Marie_Angelique_2Fille de Jean Rigaud de Scorailles, comte de Roussille, lieutenant du roi en Auvergne, et d’Aimée-Éléonore de Plas, Marie-Angélique de Scorailles de Roussille naît en Auvergne, au château de Cropières, près de Raulhac, dans le vieux manoir familial aux tours massives perché sur un plateau, en juillet 1661, quatre mois avant le Grand Dauphin. Marie-Angélique est issue par son père d’une de plus anciennes et nobles familles de la région dont les armes portaient « de gueule en chef d’or chargé de trois fleurs de lys d’azur ». Angélique avait trois frères et trois sœurs. « Avant de venir chez moi, raconte la Palatine, elle avait rêvé tout ce qui lui devrait arriver, et un vieux capucin lui avait expliqué son rêve. Elle me l’a raconté elle-même, avant de devenir la maîtresse du roi. Elle rêva qu’elle était montée sur une haute montagne et qu’étant sur la cime elle fut éblouie par un nuage resplendissant ; que tout à coup elle se trouva dans une si grande obscurité qu’elle se réveilla de frayeur. Quant elle fit part de ce rêve à son confesseur, il lui dit : “Prenez garde à vous : cette montagne est la cour, où il vous arrivera un grand éclat ; cet éclat sera de très courte durée. Si vous abandonnez Dieu, il vous abandonnera et vous tomberez dans d’éternelles ténèbres.” »

À ses dix-sept ans, elle fut remarquée par le cousin de son père, César de Grollée, baron de La Peyre, lieutenant général en Languedoc, qui habitait à vingt lieues de Cropières, au château de la Beaume et qui proposa à ses parents de l’introduire à la cour. Séduits par cette proposition, les parents de la jeune demoiselle acceptèrent sans se faire prier. Malgré leur noble naissance, ils étaient fort pauvres. Néanmoins, ils « boursillèrent » pour acheter à la fille un honnête trousseau. Arrivée à Paris, la jeune demoiselle est logée chez la duchesse d’Arpajon. Peu après, elle fut présentée à la belle-sœur du roi, la duchesse d’Orléans, mieux connue sous le nom de la Princesse Palatine. Celle-ci l’admit très vite parmi ses demoiselles d’honneur le 17 octobre 1678, et lui donna la place vacante qui appartenait à Mlle de Mesnières, devenue par mariage la duchesse de Villars.

Une splendide créature belle comme une fleur de mai : une taille de nymphe, un corps souple et fuselé, des cheveux d’or tombant sur les épaules en flotsMarie_Angelique_3 opulents, de grands yeux gris-bleu, la bouche fine s’ouvrant sur une harmonieuse rangée de perles et, par-dessus tout, un air d’Agnès fait de douceur et d’innocence. « On ne pouvait voir rien de plus merveilleux », avouait Madame, peu indulgente pour les femmes, surtout les rousses. Elle était « fort au-dessus de tout ce qu’on avait vu depuis longtemps à Versailles, écrit Spanheim, accompagnée d’une taille, d’un port et d’un air capable de surprendre et de charmer une cour élégante ». Fontanges ? « Belle comme un ange » était l’expression qui revenait le plus souvent sous la plume des contemporains.

À cette époque, le roi partageait alors ses faveurs entre Mme de Montespan et Mme de Maintenon. Mme de Montespan voulant à tout prix éloigner Mme de Maintenon du roi, présenta la jeune fille à Louis XIV : « Regardez donc, Sire, voilà une fort belle statue ; en la voyant, je me demandais dernièrement si elle sortait du ciseau de Girardon et j’ai été bien surprise lorsqu’on m’a dit qu’elle était vivante. — Statue, tant que vous voudrez, répliqua le roi, mais vive Dieu, c’est une belle créature ! » La jeune fille, quoique d’une très grande beauté, était réputée pour être « sotte comme un panier », Mme de Montespan espérait ainsi que le roi lassé par Mlle de Scorailles reviendrait vers elle, comme ce fut dans plusieurs cas. Il se garda pourtant de tomber amoureux de cette beauté sculpturale, taillée dans le marbre le plus tendre : « Voilà, dit-il en riant, à sa belle-sœur, un loup qui ne me mangera pas… » En fait, à cette époque, il courtisait alors une autre demoiselle d’honneur de sa belle-sœur, du nom d’Uranie de La Cropte-Beauvais mais qui résistait à ses avances. Alors lassé par le refus de la jeune fille, le roi se tourna vers Angélique qui ne demandait qu’à succomber. Le confident des amours du roi, François de La Rochefoucauld, prince de Marsillac, se chargea de donner à la belle ingénue un collier de perle et une paire de boucles d’oreilles. Il en sera bientôt récompensé par la charge de grand veneur, « pour avoir mis la bête dans les toiles », diront les facétieux…

