Fille aînée d’Hugues François de Tournon, baron de Retourtour (1729-1789) et de Jeanne Marie de Souverain de Trelemont, Rose-Marie-Hélène de Tournon naît en Vivarais en 1757. Après Hélène, le baron et la baronne de Retourtour aura encore deux enfants : une deuxième fille, Françoise Marie Sophie (1765-1806) et un fils, Louis Paul François de Tournon de Meyres († 1787). La jeune Hélène est issue d’une des plus anciennes familles de Vivarais et est aussi une petite cousine éloignée du prince de Soubise. Malgré toutes ces bonnes alliances, la famille d’Hélène reste sans argent. En 1773, elle se trouve fiancée au vicomte Adolphe du Barry, neveu par alliance de Jeanne comtesse du Barry (maitresse en-titre de Louis XV) : en fait, les du Barry nouvellement établis à la Cour grâce à l’ascension de Jeanne, sont loin de s’être imposés définitivement dans la société de cour. Le vicomte est pourtant bel homme, il a des manières charmantes, il est modeste et connait bien la Cour. Sa tante, la favorite, l’apprécie beaucoup et elle le montre en toute occasion. Mais le nom « du Barry » est bien lourd à porter dans la haute noblesse. La première tentative du mariage fut celle avec Agathe-Louise de Saint-André, bâtarde de Louis XV et de Morphise, mais elle échoua situe a l’opposition du tuteur de la jeune fille, Louis Yon, qui considérait les du Barry comme une « famille des tarés ». Mlle de Saint-André sera mariée au marquis de la Tour du Pin La Charce. Elle en sera désespérée. Après ce premier échec, on se tourne alors vers la fille du duc de Lévis, puis à la fille du duc de Charost, une descendante de Sully. Mais à chaque fois, le projet échoue. Finalement les deux belles-sœurs de la favorite royale, Jeanne-Marie-Marthe du Barry dite « Pischi » et Françoise-Claire du Barry dite « Chon » dénichent Hélène, une jeune jouvencelle de seize printemps, très belle et bien née mais d’une famille pauvre. Le contrat du mariage du vicomte et de la vicomtesse du Barry porte comme marque d’honneur, les signatures de tous les derniers rois de France, celles de Louis XV, du Dauphin, le futur Louis XV, du comte de Provence, futur Louis XVIII et du comte d’Artois, futur Charles X. Le mariage est finalement célébré le 19 juillet 1773. A cette occasion, le comte Jean-Baptiste du Barry dit « le roué » (le père du marié) revient de son exil de deux mois à l’Isle-Jourdain (d’où il avait été force d’aller suite à ses imprudences contre sa belle-sœur) et est présenté pour la première fois au roi qui l’honore, prétendra-t-il dans sa lettre à Malesherbes de 1775, « de plusieurs marques de bonté ». Mais Mme du Barry reste très froide à son égard. Peut-elle craint-elle avec elle que le « roué » ne prépare sa succession avec sa belle-fille. La belle vicomtesse du Barry a, semble-t-il, fait grande impression sur le roi lors de sa présentation à la Cour, le 1er août à Compiègne. « Si ma nièce devenait la maîtresse du roi, au moins la place ne sortirait pas de la famille », lance ironiquement Jeanne pour couper court à toute rumeur. Il apparait aujourd’hui que si la vicomtesse du Barry a été la maitresse passagère de Louis XV, c’était pour que « cette place » si enviée reste dans l’entourage de la comtesse du Barry. Il semble que cette dernière ait aussi, à l’exemple de la Pompadour, entrepris le système des jolies cousines.

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En 1774, à la mort de Louis XV – comme tous les proches de la du Barry –, la vicomtesse du Barry se retrouve exilée de la cour du nouveau roi. En 1777, elle donne naissance à un fils, Achille-Alexandre-Benoît qui a pour parrain son grand-père maternel, Hugues François de Tournon. Commence alors pour elle et son époux, un long périple à travers toute l’Europe. Ayant contracté une passion pour le jeu, Adolphe a d’abord amené sa femme à Spa, où son père avait jadis englouti des fortunes. Là, le couple s’est lie avec un aventurier, le comte Rice, un Irlandais qui les entraîne en Angleterre, à Bath. La station thermale de la haute société anglaise. Tout le monde s’installe à l’hôtel Royal Crescent et on mène grand train. Mais le feu couve car le couple est en crise. La vicomtesse, furieuse d’avoir été bannie de la Cour par la faute du nom qu’elle porte. Il semble qu’elle soit devenue la maitresse de Rice. Le vicomte, en découvrant son infortune, provoque l’Irlandais en duel. Le 18 novembre 1778, sur la colline de Claverton, les deux hommes se retrouvent au petit matin. Du Barry tire le premier, blesse Rice dans la cuisse et lui brise le fémur. Mais, surmontant sa douleur, l’Irlandais répond en tirant deux coups de pistolet. Le vicomte s’effondre, raide mort. La nouvelle du décès de son neveu est une rude épreuve pour la comtesse du Barry. La peine de la favorite sera aggravée par l’attitude de la vicomtesse du Barry dès son retour en France à pouvoir changer de nom. La nouvelle comtesse de Tournon pourra ainsi revenir à la cour de Louis XVI. Elle épousera même le 12 mars 1782 un de ses cousins, Jean-Baptiste de Tournon, marquis de Claveyron, évitant ainsi le procès que menaçait de lui faire « le roué » pour offense a la mémoire des du Barry. L’ancien amant de la comtesse du Barry se montrait d’autant plus sourcilleux sur le point d’honneur, qu’il avait restauré son crédit en épousant, fin 1776, une demoiselle de Rabaudy, d’une honorable famille toulousaine.
La nouvelle marquise de Claveyron ne pourra pas jouir de sa nouvelle vie pendant longtemps. Elle mourra neuf mois plus tard après son mariage le 8 décembre 1782. Son époux inconsolable de sa perte, la suivra dans la tombe quatre ans plus tard, le 29 avril 1786.