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Les Favorites Royales
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12 juin 2011

Marie-Elisabeth de Ludres, maîtresse passagère de Louis XIV

Née en 1647, à Ludres dans le duché de Lorraine, Marie-Elisabeth de Ludres dite Isabelle est la fille de Jean de Ludres et de Claude de Salles. Elle descend d’une branche des premiers ducs de Bourgogne fixée  en Lorraine au XIIe siècle. En raison de sa haute naissance, elle est admise dès son jeune âge parmi les chanoinesses au chapitre de Poussay, dans les Vosges pour recevoir une parfaite éducation.

C’est là-bas, qu’elle est remarquée à l’âge de quinze ans en 1662, pour la première fois par le quinquagénaire duc Charles IV de Lorraine. Subjugué déjà par son éclatante beauté, il délaisse son ancienne maîtresse et seconde épouse (qu'il avait épousée malgré l'opposition du Pape), Béatrix de Cusance, princesse de Cantecroix et deux ou trois autres fiancées pour elle. Marie-Élisabeth appelée "Madame" de Ludres en raison de sa qualité de chanoinesse laïque, est à son tour promise à ce souverain. Les fiançailles sont célébrées dans l'église de Richardménil. Béatrix, répudiée, en meurt de douleur. Alors qu'Isabelle attendait sagement dans son couvent la date du mariage, le duc de Lorraine continuait de lutiner de gauche à droite.

Le duc délaisse définitivement Isabelle en 1663 et s’éprend d’une toute jeune fille ravissante prénommée Marie-Louise d’Aspremont, âgée tout juste d’une treizaine d’années (qui mourra peu après). Marie-Élisabeth blessée au plus haut point, forme alors opposition auprès des curés de Nancy, invoquant la parole engagée. Mais le duc de Lorraine la menace de la faire poursuivre comme "faussaire et criminelle de lèse-majesté".

 

Conseillée alors par sa mère, Isabelle préféra retirer sa plainte. Écœurée, Marie-Élisabeth quitte sa Lorraine natale pour la cour de France. En 1666, la jeune fille obtient la charge de demoiselle d’honneur d’Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans, belle-sœur du roi, puis à la mort de celle-ci en 1670, elle entra au service de la reine jusqu'à la suppression des demoiselles d'honneur de la Reine à la demande de la maitresse-en-titre Athénaïs de Montespan, pour ensuite devenir demoiselle d’honneur de la princesse de Palatine, seconde épouse de Monsieur en Novembre 1673. Elle est remarquée par Louis XIV lorsqu’elle participe au ballet des Muses durant l’année 1666. Mais à cette époque, le roi de France est alors fou amoureux de sa favorite en titre, Louise de la Vallière et la marquise de Montespan tente à tout prix de devenir la maîtresse royale.

Isabelle est une jeune femme douée d’une grande beauté : elle est de grande taille, aux cheveux longs à reflets fauves, aux grands yeux bleus mutins.  Elle a aussi un zézaiement et un fort accent tudesque dont s'amusait Mme de Sévigné dans sa correspondance : « Ah ! Zézu ! matame te Crignan, l’étranze zoze que d’être zétée tout nue tant la mer ». Elle avait, en effet, été mordue par un chien dont on était persuadé qu’il avait la rage. La reine, conseillée par ses médecins, avait exigé une baignade à Dieppe comme remède contre la rage...

A la cour, la grande beauté d'Isabelle ainsi que son zézaiement lorrain attire de nombreux soupirants et admirateurs qui viennent lui faire la cour, tels que : les poètes Bensérade et Voiture, les ducs de Lesdiguières, de Villeroy et de Vivonne (frère de la marquise de Montespan) et surtout le jeune Philippe de Vendôme (le futur Grand Prieur du Temple), âgé de dix-huit ans.

Malgré se nombreux soupirants, Isabelle de Ludres demeure une fille très vertueuse, savoure ces hommages en bonne Lorraine qu'elle est, mais veut du concret, du solide : le mariage, point de belles promesses ni de soupirs langoureux. Ce n’est qu'en 1675 que Louis XIV s’éprend de la belle Isabelle et tous ses soupirants s'envolent pour laisser de place à "César". À cette époque, il s’est séparé de la marquise de Montespan suite à la pression de l’Église qui ne supportait plus leur liaison adultère (Mme de Montespan étant une femme mariée). La Montespan est alors à Clagny et Louis XIV prend Isabelle pour maîtresse.