Marie_Angelique_4Un soir d’automne, à Versailles, tandis que Mme de Montespan jouait à la bassette, le roi s’éclipsa discrètement et monta dans son carrosse, escorté seulement de quelques gardes du corps. Au Palais-Royal (demeure de Monsieur et Madame) une demoiselle d’honneur complice, Mlle des Adrets, le conduisit jusqu'à la chambre de Mlle de Fontanges. Tels furent les prodromes de cette intrigue galante, selon Primi Visconti. Mme de Montespan fut alors dans les premiers temps le paravent de leurs amours (comme l’avait été la duchesse de La Vallière). Comme toutes les autres femmes, la jeune Angélique eut l’exquise pudeur de résister au roi, avant de succomber. Un pamphlet léger de l’époque se piqua de donner sur la victoire royale des détails plus précis : ce fut un jeudi que « cette place d’importance, après avoir été reconnue, fut attaquée. La tranchée fut ouverte ; on se saisit des dehors ; et, enfin, après bien des sueurs, des fatigues et du sang répandu, le roi y entra victorieux. On peut dire que jamais conquête ne lui donna tant de peine… Il y eut bien des pleurs et des larmes versés d’un côté, et jamais une virginité mourante n’a versé de plus doux soupirs »… Le roi qui venait d’atteindre la quarantaine, était épris comme au plus beau temps de sa jeunesse, prêt à faire toutes les folies pour ce tendron aux grâces accomplies. Il l’installa dans un pavillon du Château-Neuf de Saint-Germain puis, plus tard, quand sa faveur deviendra officielle, dans un appartement proche du sien.

Mais le roi, plus passionné que jamais, ne put attendre d’afficher sa nouvelle élue. Un matin, durant la messe, aux côtés de la favorite en titre, la marquise de Montespan, et de la reine, le roi montra qu’il l’avait prise pour maîtresse et qu’il allait bientôt la titrer duchesse de Fontanges. Pour Angélique, le roi était redevenu jeune, il portait des chapeaux, des diamants et aussi des rubans assortis à ceux d’Angélique et moult fêtes, concerts, bals et divertissements fut donnés en son honneur. Mme de Montespan, prise à son propre piège, croyait qu’Angélique n’était qu’une simple passade, elle se trompait. Elle eut beau alors lutter mais Marie-Angélique tint bon. À la cour, les courtisans avaient commencé à courtiser la nouvelle élue, voyant par elle, plusieurs faveurs et charges à la cour, et plusieurs poètes commencèrent à écrire mille éloges et épîtres sur sa beauté comme la Fontaine qui lui dédiait ceci :

« Charmant objet, digne présent des cieux,
(Et ce n’est point digne du Parnasse),
Votre beauté vient de la main des dieux ;
Vous l’allez voir au récit que je trace.
Puisse mes vers présenter tant de grâce
Que d’être offerts au dompteur des humains,
Accompagnés d’un mot de votre bouche
Et présentés par vos divines mains. »

Les courtisanes, elles, s’efforçaient de la ressembler : un jour, galopant avec le roi à Fontainebleu durant une chasse, les cheveux d’AngéliqueMarie_Angelique_5 s’accrochèrent à une branche d’un arbre ; voulant ne pas apparaitre devant le roi, échevelée, Marie-Angélique rajuste son ruban, mais fort maladroitement que celui-ci tombe sur son front au lieu des épaules, ce que le roi trouva très charmant. Le lendemain, toutes les dames de la cour portaient la même coiffure à part Mme de Montespan, qui trouvait cela « de mauvais goût », et Mme de Maintenon, qui préféra garder son simple chignon. Cette coiffure sera à la mode dans tout l’Europe pendant plusieurs décennies et sera au fil des temps modifiée par l’habileté des coiffeurs et des élégantes coquettes.

