Dubois. Madame de Parabère l'y envoya. Madame de Parabère, toute sotte que la dise Madame, et toute insouciante qu'elle fût, savait non-seulement vaincre, mais encore profiter de la victoire; elle avait eu l’art de se donner du crédit; elle eut le bon sens de vouloir le conserver, et si elle n'y réussit pas, elle n'eut pas du moins à se reprocher ces témérités de paroles, ces impatiences d'ambition qui causèrent avant la sienne la disgrâce de tous les roués. En cette finissante année 1720, Mme de Parabère prend un autre amant du nom de Beringhem.
Arrive le temps de la rupture ; à la fin de l’année 1720, apparait une nouvelle maitresse du Régent, la duchesse de Phalaris. Poussée par sa parente, la comtesse de philippeorleans_marquiseparabereSabran, elle a pour but de détrôner Mme de Parabère dans le cœur du Régent. Ce ne fut là qu'une éclipse. Madame de Parabère, qui, dès le 14 novembre, semblait baisser, se relève plus puissante que jamais, au grand ébahissement des roués, des favoris, des maîtresses, au grand désarroi de toute cette intrigue « qui jamais n'avait été plus vive. » Pourtant le 13 Décembre de la même année, Mme de Phalaris remonte à la surface. C’est alors l’époque de deux maitresses. L’année sui vante, le 10 Janvier, alors que Mme de Phalaris est renvoyée, Mme de Parabère se brouille avec le Régent pour avoir couché avec les filles d’Opéra. La séparation est des plus orageuses. Le Régent chargera Nocé de le raccommoder avec son ancienne maitresse mais en vain. Le Régent restera toujours amoureux de Mme de Parabère et il sera objet de nombreuses visites du Régent chez son ex-maitresse. Plus heureuse que mesdames de Sabran, de Tencin, d'Averne, Mme de Parabère ne devait pas être chassée. Elle devait partir de son plein gré, avec la consolation d'avoir été celle des maîtresses du Régent qui avait approché le plus de son cœur, n'en ayant jamais voulu à son secret.
La disgrâce définitive de Mme de Parabère sera probablement causée par la fierté et l'insouciance désintéressée qui faisaient le fond de son caractère. Le Régent lui aurait conté tout doucement le mot de Mahomet II qui dit à sa maîtresse : « Voilà une belle tête, je la ferai couper quand je voudrais ». Le trait historique ne plut point à la dame qui partit pour Boran auprès de Beaumont.
Quelques mois après, Mme de Parabère se retira dans un institut religieux pour réparer le scandale de sa vie passée. Un sermon du village l’avait touchée ; elle en convint de bonne grâce et se fit dévote. D’un autre côté, on prétendait que c’est une grave maladie qui faillit la mener aux portes de la mort, qui la poussa à la dévotion. Néanmoins, elle survécut et demeura dévote. Sinon, une dévote sans hypocrisie et qui ne changea rien de sa vie. Elle n’avait renoncé ni à la jeunesse ni aux choses terrestres et continuait ses frasques pour se repentir après. Elle aura pour amants M. le Premier qui la quittera pour Mme d’Epernon et M. d’Alincourt, qui a été aussi l’amant de Mme de Prie et Mme d’Averne. Ce dernier la quittera aussi en 1728. Pour s’en consoler, Mme de Parabère se jette dans les bras de M. de La Mothe-Houdancourt. Celui-ci, jaloux ne quitte pas sa maitresse. Dans l’entretemps Mme de Parabère s’était liée d’amitié avec Mlle Aissé et veillera sur elle durant sa longue maladie. Celle-ci en mourra.
Les dernières années de la vie de Mme de Parabère sont floues. Dans la lettre de Voltaire à son amie Emilie du Châtelet, il mentionne la tentative du mariage de Mme de Parabère et du duc de Brancas mais qu’il n’a jamais eu lieu du fait qu’elle n’avait pas trouvé une somme de 50 000 livres. En 1739, elle vivait encore. Sa fille, Gabrielle-Anne, avait été mariée à Frédéric-Rodolphe, comte de Rothembourg (1710-1751). Après 1739, Mme de Parabère se retire complètement du monde. Elle mourut à Paris le 13 août 1755, en plein milieu du règne de Louis XV, âgée de 62 ans. Elle avait survécu 32 ans à son ancien amant.

 

Sources : LES MAITRESSES DU RÉGENT de M. Lescure

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Commentaires
M
Article intéressant, quelles sont vos sources ?
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