Athénaïs se met alors en colère quand elle apprend la nouvelle amourette de son amant et d’Isabelle, elle déclare alors "qu’Isabelle a le corps couvert de dartres et qu’elle avait contracté la gale dans sa première jeunesse, à l'âge de 12 ou 13 ans des suites du poison de Mme de Cantecroix pour empêcher son mariage avec le duc de Lorraine" c'est la princesse Palatine qui le mentionne dans sa lettre du 5 septembre 1718. La première fois, Louis XIV croyant les dires de la marquise, délaisse Isabelle. Mais une année plus tard, à l’automne 1676, après qu'il ait délaissé la princesse de Soubise, le roi reprend sa liaison avec la chanoinesse. Marie-Isabelle qui a jusqu'ici "résisté" au roi , cesse d'être rebelle et s'abandonne tout entière au fougueux amant... Pour cette occasion, un rimailleur forge cet amusant sixtain :

"La Vallière était du commun,
La Montespan était de la noblesse,
Toutes trois ne sont que pour un :
C'est le plus grand des potentats
Qui veut assembler les Etats."

Cette nouvelle liaison n'est pas pour déplaire à certains courtisans notamment Bussy-Rabutin, tout particulièrement qui hait Athénaïs. S’en suit alors une guerre interminable entre la favorite en titre et Isabelle. La chanoinesse de sept ans plus jeune que sa rivale prend des airs triomphants et raconte à qui voulait l'entendre qu'elle l'a "débusquée" tandis que la marquise aidée de soeur, essaye de la perdre. "J'ai vu aux Tuileries, se souvient Primi Visconti, Mme de Ludres et Mme de Thianges échanger des regards de basilic. Elles se heurtaient quand elles se rencontraient."

Le 28 février 1677, le roi quitte Versailles pour la guerre. C'est pendant cette campagne que Monsieur fit une victoire éclatante à Cassel en se battant contre les armées Hollandes Guillaume d'Orange. Louis XIV jaloux de ce succès, ne donna plus de commandement d'importance à son frère. Le 31 Mai, il est de retour à Versailles pour retrouver un nouveau champ de bataille : celui des dames. Pendant son absence, Mme de Montespan, au terme de sa grossesse, s'était retirée de la cour pour aller avec le duc du Maine au château de Maintenon, sur l'invitation des maitresses des lieux. Elle n'était revenue à Paris que durant la semaine du jubilé, du 8 au 15 Avril ( c'est-à-dire du Jeudi des Rameaux au Jeudi Saint). Le 4 Mai, elle avait accouché à Maintenon d'une petite-fille, la future Françoise-Marie de Blois, duchesse d’Orléans. L'enfant avait été confié à Mme de Jussac car Mme de Maintenon, devenue marquise et châtelaine, ne pouvait plus décemment exercer la tâche ingrate de gouvernante.

Isabelle profite alors du terrain libre pour se comporter comme une favorite en titre allant même jusqu’à dire qu’elle est tombée enceinte du roi pour mieux assoeir son autorité !!! Du reste, la comédie avait trompé son monde. "Sur la seule opinion qu'elle était aimée du roi, conte Primi Visconti, toutes les princesses et les duchesses se levaient à son approche même en présence de la Reine, et ne s'asseyaient que lorsque Mme de Ludres leur en faisait signe, tout comme cela se passait avec Mme de Montespan." C'est par ces marques de distinction que la Reine s'aperçut de la nouvelle infidélité de son époux. Comme de bonnes âmes lui suggéraient de chasser l'intruse, la Reine eut ce mot surprenant : "Mais, c'est l'affaire de Mme de Montespan !" C'est Mme de Ludres qui fit elle-même son malheur.

Le roi fut irrité par son comportement, car il voulait gardait leur liaison secrète, et Chamarande, leur servant discrètement d'intermédiaire. Or, qu'elle ne fut pas sa surprise de voir arriver un jour, le marquis de Montataire, porteur d'un courrier de la jeune fille. Sa colère fut telle qu'il décida de rompre à son retour, tout le monde tourna le dos à Marie-Isabelle, qui en fut malade. Son affliction, ses beaux yeux larmoyants soulevaient davantage de railleries que d'émotion. "Si elle n'avait pas tant fait la sultane pendant qu'elle espérait le devenir, on aurait eu pitié d'elle", écrivait sentencieusement Mme de Scudéry.

Sur sa "désastreuse aventure", chacun avait son mot à dire. Mme de Sévigné comparait la pauvre Isabelle avec Isis ou Io, cette déesse, fille d'Inachos, que Zeus transforma en génisse. La Feuillade, lui, disait que son tort était d'avoir voulu se porter trop tôt "héritière". "Le seul effet de ses charmes, ironisait M. de la Rongère, était d'avoir ravivé l'amour du roi pour Mme de Montespan, qui commençait à baisser".

Cette fois encore, Athénaïs triomphait et non d'un triomphe modeste. Jamais on ne l'avait vu si belle, si rayonnante. Elle écrasait d'une joie méprisante la fille d'honneur de Madame, qu'elle n'appelait plus que ce "haillon".  Et la bonne Sévigné qui avait assisté de cette "Junon tonnante et triomphante", s'exclamait, le 11 Juin, dans une lettre à sa fille : "Ah ! ma fille, quel triomphe à Versailles ! Quel orgueil redoublé ! Quel solide établissement ! Quelle duchesse de Valentinois ! (comparaison avec Diane de Poitiers)..."