Angélique était éblouie, et le roi, émerveillé. Sa douceur, son ingénuité la délaissaient de la causticité, de l’humeur de Mme de Montespan. Romanesque, certes, mais aussi terriblement ambitieuse, elle rêvait d’être déclarée maîtresse en titre du roi. Elle le deviendra au printemps de l’année 1679. Le roi était alors très épris de sa nouvelle maîtresse. Marie-Angélique laissa éclater sa vanité extrême, dépensant alors stupidement la nouvelle pension que lui accordait le roi. Il lui arrivait même de dépenser 25 000 écus par semaine à des fanfreluches. Dès lors, elle commença à passer devant la reine sans la saluer et traita Mme de Montespan avec le plus profond mépris. « La violence de la passion du roi pour Mme de Montespan n’est plus rien, constatait Mme de Montmorency ; on dit qu’il y a des moments où elle pleure amèrement et cela après des conversations qu’elle a eues avec le roi. » Ne supportant pas la position d’Angélique, Mme de Montespan supportait de moins en moins la liaison amoureuse du roi et commettait scène sur scène et ne comprenait pas pourquoi le confesseur du roi acceptait cette simple liaison du roi plutôt que le double adultère : « Ce père de La Chaise, disait-elle, est une vraie chaise de commodité ! » Pour la consoler, Louis XIV la fera surintendante des Bâtiments de Marie-Thérèse – charge qu’il acheta à la comtesse de Soissons à 200 000 écus – et lui donnera le tabouret réservé aux duchesses, ce qui lui permettait d’être assise même en présence de la reine, assorti d’une pension de 15 000 livres. Jalouse de la nouvelle passion du roi, Athénaïs fit un soir ravager les beaux appartements d’Angélique par deux ours apprivoisés que le roi lui avait offerts. Cela ne fit qu’attirer médisance et moquerie de la part des courtisans.

Marie_Angelique_6Mme de Montespan comprit que la nouvelle passion n’était pas passagère. Elle cessa d’être coléreuse et feignit l’amitié avec la nouvelle favorite. La naïve Fontanges s’y laissa prendre. Au jour de l’an 1680, raconte Bussy, celle-ci parut à Versailles « comme une divinité, extraordinairement parée de pierreries, d’un habit de même étoffe que celui de Sa Majesté avec des rubans bleus tous deux ». Elle fit cadeau de 20 000 écus aux filles de Madame, ses anciennes compagnes. A sa devancière elle donna un agenda couvert de pierreries avec « une prédiction pour les quatre saisons » composée par cet eternel flatteur de La Fontaine. Le spectacle qu’offraient « les deux sultanes » était assez surprenant. Ecoutons encore Primi : « Le Roi vivait avec ses favorites, chacune de son côté, comme dans une famille légitime : la reine recevait leurs visites ainsi que celles des enfants naturels, comme si c'étaient pour elles un devoir à remplir, car tout droit marchait selon la qualité de chacune et la volonté du Roi. Lorsqu'elles assistaient à la messe à Saint-Germain, elles se plaçaient devant les yeux du Roi, Madame de Montespan avec ses enfants sur la tribune à gauche, vis-à-vis de tout le monde, et l'autre à droite, tandis qu'à Versailles, Madame de Montespan était du côté de l'Évangile et Mademoiselle de Fontanges sur des gradins élevés du côté de l'Épitre. Elles priaient, le chapelet ou leur livre de messe à la main, levant les yeux en extase, comme des saintes. Enfin, conclut l’italien, la Cour est la plus belle comédie du monde. »

Mme de Maintenon, quand à elle, cherchait à réconcilier les deux femmes ; un jour, elle conseilla à la jeune Angélique d’abandonner cette vie de péché et de prendre le chemin du couvent, ce dont la jeune demoiselle répliqua : « Madame, vous me demandez de me défaire d’une passion comme on quitte une chemise ! Vous ne connaissez donc rien aux mouvements de cœur ? » À cette époque, Marie-Angélique était enceinte du roi et cela renforçait encore sa position à la cour. « C’est alors l’époque des trois reines » : disait Mme de Montespan à Mme de Maintenon : « moi de nom, elle de fait et vous de cœur ». Hélas, à la fin de l’année 1679, Marie-Angélique accoucha d’un fils mort-né et ne s’en remettra pas. Dès lors, elle fut victime des pertes du sang et de fortes fièvres et qu’elle en fut affectée. Mais à la Cour, il faut vite sécher les larmes pour suivre le torrent des plaisirs. Le 3 février 1680, à Saint-Germain, on joua pour la première fois Proserpine, opéra de Quinault et de Lulli. Quand Mlle de Saint-Christophe, qui interprétait le rôle de Cérès, aborda la scène où la déesse devant Mercure déplorait l’inconstance de Jupiter, chacun crut reconnaître une allusion présente. « Il y a une scène de Mercure et de Cérès qui n’est pas bien difficile à entendre, écrivait Mme de Sevigne à sa fille. Il faut qu’on l’ait approuvée, puisqu’on la chante. »

