Isabelle_de_LimeuilFille de Gilles de La Tour († ap.1566) et de Marguerite de La Cropte († ap.1571), Isabelle de La Tour, née vers 1544 à Lanquais, Dordogne. Elle vient d’une famille d’ancienne noblesse et aisée puisque son père est non seulement baron de Limeul mais aussi vicomte de Turenne et sa mère, dame de Lanquais. Sa naissance lui permet d’être admise très jeune à la cour d’Henri II par l’épouse de celui-ci, la célèbre Catherine de Médicis en 1560. Cette dernière l’apprécie beaucoup et est sa cousine éloignée au cinquième degré (ayant en commun, un ancêtre de La Tour d’Auvergne). Isabelle est alors une jeune fille d’une séduisante beauté et qui fait palpiter les cœurs des hommes de la cour. Lui connaissant une très grande beauté, la reine de France la fait admettre dans son fameux « escadron volant », composé de ses demoiselles d’honneur belles, intelligentes, nobles et cultivées. Ces filles ont pour fonction d’attirer des gentilshommes, de nobles importants ou des ambassadeurs étrangers afin de les soutirer d’informations secrètes et voir s’ils sont réellement fidèles au roi de France et d’organiser aussi des fêtes galantes. La beauté d’Isabelle attire plusieurs hommes dans son lit et devient ainsi maitresse des hommes de noblesse, tels que Claude d’Aumale (de la famille des Guise). Catherine l’y aurait poussé pour savoir l’ambition inassouvie des Guise. Elle attire le regard de Claude de la Châtre, seigneur de Maisonfort (1536-1614) ainsi que celui du connétable, l’austère Anne de Montmorency et les "rabroue" pour la créature des Guise, Florimont Robertet II, seigneur de Fresnes (1531-1567), (parent éloigné de Gabrielle d’Estrées) "l’un des plus habiles gentilhommes, et des mieux faits de la cour" (selon Brantome qui soupire lui aussi après la belle Limeuil) :

"Douce Limeuil et douces vos façons,
Douce la grâce et douce la parole,
Et doux votre œil qui doucement m’affole…"

Ce qui fut une véritable mission pour Isabelle, est celle que la commande Catherine de Médicis d’aller séduire un prince Bourbon, Louis Ier, prince de Condé (frère d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre et père du célèbre Henri IV) afin d'obtenir de lui la rétrocession du Havre (livré aux Anglais par les Huguenots en 1562) – Catherine avait réussi à faire convertir le roi de Navarre au catholicisme grâce à une autre de ses demoiselles d’honneur, Louise de La Béraudière de L’Isle du Rouhet et espérait qu’Isabelle ferait le même avec l’autre prince de Bourbon. l’emmène avec elle à l’Ile aux bœufs, près d’Orléans le 7 mars 1563, dont le but de séduire Louis 1er de Bourbon Condé, prince de Condé, ardent calviniste. La reine souhaitait reprendre le port du Havre aux Anglais et Condé, devenu l’amant de la belle Limeuil reprit le port du Havre dans les mois qui suivirent. Furieux, Coligny et Calvin adressèrent leurs reproches au prince de Condé, et surtout Calvin qui lui écrit de Genève : "...vous ne doutez pas, Monseigneur, que nous n’aimions notre honneur, comme nous désirons votre salut. Or, nous serions traitres en vous dissimulant les bruits qui courent : on nous a dit que vous faites l’amour aux dames..." Pendant l’automne 1563, Condé ne quitte pas le Louvre et suit même la cour à Fontainebleau au printemps 1564. A la demande de Mr le Prince, Ronsard compose une ode à la belle Limeuil :

 "Je voudrais au bruit de l’eau

D’un ruisseau
Déplier ses tresses blondes
Frisant en autant de nœuds
Ses cheveux
Que je verrais friser d’ondes
Je voudrais pour la tenir
Devenir
Dieu de ces forêts désertes
La baiser autant de fois
Il y a de feuilles vertes…"

