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Les Favorites Royales
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12 juin 2011

Marie-Anne de Châteauroux, favorite de Louis XV

Marie_Anne_de_Mailly_NesleDernière des cinq sœurs de Louis III de Nesle, Marie-Anne naît le 5 Octobre 1717. Elle fut très affectée par le décès de sa mère, Armande-Félice de La Porte-Mazarin en 1729, alors qu’elle n’avait que l’âge de douze ans. Après la mort de sa mère, elle fut alors confiée à leur tante Madame de Mazarin, avec sa sœur aînée Hortense. Marie-Anne connue sous le nom de "Mademoiselle de Monchy" épouse le 19 juin 1734 Jean-Baptiste Louis, marquis de la Tournelle (fils du marquis Roger de La Tournelle et de Charlotte du Deffand) alors qu’elle vient d’avoir dix-sept ans. Mais en 1740, son époux meurt en lui laissant une grande fortune en héritage (40 000 livres de rente). Elle fut alors la maîtresse du duc de Fronsac, neveu de Richelieu. Bientôt, la marquise se tourne vers sa sœur aînée Louise qui vit à la cour. Elle fait son apparition à la cour avec sa sœur Hortense. Louise de Nesle fait entrer Marie-Anne au service de la reine le 4 octobre 1742. La jeune femme, d’une très grande beauté, se fait bien vite remarquer par Louis XV mais affirme ne pas chercher à devenir sa maîtresse. Après avoir courtisé Hortense de Nesle-Flavacourt qui avait repoussé ses assiduités, le roi se tourne vers la marquise de Tournelle, jeune, veuve et extrêmement belle. En effet, Marie-Anne quoique veuve, a un amant, Monsieur le comte puis duc d’Agenois, neveu du duc de Richelieu, qu’elle aime à la folie. Richelieu connaissant le goût de son maître pour les jeunes et belles femmes, veut faire à tout prix séparer Marie-Anne de son neveu. Marie-Anne résistera longtemps aux avances du roi. Pourtant, le roi continue de la courtiser sans arrêt et poussée par le duc de Richelieu et la marquise de Tencin, en novembre 1742, Marie-Anne finit par accepter de devenir sa favorite mais à certaines conditions. A l'instar de Mme de Montespan, elle veut être "maitresse déclarée" et que le roi tienne sa cour chez elle. Elle exige, en outre, le renvoi de la pauvre Mailly. Louis XV cède et la sœur aînée est renvoyée un mois plus tard, en décembre. C'est vers cette époque que le roi commence à jouir de ses nouveaux droits d'amant. Marie-Anne reçoit le duché-pairie de Châteauroux le 20 Octobre 1743 et le 24 du même mois, elle est présentée à la cour le roi lui donne un revenu annuel de 86 000 livres. Concernant son caractère, M. de Luynes note : « Mme de la Tournelle s’est laissé séduire par la grandeur de la place qu’on lui offrait, sans avoir aucun gout pour le roi personnellement… Elle a peu d’esprit ; et comme on lui fait sentir les conséquences de ce qu’elle pourrait dire dans les circonstances présentes, elle parle extrêmement peu... Mme de La Tournelle a peu ou point d’humeur ; son caractère naturel serait assez tourné à la raillerie… Beaucoup de paresse, un bon fauteuil, se réjouir de tout, même au dépens des autres, sans être méchante, c’est à peu près son portrait. » D'autres soulignent néanmoins son orgueil et ses caprices.

Marie-Anne mène un grand train de vie comme celui d’une reine. Elle porte toujours des robes ou parures élégantes et très riches pour rehausser saduchessedechateauroux5 beauté et son éclat. Ses airs de hauteur et de fierté finissent par la faire haïr à la cour et elle devient de plus en plus insupportable. Le roi cède à tous les caprices : lui achète des châteaux et des hôtels à Paris, la comble des bijoux, des cadeaux et des présents et l'appelle "princesse". Seule ombre au tableau, elle doit supporter le goût de son royal amant pour l'une de ses sœurs, la grosse Lauraguais qui n'a apparemment rien de séduisant. Le roi offre aussi à sa famille, d’importantes charges ; ainsi son père, Louis de Nesle, aura de nombreux titres et charges. Avec une femme aussi belle que spirituelle, la gaîté revient à Versailles. La duchesse de Châteauroux préside les soupers des petits cabinets avec grâce et réussit à s’entourer aussi d’une coterie composée des amis intimes du roi, tels que : la princesse de Conti, Mlle de Charolais, Mlle de La Roche-sur-Yon, Mme d’Antin, Richelieu, et quelques autres hommes libertins. À la cour, la duchesse de Châteauroux est soutenue par le duc de Richelieu mais a aussi de nombreux ennemis qui ont à leur tête le duc de Maurepas, ministre de Louis XV. Celui-ci n’apprécie pas du tout la favorite officielle du roi et n’approuve pas les conseils qu’elle lui donne. Le ministre écrit alors mille libelles et pamphlets sur la duchesse de Châteauroux telle que celle-ci :