Quelques jours plus tard, se rendant à la messe, Louis échange quelques mots avec la jeune fille. Il n'en fallut pas davantage pour déclencher à nouveau l'ire de la Montespan. Elle se déchaîne d'abord Mme de Ludres, "la pensa étrangler, écrit Mme de Montmorency, et lui fit une vie enragée", puis s'en prend au roi qui passe à son tour son humeur sur le prince de Marsillac, accusé d'être le délateur...

La fière Mme de Ludres s'enferma dans son orgueil et but la coupe de la honte jusqu'à la lie. Elle, qui avait regné dans l'espace de quelques jours sur les duchesses et les princesses, voilà qu'elle se retrouve fille d'honneur de Madame, toisée et méprisée de toute la cour. Quand le roi entre chez la reine, elle quitte la pièce d'un air absent. A la chapelle, lorsque la reine passe devant elle, elle détourne ostensiblement la tête. En vérité, elle est à bout de nerfs. En été, elle va cacher son chagrin au château de Bouchet, près de Corbeil, chez la maréchale de Clairambault, gouvernante des demoiselles d'honneur de Madame. Là, elle goûte le repos et la solitude, loin des médisances et des regards dédaigneux. Puis vers le mois de Juillet, triste et abattue, elle reprend son service auprès de Madame comme si de rien n'était. "Les damnés souffrent-ils plus qu'elle ?" demande Bussy à Mme de Scudéry.

Malgré tout, elle n'avait pas perdu le sens de la repartie. Un jour, jouant avec un compas, la princesse Palatinelui dit d'un ton moqueur : "Il faut que je crève ces yeux-là qui font tant mal ! — Crevez-les, Madame, lui répliqua-t-elle, puisqu'ils n'ont pas fait tout celui que je voulais." Après quelques temps, Louis XIV par le biais de Chamarande, lui proposera une importante gratification qu'elle refusera. Cela provoque un retournement en sa faveur. On ne la plaint plus mais on l'admire. Bien de femmes n'auraient pas eu tant de scrupules. Athénaïs, quant à elle, trouvait qu'à forcer de vanter partout cette louable action risque de voir le feu renître sous la cendre. Mais il n'en était rien, Louis XIV avait tourné la page et déjà oublié "sa divine beauté".

Madame de Sévigné remarque le 2 juillet 1677 : "Quanto et son ami sont plus longtemps et plus vivement ensemble qu'ils ne l'avaient été ; l'empressement des premières années s'y retrouve, et toutes les contraintes sont bannies pour mettre une bride sur le cou, qui persuade que jamais on n'a vu d'empire plus établi." Le 30, elle ajoute : "Mme de Montespan était l'autre jour toute couverte de diamants ; on ne pouvait soutenir l'éclat d'une si brillante divinité. L'attachement parait plus [fort] qu'il na jamais été ; ils en sont aux regards : il ne s'est jamais vu d'amour reprendre terre comme celui-là."

En 1678, craignant l'ordre d'exil, Isabelle démissionne de sa charge de demoiselle d’honneur chez la princesse Palatine et se retire au couvent de la Visitation Sainte-Marie, rue du Bac, à Paris. Quand Monsieur en fera la demande, le roi feindra la surprise : "Comment, n'y est-elle pas déjà ?" Preuve qu'elle avait été totalement oubliée. Isabelle refusa cependant la pension que lui accordât le roi. Mais quelques mois plus tard, surmontant son amour-propre, Marie-Isabelle qui se débattait dans de graves ennuis, accepta l'argent du roi. "Vous savez bien, disait Mme de Sévigné le 2 octobre 1680, que Mme de Ludres, lasse de bouder sans qu'on y prît grade, a enfin obtenu de son orgueil, si bien reglé, de prendre du roi 2 000 écus de pension et 25 000  francs pour payer ses pauvres créanciers, qui, n'ayant point été outragés, souhaitaient fort d'être payés grossièrement sans rancune."

Instable, Isabelle changera souvent de couvent, allant à Port-Royal puis dans sa Lorraine natale quelques années plus tard à la fin du XVIIe siècle. Elle y achètera des terres et recevra le titre de marquise de Bayon. Vers cette même époque, elle aura à son service les grands-parents maternels de la future Jeanne Bécu, comtesse du Barry. Elle ne se mariera jamais. Elle  fera reconstruire et agrandir à ses frais l'église de Richardménil.

La très belle Marie-Elisabeth de Ludres mourut le 28 janvier 1726, dans son hôtel de Nancy, presque octogénaire. Elle était reste belle, dit-on, même jusqu’à un âge très avancé.

D'après Madame de Montespan de Jean-Christian Petitfils

Commentaires
G
Elle accorda des faveurs au roi dés sa présentation par ses parents en présence du Duc de Lorraine,son ex fiancé,aux fêtes d'inaugurations des jardins de Versailles nommées'Plaisirs de l'Isle"