 Or, la reine Catherine prépare cette année là son long voyage de deux ans à travers la France où elle va présenter son fils Charles à son royaume. En mars, la cour se

isabelledelimeuil (1)

déplace vers la Bourgogne. En mai, Condé est forcé de quitter la cour errante, sa femme, Eléonore de Roye étant tombée gravement malade. Il laisse Isabelle de Limeuil, enceinte de ses œuvres et qui jusqu’à présent à réussi à cacher son état à la cour. Or, le 25 mai 1564, c’est le scandale : alors que la reine Catherine reçoit à l’hotel de Saulx une audience solennelle des échevins de Dijon, Isabelle de Limeuil se trouve mal, est transportée dans une chambre attenante, et donne naissance à un fils dans les heures qui suit. La reine est furieuse, elle a bien spécifié à ses filles d’honneur « de se garder de l’enflure du ventre ». Le 28 mai, Melle de Limeuil, sur ordres de la reine, est conduite au couvent des cordelières d’Auxonne. Elle est autorisée à écrire des lettres, mais la jeune femme sombre dans la dépression. Florimond Robertet lui écrit en tentant de la rassurer, mais Condé ne se manifeste pas. Elle lui envoie leur fils "dans un panier à chien". Puis la reine transfère Melle de Limeuil à Macon, puis de nouveau à Lyon. Le 18 juillet, elle est conduite à Vienne sur le Rhône au château des Canaux. Elle y apprend la mort de la princesse de Condé le 23 juillet, Condé est dorénavant veuf. Recherchée par Marguerite de Lustrac, maréchale de St André, qui ne verrait pas d’un mauvais œil leur mariage, il accepte le don qu’elle lui fait du domaine de Valéry mais se garde bien de l’épouser. Quant à la reine Catherine, elle adouçit le sort de son ancienne fille d’honneur, la libère et l’autorise à rejoindre Condé à Valéry. Les chefs protestants réunis sur place (dont Coligny) convinrent qu’il fallait que Condé se remarie au plus vite. En novembre 1565, Condé envisage de se remarier à une huguenote, la toute jeune Françoise Marie D’Orléans. Celle-ci réclame à son futur mari les gages qu’il adressât jadis à sa maitresse Melle de Limeuil. Furieuse, Melle de Limeuil retourna le tout avec une miniature du prince à qui elle avait rajouté au fuseau une belle paire de cornes. Il lui avait tout de même fait don de la terre de Buzanci (près de Soissons) qu'elle apportera en dot à son futur mari. En 1566, elle quitte le service de la reine. En 1567, Melle de Limeuil épouse Scipion Sardini un banquier lucquois qui avait fait fortune en France. Scipion Sardini est seigneur de Saint-Crépin, d'Hartennes, de Taux et de Villemontoire. Sa femme lui apporte en dot la terre de Buzanci dans l'Aisne (qui appartenait auparavant au prince de Condé). Son mari la couvre de bijoux. Elle ne pardonnera jamais à Condé son attitude désinvolte. Le couple Sardini a cinq enfants :

  1. Elisabeth († 1642)
  2. Alexandre-Paul Sardiny († 1645)
  3. Madeleine Sardiny (v.1575-ap.1610)
  4. Nicolas Sardiny (décédé)
  5. Paul Sardiny († 1667)

isabelledelimeuil

Un jour de mars 1569, sur le chemin du château de Chaumont, le coche de Mme Sardini, parmi le flot des voitures se heurta aux avants postes des combattants de Jarnac. Sur une civière un corps était transporté, le vainqueur, le duc d’Anjou, qui connaissait l’aventure d’Isabelle de Limeuil, lui demanda si elle savait quel homme on portait là. Elle descendit de son coche, s’agenouilla et poussa un cri vengeur : "enfin !" en reconnaissant le cadavre du prince de Condé. En 1600, le couple fait acquisition du château de Chaumont-sur-Loire (ayant appartenu à Catherine de Médicis puis à Diane de Poitiers). M. et Mme de Sardiny deviennent successivement baron et baronne de Chaumont. Bien qu’étant propriétaires de Chaumont-sur-Loire, le couple Sardiny préfère vivre dans leur hôtel particulier, hôtel Scipion, situé à Paris. Son dernier acte avant de mourir en 1609 fut de s’opposer vainement à l’héritage du château de Lanquais (qui appartenait à sa mère) par Henri de la Tour d’Auvergne. Le chateau de Chaumont sur Loire passera dans la famille Ruffignac par le biais de sa fille Madeleine Sardini. Les terres de Buzanci seront vendus en 1646 à Jacques de Chastenet par le fils cadet d'Isabelle de Limeuil, Paul Sardini, vicomte de Buzanci qui mourra sans postérité. Le 3 mai 1508, Scipion Sardini meurt probablement de vieillesse ; il est inhumé au Couvent des Augustins à Paris. Isabelle le rejoindra plus tard le 25 mars 1609, âgée de 65 ans.