Incestueuse la Tournelle
Qui des trois êtes la plus belle,
Le tabouret tant souhaité
A de quoi vous rendre bien fière

Votre devant, en vérité,
Sert bien votre gentil derrière.

duchessedechateauroux6bIl s’avère que la nouvelle maîtresse est très vite devenue impopulaire. Elle discrédite l’image du roi auprès de son peuple qui commence par le haïr lui aussi. La mort du cardinal de Fleury en 1743, laisse de champ libre à Marie-Anne qui apparaît comme toute-puissante. La duchesse de Châteauroux est alors une favorite très influente sur le roi, elle a un très grand ascendant sur Louis. Elle joue un rôle-clé dans l’ascension du roi. La duchesse de Châteauroux veut que son amant soit un vaillant homme envers son peuple. Elle l’arrache alors aux plaisirs de Versailles pour lui conseiller d’aller à la tête de ses armées pour se battre avec l’ennemi. La duchesse de Châteauroux se mêle ainsi de la politique. Elle s'attache aussi à deux ministres, Orry, le contrôleur général des Finances et le comte d'Argenson qui dirige le département de la Guerre. Ce serait Mme de Châteauroux qui aurait poussé le roi à entraîner la France dans la Guerre de Succession d’Autriche et de reconquérir la Flandres et l’Alsace, poursuivant ainsi le projet de sa sœur, la comtesse de Vintimille. Or la famille royale et les ministres du roi ne veulent pas que celui-ci s’illustre en guerre avec son fils, le dauphin de France, qui n’a que quinze ans. Le roi alors quitte clandestinement Versailles pour les Flandres. Mais peu de temps après, avec le soutien bienveillant du maréchal de Richelieu, Marie-Anne parvient à rejoindre le roi avec sa sœur, la duchesse de Lauraguais en Flandres. Elles viennent aussi accompagnées de quelques autres dames telles que la princesse de Conti ou la duchesse de Chartres, ravies de s'échapper de la Cour privée de leur maître et désertée des plus fringants gentilshommes. Le voyage de ces charmantes personnes fait scandale partout où elles passent. Le roi se rend après à Metz avec sa maîtresse. Il l’installe près de son palais pour qu’il la voie plus souvent. Le peuple est horrifié de voir le scandale de l’adultère royal s’étaler dans leur région. En août 1744, alors qu’il est toujours à Metz, le roi tombe grièvement malade. Voyant ses jours comptés, les membres du clergé mettent de la pression sur le roi pour qu’il renvoie sa favorite en titre. Le roi humilié, est obligé par l'évêque de Soissons, Mgr de Fitz-James, de chasser sa maîtresse ainsi que sa sœur qui n'ont pas quitté sa chambre depuis le début de sa maladie. Le souverain doit s'y résoudre pour le Salut de son âme. La favorite et sa sœur sont humiliées par le peuple. On jette des pierres sur son carrosse. Voulant sauver sa vie, la duchesse de Châteauroux parvient à revenir à Paris puis se réfugie dans son hôtel. Le souverain fait publiquement amende honorable pour sa conduite passée et demande pardon à la Reine, accourue en toute hâte, de peines qu'a pu causer le scandale de sa vie privée. Marie-Anne de Châteauroux n’oubliera jamais ces moments de haine, de désespoir et d’humiliation où le peuple décharné de Paris l’insultait en jetant mille choses à travers la fenêtre de son hôtel. Un médecin qui est venu de Versailles a trouvé un remède qui peut faire guérir le roi. Alors le roi se rétablit de jour en jour et finit par guérir. Il revient sur la promesse qu’il avait faite à la reine de ne plus jamais lui être infidèle, et rappelle Marie-Anne auprès de lui fin Novembre. Celle-ci cachée depuis plusieurs mois à l’hôtel de Paris retrouve le roi. Après de folles retrouvailles, le roi chercha à rétablir la duchesse de Châteauroux à la cour pour se venger ceux qui l’ont humiliée et une place de surintendante de la maison de la Dauphine lui fut promise. Mais quelques temps après, la duchesse fut prise d’horribles douleurs d’entrailles qui la conduisirent au tombeau deux semaines plus tard le 8 Décembre 1744. Cette mort laissa penser pour certains au poison, ce qui ne fut jamais prouvé. Avec la mort de Marie-Anne de Châteauroux s’achève le règne de la famille Nesle sur le roi Louis XV. El le roi ne voulut plus prendre encore une sœur Nesle, ce n’en était assez et il voulut prendre pour favorite une fille d’une autre famille.

 

 

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