Fille cadette d'Antoine d'Estrées et de Françoise de La Bourdaisière, Julienne-Hippolyte naît vers 1580. Peu de temps après, alors que sa mère déserte le domicile conjugal pour rejoindre l'un de ses amants, le marquis d'Allègre, cette dernière l'amène avec elle. En 1588, elle verra la naissance d'une autre soeur, Marie-Françoise, mais qui est la fille de l'amant de sa mère.

En 1593, lors d'une émeute de la Ligue, sa mère est assassinée avec son amant le 9 juin mais Julienne et sa jeune soeur sont épargnées du fait de leur jeune âge.

Quatre ans après, le 7 janvier 1597, grâce à l'intervention de sa soeur Gabrielle devenue la maitresse du roi Henri IV, elle se marie avec Georges de Brancas, duc de Villars ; le roi lui donne 30 000 écus.

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La duchesse de Villars est à gauche

Le duc et la duchesse de Villars auront ensemble cinq enfants dont :

  1. Marie de Brancas (v.1598-ap.1654). Mariée le 13 juillet 1613, Paris, avec Henri de Castellane, marquis d'Ampus (+1656), dont trois enfants.
  2. Louis-Francois de Villars, duc de Brancas, maréchal de camp à Lugny en 1650. Marié trois fois et dont postérité.
  3. Charles de Brancas (v.1618-1681), marquis de Maubec et d’Apilly. Chevalier d'Honneur de la Reine Anne d'Autriche le 19 juin 1661. Marié en 1649 avec Suzanne Garnier (+1685), dont postérité.

Tallemant des Réaux trace un portrait de la duchesse de Villars dans ses "historiettes". Elle et son mari, dépensiers l'un comme l'autre, ne tardèrent pas à manger tous leurs biens : " Le duc de Villars et sa femme ont mangé 800 000 écus d’argent comptant et 60 000 livre de rente en fonds de terre, dont il n’en est resté que 17 qui étaient substituées. Ils avaient eu une terre de 25 000 livre de rente, de l’argent qu’il eut du cardinal de Richelieu pour le Havre de Grace, la lieutenance de roy de Normandie (en 1626) et le vieux palais de Rouen. Il reçut un brevet de duc en 1627 et fut reçu au parlement de Provence. Avant cette date, ils vivaient tous les deux au Havre..."

A la mort de Gabrielle d'Estrées, Julienne-Hippolyte propose au roi de prendre la place de sa soeur comme favorite, Henri IV, semble-t-il refuse lui préférant une autre jeune femme, Henriette d'Entragues. Délaissée ainsi, elle ne refait surface que sous le règne de celle qui a succédé à sa soeur dans la couche royale décidée à la faire perdre.

Appuyée par la reine qui était fatiguée de l'arrogance de la maîtresse et qui était obligée de la côtoyer tous les jours, elle parvient à soutirer du prince de Joinville, l'ancien amant d'Henriette d'Entragues, les lettres que celle-ci lui a écrites, particulièrement celles où elle se moque du roi et de la reine, tout en le traitant, lui, très favorablement. Une fois ces lettres en mains, elle les fait voir à Marie, qui eut peine à se contenir de joie. Cette dernière ne tarde pas de pousser Julienne-Hippolyte à montrer lesdites lettres au Roi. Le rendez-vous a lieu dans une église. Le coup semble porter ses fruits mais pas pour très longtemps. Henriette mise au courant du complot, cherche à tourner la situation à son avantage. On engage un secrétaire qui contrefait à la perfection toutes sortes d'écriture, que l'on prétend être l'amant de Mme de Villars. Ensuite il est convenu de dire que c'est lui qui aurait écrit les lettres de Mme de Verneuil et du prince de Joinville pour satisfaire les désirs de sa maîtresse. De son côté, Henriette parvient à persuader son amant de son innocence et ils se réconcilient. La marquise de Verneuil retrouve tout son ascendant sur le roi et la duchesse de Villars est priée de se retirer au Havre sur ses terres.

Comme ses soeurs, la duchesse de Villars était connue pour ses aventures galantes : « en mai 1609, elle tomba amoureuse d’un capucin du nom de Père Henry de la Grange Palaiseau. Celui-ci était l’un des plus beaux hommes de France, et un homme d’esprit qui prêchait au Havre. Dès le premier sermon, Mme de Villars devint passionnement amoureuse de lui, et pour le tenter, elle s’ajustait le mieux possible. Elle portait une espèce de pourpoint avec un haut de chausses et une petite jupe de gaze par-dessus, de sorte qu’on voyait tout le haut de chausses au travers. Elle portait de plus un chapeau avec des plumes et se mettait tous les jours vis-à-vis de la chaire, sans masque et la gorge fort découverte (c’était ce qu’elle avait de plus beau). En dépit de ses yeux petits et sa bouche grande, sa taille, ses cheveux et son teint étaient incomparables. Mais le capucin restait de marbre, elle demanda alors à Rome la permission de l’avoir comme confesseur. Elle obtient l’autorisation et demande alors à son confesseur de l’aider à se confesser de ses vieux péchés, celui-ci vient mais alors, elle le persuade de lui en faire faire de nouveaux. Le bon père tente de la tancer vertement, mais elle fait tout pour l’exciter et lui montre ce qu’elle ne pouvait montrer durant le sermon : tout cela ne servit à rien ; il la laisse demi-folle. Il tente de quitter la ville, elle le sait, monte à cheval et lui court après. Elle l’attrape dans un bois et le presse de revenir. Il se dépètre d’elle, prend son cheval et s’enfuit vers Paris. L’amante délaissée afin d’avoir un prétexte pour aller à Paris, feint d’être malade et de vomir du sang. Elle se fait porter à Paris dans un brancard pour s’y faire traiter et écrivit en vain au Père de la Grange, mais voyant qu’il n’y avait plus d’espérance, elle se guérit toute seule. »

Hormis cette mésaventure, Mme de Villars fut aussi la maîtresse de Claude de Lorraine, prince de Joinville, celui-là même qui était amoureux d'Henriette d'Entragues, d'un certain Moisset et également de François de Bassompierre, marquis d'Haroué, éternel séducteur.

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Portrait équestre de la duchesse de Villars âgée, peintre présumé : Jean Nocret (tableau se trouvant à la Ferté Bernard)

Quant au mari, George de Brancas, si ridicule qu’il était, il avait été galant pourtant : amoureux d’une dame de Rouen, il la suivait tous les matins à une fontaine minérale auprès de la ville, où elle allait prendre les eaux, sans jamais manquer d’y faire porter des corbeilles pleines de fleurs, de gants, d’éventails et de rubans. Mais il mêlait toujours les « hem ! » et les « pardy ! » à ses discours et il disait donc à la dame : « hem ! je vous le dis, pardy ! Madame, je vous en prie, les genoux du cœur à terre, et le cœur en cendres ». Il mourut le 23 janvier 1657 au chateau de Maubec (près d'Avignon).

Après 1667, on perd toute trace de la duchesse de Villars qui mourut probablement quelques années après.