Marie-Anne de Coislin, petite maitresse de Louis XV
Née Marie-Anne-Louise-Adélaïde de Mailly, de la branche de Rubempré et de Nesle, était née à la Borde-au-Vicomte, près de Melun, le 17 septembre 1732.
Elle était la fille de Louis de Mailly, comte de Rubempré et de son épouse Anne-Françoise-Élisabeth l’Arbaleste de La Borde, dame de Melun. A noter que le comte de Rubempré, père de Marie-Anne était aussi le frère cadet de Louis-Alexandre de Mailly (1694-1747), celui-là même qui épousa sa cousine Louise-Julie de Nesle, aînée des cinq "Sœurs Nesle".
Mariés en 1731, Marie-Anne devenait par conséquence la fille aînée du couple Mailly-Rubempré. Après Marie-Anne, ils auront encore deux filles et un fils.
Marie-Anne épouse à ses dix-huit ans, le 8 Avril 1850, en premières noces, Charles-Georges-René de Cambout (1728-1771), marquis de Coislin et maréchal de camp.
Ce portrait qui est attribué à la marquise de Coislin, représente en fait de l'une de soeurs de son époux, Anne, morte jeune
D'une grande beauté, la jeune Mme de Coislin possédait de précieux atouts. « Elle joignait à une taille imposante la figure la plus agréable, écrit son beau-frère, le prince de Montbarrey, un esprit vif, curieux de toutes les reconnaissances, mais incapable de s'occuper d'en acquérir de nouvelles. L'art de la coquetterie et le piquant de sa conversation lui formaient une cour assidue de tous les hommes qui la désiraient, et des rivales de toutes les femmes qu'elle éclipsait, et qui la redoutaient ».
M. de Coislin, « le plus honnête homme de son âge, mais sans autre agrément dans la société que ses vertus morales » formait un parfait contraste avec son épouse. Jamais couple ne fut moins fait pour être uni. Aussi après avoir donné deux enfants, un fils et une fille, à son époux qui moururent au berceau, Mme de Coislin se sépara de lui. Colonel dans le corps des Grenadiers de France, M. de Coislin suivit sa carrière tandis que sa femme restait à Paris, « théâtre de sa gloire », faisait l'ornement de la maison de son père et recevait les hommages de la Cour et de la Ville. Après avoir fait la guerre avec « zèle et courage », M. de Coislin se retira dans ses terres de Bretagne où il mourut en 1771.
Un des amis de Mme de Coislin, le prince de Conti, qui haïssait tout particulièrement Mme de Pompadour, la favorite en titre du moment, jugea que cette femme de grande naissance et très belle, sans mari et sans enfants était apte à succéder à la marquise. Il la présenta donc au roi en 1755 et celui-ci ne tarda pas à succomber à son charme. Il pensait s'en servir auprès du roi pour le décider à l'alliance avec l'Autriche mais dut bientôt se rendre à l'évidence. Jolie femme et femme d'esprit, celle que l'on surnommait « l'altière Vasthi », du nom de la maitresse d'Assuérus, ne serait jamais une tête politique, et encore moins une conseillère de bon sens.
La marquise de Pompadour qui, étant devenue l’amie du roi depuis cinq ans (car depuis 1750, elle avait cessé toute relation charnelle avec son amant), craignait la nouvelle liaison du roi et de Mme de Coislin. Un soir à Marly, celle-ci alors qu’elle se trouvait au jeu à une table de brelan avec la favorite, elle lui aurait lancé trois fois « Va tout », de la manière la plus insultante et lorsqu’elle crut se trouver mal, elle lui dit d’un ton triomphant « J’ai brelan des rois ». Mme de Pompadour plus désespérée que jamais, écrivit une lettre au roi lui demandant la permission de se retirer de la cour. Mais la réponse se fit attendre. Un jour, Bernis la voyant accablée, lui demanda la raison pour laquelle elle était si triste. Lorsqu'il la connut, Bernis se résolut d'écrire d'écrire à son tour au souverain « pour lui représenter combien une nouvelle maitresse nuirait à sa réputation, à ses affaires, et donnerait ombrage à la Cour de Vienne qui pour son alliance avec lui, s'était adressée à Mme de Pompadour. » En veine de confidence, ce qui ne lui arrivait guère, Louis XV fit part à ce dernier de ses sentiments pour la marquise, détaillant ses qualités et ses défauts, et promit de renoncer à Mme de Coislin « parce qu'il en sentait le danger pour ses affaire et sa réputation ».
Pour achever le triomphe de Mme de Pompadour, ses amis fomentèrent un petit complot avec la complicité de l'ignoble intendant des postes, Janelle, qui faisait pour le Roi les extraits des lettres que les particuliers s'écrivaient entre eux, lui était tellement dévoué qu'avant de dévoiler à Louis XV les secrets qu'il dérobait ainsi, il se rendait toujours chez elle pour lui en faire prendre d'abord connaissance. Par l'entremise de ce misérable, dont Quesnay disait : « Je ne dînerais pas plus avec l'intendant des postes qu'avec le bourreau », on mit, parmi les copies qu'on envoyait au monarque, la lettre suivante, écrite ou supposée écrite par un vieux conseiller au Parlement, connu par son attachement au parti de la cour : « Il est juste que le maître ait une amie, une confidente comme nous tous tant que nous sommes, quand cela nous convient, mais il est à désirer qu'il garde celle qu'il a ; elle est douce, ne fait de mal à personne, et sa fortune est faite. Celle dont on parle aura toute la superbe que peut donner une grande naissance ; il faudra lui donner un million par an, parce qu'elle est, à ce qu'on dit, très-dépensière, et faire ducs, gouverneurs de province, maréchaux, ses parents, qui finiront par environner le Roi et faire trembler ses ministres. » L'effet que cette lettre produisit sur Louis XV fut bien celui qu'on en attendait ; car, peu après, Mme de Pompadour disait à madame du Hausset : « Cette superbe marquise a manqué son coup, elle a effrayé le Roi par ses grands airs et n'a cessé de lui demander de l'argent, et vous ne savez pas que le Roi signerait sans y songer pour un million, et donnerait avec peine cent louis sur son petit trésor. » D'ailleurs, madame de Coislin n'avait pas su assez habilement filer sa défaite ; suivant l’énergique expression de Duclos, « elle s'était livrée comme une fille, elle fut quittée de même ». Une fois de plus, Madame de Pompadour l’emportait.
