comtesse de foix-sabranNée en 1693, Louise-Charlotte de Foix-Rabat, venait d’une des plus grandes maisons de France. Elle était la fille de Gaston de Foix, comte de Rabat, et de Dorothée Théodore de Poudens de Villepinte. Pourtant dans sa jeunesse, elle s’était échappée de sa mère pour épouser le 15 Juillet 1714, un homme de grand nom, Jean-Honoré (†1750), comte de Sabran et de Forcalquier, mais sans bien et sans mérite, qui la mit en liberté. Il n'y avait rien de si beau qu'elle, de plus régulier, de plus agréable, de plus touchant, du plus grand air et du plus noble, sans aucune affectation. L'air et les manières simples et naturelles, laissant penser qu'elle ignorait sa beauté et sa taille, qui était grande, et la plus belle du monde, et quand il lui plaisait, modeste à tromper. Avec beaucoup d'esprit, elle était insinuante, plaisante, robine, débauchée, point méchante, charmante surtout à table. En un mot, elle avait tout ce qu'il fallait à monsieur le duc d'Orléans, dont elle devint bientôt la maîtresse, sans préjudice des autres. Aussitôt devenue la maitresse du Régent, elle prit sur lui un grand ascendant. Un moment, elle songea à en faire le plus grand homme de son royaume. Mais elle fut immédiatement découragée dans ses projets. Toujours est-il qu’elle profita de sa situation de maitresse de Régent pour se construire une fortune. Le comte et la comtesse de Sabran bien que venant de familles d’ancienne noblesse, ne vivaient pas dans la richesse due à leur rang. Aussi lorsque Montigny, frère de Turménies , un des gardes du trésor royal, qui était un des chambellans de M. le duc d'Orléans, à 6 000 livres d'appointements, qui le fit son premier maître d'hôtel à la mort de Matharel qui l'était. Madame de Sabran trouva que 6 000 livres de rente étaient toujours bonnes à prendre pour son mari, dont elle faisait si peu de cas, qu'en parlant de lui, elle ne le surnommait que son matin. M. le duc d'Orléans lui donna la charge qu'il paya à Montigny. Mais ce crédit dura aussi peu que la fidélité du Régent, et en dépit de tous les artifices d'une coquetterie raffinée s'ajoutant à la beauté et à la passion, madame de Sabran et son mari ne devinrent pas riches.

Déjouée dans ses projets d'enrichissement, dans ses essais de lucratives revanches, madame de Sabran eut quelques velléités d'ambition qui ne furent pas heureuses. Un jour, elle tourmentait le Régent pour savoir un secret d'État important ; elle voulut profiter d'un moment d'ivresse pour le lui arracher, mais le prince, prenant sa maîtresse et la plaçant devant une glace, lui dit : « Comment une si jolie bouche, peut-elle prononcer d'aussi vilains mots. » Délaissée par le Régent, de son côté, la comtesse de Sabran, essaya de chercher quelques consolations. Parmi ses amants, on pouvait compter Richelieu, le prince d‘Isenghien, et tant d’autres. Après avoir essayé de rallumer, pour son compte, une flamme éteinte et quelle ne croyait qu'engourdie, elle se résigna, à favoriser ce qu'elle ne pouvait empêcher, et la fille des comtes de Foix fit la courte-échelle à ses rivales. C'est ainsi qu'après avoir un moment éclipsé madame de Parabère, elle s'effaça avec une complaisante discrétion devant l'étoile naissante de madame de Phalaris. Après sa tumultueuse liaison avec le Régent, Madame de Sabran devint sa pourvoyeuse des maitresses. Elle commença d’abord sur ses proches parentes telle que la duchesse de Phalaris (si malheureuse en son mariage et qui eut des relations instables avec le Régent), ou bien Mademoiselle Houel, cette vierge folle et naïve sotte, qui fut l’une des dernières maitresses du Régent (elle le devint quelques mois avant sa mort). Une autre fois, ça sera Madame de Nicolaï, un amour délicat, mystérieux, pudibond. Cependant il faut remarquer que certaines de ces dames qu’elle présentait au Régent lui devenaient parfois ingrates comme cette duchesse de Phalaris. Un jour elle écouta l’entretien que cette dernière avait avec le Régent. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle entendit mille choses offensantes que le Régent et sa jeune parente disaient contre elle. Elle entra et voulut faire des reproches à tous les deux, à quoi le Régent lui dit : « Tout ce que j'ai dit de toi est vrai, et il y en a encore cent fois davantage, que je dirai si tu veux retourner écouter à la porte ». L’histoire ne nous dit pas si Mme de Sabran donna une réplique, elle qui était si « forte en gueule ». Plus tard, le Régent, lassé d'elle et de mademoiselle Houel, lui fit tout bonnement dire de quitter sa maison qu‘elles occupaient (parce qu‘on y faisait de grandes dépenses). Mais madame de Sabran, se moqua de l'ordre, et dit qu'elle attendra qu'on la chasse avec des gardes.

Cette réputation de pourvoyeuse des maitresses du Régent valut à Madame de Sabran d’être appelée « la Sabran » tout court. Telle ces vulgaires mères-maquerelles tenancières des bordels parisiens. Celle qu'on appelait coquette, leste, piquante, ne semble plus qu'effrontée : La Sabran, cette effrontée. La favorite déchue, aigrie par l'insulte et les déceptions, a transporté dans sa conduite et dans son langage les immunités humiliantes dont on use envers elle. Elle rend mépris pour mépris, haine pour haine à cette société assez aveugle pour ne pas reconnaître son œuvre, ou assez ingrate pour la renier. Certes, c'est là une dame à laquelle il ne fait pas bon se frotter. Elle est armée d'épines. Surnommée « l’Aloyau » aux soupers du Palais-Royal, elle a gardé pour défendre ses vices toutes celles qui ne lui ont pas servi pour sa vertu. Elle aie geste vif et prompt, et il pourrait bien tomber des soufflets de cette main de grande dame qui ressemble fort à une main de poissarde. Toujours l'épigramme aux yeux, le sarcasme à la bouche, elle passe et repasse, promenant son ennui et son ironie dans les fêtes de la Régence. Elle ne peut pas mourir. Elle a un bon mot à rendre au Régent, et elle le lui rendra, fût-ce sur son cadavre, et il sera tel qu'il n'y aura rien à répondre, et que cela clora dignement le règne. Après la mort du Régent, Madame de Sabran se fit oublier. Elle mourut vers la fin du règne de Louis XV en 1768, âgée de 75 ans. 

De son union avec son mari, étaient nés cinq enfants qui sont :

  • Philippine (1715-ap.1737)
  • Elzéar Gaston (1717-1743)
  • Hélène Madeleine (1718-1737)
  • Louise (1721-1722)
  • Anne (1722-ap.1737)

 

Sources : LES MAITRESSES DU RÉGENT de M. Lescure