f32f2cb261Marie-Thérèse-Emilie de Joly de Choin dite Emilie née le 2 août 1670 à Bourg-en-Bresse, est la seizième enfant de Pierre Joly de Choin (1620-1691), baron de Langes, grand bailli de Bourg-en-Bresse, et d'Anne-Clémence de Grollée. Par l’intermédiaire de sa tante, Anne-Marie, comtesse de Bury, Emilie devient demoiselle d’honneur de Marie-Anne de Bourbon dite Mlle de Blois, princesse de Conti et demi-sœur du Grand Dauphin. Selon les contemporains de l’époque, Mlle de Choin n’est point une beauté. Le duc de Saint-Simon la décrit ainsi : « une grosse fille écrasée, brune, laide, camarde », quant à la Princesse Palatine, elle est « petite, un visage rond, un nez court et relevé, une grande bouche remplie de dents pourries qui répandait une telle puanteur qu’on ne pouvait la sentir à l’autre bout de la chambre », d‘après toujours la même personne, Mlle de Choin était dotée d‘une énorme poitrine avec laquelle le prince jouait comme sur des timbales. Pourtant c’est cette « laideur » qui va faire battre le cœur du Dauphin. Celui-ci qui entretient de bons rapports avec sa demi-sœur aime se rendre chez elle et c’est là qu’il remarque la jeune demoiselle à peine âgée de 19 ans.

En 1690, la Dauphine Marie-Anne de Bavière meurt de maladie et le Dauphin, désormais veuf et libre, peut s’afficher sans vergogne avec Emilie. Celle que la Cour surnomme « la Choin » partage plusieurs choses en commun avec son amant. Il aiment tous les deux les arts ainsi que les collections de tableaux. Ainsi, on peut déduire que le Dauphin n’ait pas été séduit par le physique d’Emilie qui n’est pas des plus beaux, mais plutôt par les goûts qu’il a en commun avec la jeune femme. En 1694, un incident survient qui restera dans l’Histoire : Marie-Anne de Bourbon, veuve du prince de Conti, s’éprend d’un homme de basse extraction, François-Alphonse de Clermont, gendarme de la Garde. Mais il semble que ce dernier et Emilie font connaissance et tombent amoureux de l’un de l’autre. Une longue correspondance s’entame entre eux mais dans le dos du Grand Dauphin et de la princesse douairière de Conti. Mais dans tout le royaume, toutes les lettres sont interceptées sur ordre de Sa Majesté. C’est ainsi que Louis XIV, père des princes, apprend l’affaire. Très attaché à sa fille illégitime qui est d’ailleurs sa préférée, Louis XIV la met face à la réalité en la montrant les lettres de son amant dont il désapprouve la liaison. On peut comprendre la colère de la Princesse lorsqu’elle l’apprend que son ami et sa demoiselle d’honneur se voient en cachette. Sur ce, François-Alphonse de Clermont est exilée et Emilie, démise de ses fonctions de demoiselle d’honneur de la Princesse. Mais cette dernière parviendra à échapper à l’ire de la Princesse grâce au Grand Dauphin, qui, éperdu d’amour, a tout pardonné à sa maitresse. Il fera même plier sa sœur et une pension sera accordée à Mlle de Choin.

Le Roi s’inquiète de l’intérêt que son fils porte à Mlle de Choin. Mais ce dernier lui rassure qu’Emilie n’est qu’une amie et une confidente. Dans les premiers temps de leur liaison, Emilie vit d’abord à Paris avant que le Dauphin ne l’installe dans son château de Meudon où elle règne en maitresse absolue. En 1695, le Grand Dauphin contracte un mariage morganatique avec Emilie à l’exemple de son père avec la marquise de Maintenon. Ainsi Mlle de Choin devient « la Maintenon » du Dauphin. Devenant la véritable reine de Meudon, Emilie se voit adresser les hommages par les courtisans qui au fond, la méprisent et la critiquent. De sa liaison avec le Dauphin, Emilie eut un fils, qui à l’inverse des bâtards de Louis XIV, fut retenu dans l’ombre loin de ses parents et qui mourut à l’âge de deux ans. Le 14 avril 1711, Emilie ne demande rien, montrant son désintéressement et l’amour réel qu’elle portait au Dauphin. Néanmoins, le père de « son époux » lui octroie une pension de 12 000 livres. Après cela, Mlle de Choin alla s’installer définitivement à Paris rue des Tournelles, où vivant retirée du monde, elle consacre sa fortune à des œuvres pieuses et se fait oublier de la Cour. Marie-Thérèse-Emilie de Joly de Choin meurt en avril 1732 oubliée de tous mais universellement respectée pour ses vertus privées. Elle est inhumée au cimetière Saint-Paul sans grande cérémonie.