La tombe de Mme de Coislin au cimitière de Père-Lachaise
S'éloignant momentanément de la Cour, Mme de Coislin rentrait à Paris, dans l'hôtel des Mailly, où elle menait de front cour d'esprit et cour d'amour.
Au moment de la venue en France du jeune roi de Danemark en 1768, on remarquait son assiduité auprès de Mme de Coislin et dans tout Paris courait le madrigal suivant :
Je cherche des grâces légères,
Un coeur honnête, un esprit fin ;
Retirez-vous, beautés grossières,
Et laissez approcher Coislin
Plus tard, le roi de Suède, Gustave III, venu en France sous le nom de comte de Haga, voulut aussi la connaître.
À près de 40 ans, Mme de Coislin était connue pour ses aventures galantes. Elle devint tour à tour la maîtresse du comte de Coigny, du chevalier de Durfort et du prince de Conti (son ancien ami). Mme de Genlis qui la connut vers cette époque en laissera ce portrait : « Elle avait une figure de Minerve, une manière emphatique et lente de parler qui contrastait singulièrement avec des discours très vulgaires et les contes grivois dont son entretien était toujours semé. Elle écrivait ridiculement, avait fort peu d'esprit, mais de la beauté, un air imposant ; de la causticité, beaucoup de hardiesse l'ont rendue une personne remarquable et lui ont donné une superficielle apparence d'originalité. »
Après la mort de Louis XV, elle revint à Versailles et allait passer ses étés dans un élégant pavillon de la butte de Châtillon nommé Brimborion. Elle vivait alors dans deux coteries : celle des Maurepas, avec lesquels elle était apparentée et celle des Rohan-Soubise. Chez les Soubise, Mme de Coislin s'était rapprochée des Guémenée au point de prêter son argent au prince de Guémenée pour l'un de ses projets fumeux. Argent qu'elle n'allait pas tarder à perdre lors de la banqueroute du prince de Guémenée. Malgré ces rudes épreuves, elle continua de mener une vie paisible dans sa charmante retraite près de Bellevue lorsque la Révolution l'y surprit.
En 1791, après le départ de Mesdames, filles de Louis XV, lle quitta donc Brimborion sans chercher à émigrer. Elle se réfugia à Rouen où une certaine Mlle Lambert la recueillit, erra ensuite en Bretagne, puis en Vendée en se cachant dans des fermes, déguisée en servante, parvenant à force de courage et de dissimulation à sauver sa vie. Dans l'entretemps en 1793, elle avait épousé en secondes noces, un cousin éloigné de douze ans sa cadette, Louis-Marie duc de Mailly, fils du maréchal Augustin-Joseph de Mailly. D’une santé fragile, il la laissa de nouveau veuve en 1795. Ce second mariage fut d’ailleurs illégal puisque Marie-Anne devenue duchesse de Mailly par son mariage, continua à être appelée marquise de Coislin.
Après la révolution, ayant réussi à échapper à la guillotine, elle vendit sa propriété de Brimborion et se retira dans son hôtel rue de Miromesnil, place de Louis XV. En 1805, elle eut l'honneur de recevoir en son hôtel le jeune Châteaubriand à qui elle loua l’attique de son hôtel. Elle ne tarda pas à devenir l'amie et la confidente de Mme de Chateaubriand. Dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, Châteaubriand dit que « ses yeux fiers et dominateurs avaient une expression d'esprit et d'ironie ».
Sous l'Empire, Mme de Coislin était l'invitée de la comtesse Hélène de Potocka qui demeurait dans un bel hôtel, rue Caumartin. Là se réunissait toute la société de l'Ancien Régime : la duchesse de Brancas, le prince Joseph de Monaco, la marquise de Mirepoix, le duc de Lévis qui y donne la lecture de ses Souvenirs et Portraits, le baron de Breteuil, les Polignac, les Boufflers, la comtesse d'Andlau et la marquise de Coigny avec qui Mme de Coislin rivalisait d'esprit.
L’ancienne marquise de Coislin toujours vivante, traversa l’Empire, et assista avec joie à la Restauration des Bourbons auxquels elle était toujours restée fidèle et vit les siens comblés de biens. Dans ces dernières années, elle ne quittait plus son lit en compagnie de petits carlins. Elle continuait à recevoir la visite de quelques fidèles dont Châteaubriand et même celle du futur Charles X à qui elle contait les anecdotes de la Cour de Louis XV. Octogénaire, Mme de Coislin mourut le 13 février 1817, trois ans après l’accession au trône français d’un des petits-fils de son ancien amant.
Lorsqu’elle mourut, Châteaubriant, venu rendre hommage à celle qu’il appréciait infiniment, eut la désagréable surprise de découvrir, près de son chevet, ses héritiers entrain de compter les écus d’or qu’ils venaient de s’accaparer ! Elle fut inhumée au cimetière de Père-Lachaise où sa tombe fut longtemps laissée à l’abandon avant d’être restaurée.
Source :
- "Louis XV, libertin malgré lui" de Maurice Lever
- "Louis XV intime et les petites maîtresses" du comte de Fleury