Cette dame de la cour appartient à une branche cadette de la famille de Voyer. Les autres branches furent plus illustres sous Louis XV avec les Voyer d’Argenson et Voyer de Paulmy. 

Les dates de naissance et de décès de cette dame restent inconnues. Elle était connue à la cour sous les noms de Mlle d’Oré, Doré ou de Dorée. 

Elle était la fille de Renée de Voyer, chevalier et seigneur de Dorée, dit le comte de Dorée, conseiller du roi en ses conseils. Il avait épousé Diane-Marie Joubert, morte à Versailles le 22 avril 1683. Cette épouse fut gouvernante des enfants du roi et de Mme de Montespan.

Le couple aurait eu au moins quatre enfants :
- René de Voyer de Dorée (1650-1652) 
- Louis Joseph de Voyer de Dorée (1655-1674) dit le comte de Dorée, 
lieutenant aux gardes françaises, tué au combat de Seneff. 
-Marie Angélique de Voyer de Dorée (morte en 1724) qui succéda probablement à sa mère comme gouvernante des enfants de Mme de Montespan. 
Elle fut marié à Antoine Michel de Tambonneau, président des comptes. 

Françoise Thérèse de Voyer de Dorée, dit Mademoiselle de Dorée entra donc à la cour dans l’entourage de la favorite royale. Vers 1681, elle eut une brève aventure avec Louis XIV. Les mémoires du temps indiquent que Mme de Montespan étouffa de jalousie et Mme de Maintenon eut des vapeurs mélancoliques en voyant l'attachement du roi pour cette demoiselle. Selon d’autres, c’est Madame de Montespan qui l’aurait mis dans les bras de Louis XIV pour rester à la cour et empêcher le roi de se rapprocher de sa rivale, Mme de Maintenon, qui poussait alors le monarque à prendre le parti de la dévotion et à renoncer à la galanterie. L’hypothèse reste peu vraisemblable. Néanmoins, une chanson circula : 

C’est n’est plus la mode à la cour
D’avoir un commerce d’amour ;
Le roy ne songe plus à plaire ;
Lere la, lere lanlere,
Lere la, lere lala.

Si Châteauthiers, par sa beauté,
N’a rien pu sur sa Majesté,
Qui peut espérer de lui plaire ?
Lere la, etc.

Ne pouvant plus être putain,
La Montespan s’est faite enfin
Maquerelle pour lui complaire ;
Lere la, etc.

Elle a fait venir la Doré,
Dont on l’avait longtemps leurrée :
Elle ne fit que lui déplaire,
Lere la, etc.

Noailles était de son party,
Mais il en eut le démenty ;
Il s’en plaigint à Dieu le Père,
Lere la, etc.


Visiblement, la demoiselle ne plut pas au roi. Cette relation fut passagère et sans suite. Mlle de Dorée fut ensuite la maîtresse du prince d’Harcourt. 

En 1685, elle entrait comme fille d’honneur au service de la duchesse de Bourbon. La duchesse ainsi que ces demoiselles eurent visiblement une vie dissolue. En décembre 1686, Dangeau indique que Mlle de Doré et Mlle de Paumy qui s’étaient enfermées avec Madame de duchesse de Bourbon avaient la petite vérole. 

En juin 1689, M. de Dangeau indique dans son journal que l’ « On a cassé la chambre des filles de madame la Duchesse ; mademoiselle de Doré se mettra dans un couvent ; mademoiselle de La Rochenart s’y mettra aussi, à moins que madame de Montespan ne s’en charge, ce qu’on ne croit pourtant point ; et madame la Princesse gardera auprès d’elle mademoiselle de Paumy, dont on est plus content que des deux autres. » 

Si elle alla jamais au couvent, elle ne dut y rester bien longtemps. Dès 1689, elle devenait la maîtresse de M. de Cominges, gouverneur de Saumur. Selon Saint-Simon, elle l’aurait épousé secrètement.
Il s’agit surement de Louis, comte de Cominges, tenu sur les fonts par le Roi et la Reine mère le 25 avril 1654, gouverneur de Saumur en 1670 après son père. 

Dans ses Mémoires, Saint Simon parle de la mort de M. de Cominges survenue le 21 mai 1712 : 
«Deux hommes d'une grosseur énorme, de beaucoup d'esprit, d'assez de lettres, d'honneur, et de valeur, tous deux fort du grand monde, et tous deux plus que fort libertins, moururent en ce même temps, et laissèrent quelque vide dans la bonne compagnie: Cominges fut l'un, La Fare, l'autre. 
Cominges était fils et neveu paternel de Guitaut et de Cominges, tous deux gouverneurs de Saumur, tous deux capitaines des gardes de la reine mère, tous deux chevaliers de l'ordre en 1661, tous deux très-affidés du gouvernement, tous deux employés aux exécutions de confiance les plus délicates.
Guitaut [François de Guitaut, comte de Comminges] mourut subitement au Louvre à quatre-vingt-deux ans, en 1663, sans avoir été marié. Cominges [Jean-Baptiste Gaston, comte de Comminges], son neveu, son survivancier, et père de celui dont il s'agit ici, fut un homme important toute sa vie. …
Il avait épousé la fille d'Amalby [Sybille Angélique Emilie d’Almaby], conseiller au parlement de Bordeaux. Sa mère valait encore moins, comme toutes celles de ces Cominges, hors une ou deux. Ils portaient en plein le nom et les armes de Cominges, se prétendaient être descendus des comtes de ce nom. Ils n'en ont pourtant jamais pu en aucun temps prouver aucune filiation ni jonction, et on ne sait quels ils étaient avant 1440. 
Cominges son fils ne servit guère que volontaire et toujours aide de camp du roi qui, malgré ses mœurs et son peu d'assiduité, ne le voyait jamais sans lui parler et le traiter avec distinction et familiarité à cause de la reine mère. Les courtisans, pendant les campagnes du roi, appelèrent par plaisanterie les bombes et les mortiers du plus gros calibre des Cominges, et si bien que ce nom leur est demeuré dans l'artillerie. Cominges trouvait cette plaisanterie très-mauvaise, et ne s'y accoutuma jamais. Il était fort grand et de très-bonne mine. 
Il passait pour avoir secrètement épousé Mlle Dorée, qui avait été fille d'honneur de Mme la Duchesse, qui, depuis qu'elle ne l'était plus, logeait chez sa sœur, femme de Tambonneau, président en la chambre des comptes, et longtemps ambassadeur en Suisse, fils de la vieille Tambonneau si fort du grand monde, et de laquelle j'ai parlé. 
Cominges n'avait qu'un frère [François de Cominges] qui était un fort honnête garçon, qui avait servi sur mer et sur terre, qui avait de l'esprit, qui s'attacha fort d'amitié au comte de Toulouse. Il avait été fort du grand monde et bien voulu partout. Il se retira les dernières années de sa vie qu'il passa dans une grande piété. Il était chevalier de Malte et avait une commanderie et une abbaye [Notre dame du Louroux]. 
Leur sœur [Anne de Cominges], vieille fille de beaucoup d'esprit aussi, de vertu et assez du monde, voulut faire une fin, comme les cochers. Elle épousa La Traisne, premier président du parlement de Bordeaux, qui était un très-digne magistrat fort ami de mon père, dont elle fut la seconde femme, et n'en eut point d'enfants. Le gouvernement de Saumur fut donné à d'Aubigny, neveu de l'archevêque de Rouen et cousin prétendu de Mme de Maintenon, quoique tout jeune et ce gouvernement fort gros, et indépendamment de celui de la province. Cominges l'avait eu à la mort de son père.» 


Cette assertion semble corroborée par le journal de Dangeau qui indique que « Comminges a fait de mademoiselle de Dorée sa légatrice universelle ; on prétend qu’elle en aura 100,000 écus, quoi qu’il fasse beaucoup d’autres petits legs. Il a nommé le marquis d’Effiat son exécuteur testamentaire, et lui donne un diamant de 1,000 écus. » 

La demoiselle héritait ainsi de l’hôtel particulier de son époux présumé situé rue Saint-Dominique à Paris. Il n’y eut pas d’enfants de cette union. La date de décès de cette dame reste inconnue.

Source : Connaissances de Versailles