Le 26 février, la nouvelle favorite partit avec le roi, la reine et le dauphin, à la rencontre de la nouvelle dauphine, Anne-Marie de Bavière. On remarqua laMarie_Angelique_7 magnificence de ses équipages. Elle prit part avec sa compagne, Mlle des Adrets, dans un carrosse gris – couleur de sa livrée – flambant neuf, tirée par huit chevaux. Ce carrosse était suivi de plusieurs voitures pour les femmes de chambre, de chariots, de fourgons et de mulets pour les vivres et la garde-robe. Apres un souper au Bourget et une première étape au Bourget, chez le duc de Gesvres, la cour arriva à Villers-Cotterêts le 27. Le lendemain, tandis que la reine allait visiter la chartreuse de Bourg-Fontaine, le roi et Mlle de Fontanges partirent courre le cerf. Dans la soirée, un bal masqué fut donné. La jeune femme, parée des mains de Mme de Montespan, fit sensation. Bien entendu, l’ancienne favorite enrageait sourdement. Elle se rattrapa au menuet. Malgré une taille alourdie par de nombreuses grossesses, elle accomplit les figures avec brio, écrasant sa rivale, rouge et confuse de si mal danser. « Ses jambes n’arrivèrent pas comme vous savez qu’il faut arriver, raconte Mme de Sevigne ; la courante n’alla pas mieux ; elle ne fit plus qu’une révérence. » Cette guerre des femmes ne modifiait pas la situation. Louis XIV restait épris de sa maîtresse. « Je ne vois pas, notait encore l’épistolière, que les visites à ce carrosse gris aient été si publiques ; la passion n’en est pas moins grande. Il y a 10 000 louis d’envoyés, et un service de campagne en vermeil doré ; la libéralité est excessive, et on répand comme on reçoit. » Et quelques jours plus tard : « Le char gris est d’une beauté étonnante ; elle vient, l’autre jour, au travers d’un bal, par le beau milieu de la salle, droit au roi, et ne voyant ni à droite, ni à gauche ; on lui dit qu’elle ne voyait pas la reine : il est vrai ; on lui donna une place ; et quoique cela fît peu d’embarras, on dit que cette action d’une embevicida (enivrée) fut extrêmement agréable. »

Cependant, au fil des mois, l’enchantement du roi s’émoussait. Il constatait que ce qu’il avait pris pour de la fraîche naïveté, la grâce enfantine, n’était que manque d’esprit. Il voulait de l’esprit, du piquant, du mordant or Angélique n’avait rien de tout cela. On la jugea donc « sotte comme un panier ». Le 6 avril 1680, le roi la fit duchesse de Fontanges (terre qu’elle avait héritée de sa mère) et lui octroie une pension de 80 000 livres. Délaissée, Angélique de Fontanges se retire à l’abbaye de Chelles, où l’une de ses sœurs était Sœur Supérieure, pour pleurer sur son sort. On la disait alors « blessée dans le service ». C’est vers cette époque que le roi se retourna vers la marquise de Maintenon avec qui il entretenait de longues heures de conversation. Lors de son séjour à l’abbaye, la duchesse de Fontanges faillit être empoisonnée : en fait, son médecin lui avait prescrit de l’eau minérale qui était apportée ce soir-là dans six flacons. Le jour suivant, on s’aperçut qu’il y avait du poison dans ses flacons et que la duchesse avait eu la chance de ne pas boire cette eau car elle en serait morte. Malheureusement, l’auteur de cette tentative d’empoisonnement ne fut jamais découvert. Cependant, Marie-Angélique de Fontanges recouvra toute sa beauté et réapparut à la cour en août malgré sa grande faiblesse. Elle trouva que désormais le roi passait de longues heures avec Mme de Maintenon parce que celle-ci lui était devenue très indispensable. Louis XIV ne lui rendait que de visites de charité. En mars 1681, selon certains, Marie-Angélique de Fontanges aurait fait une deuxième fausse couche (cette fois une fille). Elle fut encore victime de fortes fièvres et sous les conseils de son confesseur, du repartir à l’abbaye de Port-Royal. Chancelante plus que jamais, elle devenait de jour en jour agonisante. Le roi envoyait le duc de La Feuillade ou le duc de Noailles, quérir de ses nouvelles presque tous les jours. Quelques jours avant sa mort, sous les conseils de son confesseur (qui désirait lui montrer combien coûtait de se détourner du Droit Chemin), le roi rendit visite à la pauvre duchesse qui n’était qu’une ombre d’elle. À la vue de la pauvre moribonde, Louis ne peut s’empêcher de verser d’abondantes larmes, ce qui fit dire la duchesse : « Je meurs contente puisque mes derniers regards ont vu pleurer le roi ! »

Marie_Angelique_8La belle Marie-Angélique de Scorailles de Roussille, duchesse de Fontanges meurt dans la nuit du 27 au 28 Juin 1681, à une heure et demie du matin. Elle était âgée d’à peine vingt ans. Le roi apprit la nouvelle par le duc de Noailles, auquel il répondit: « Quoique j'attendisse, il y a longtemps, la nouvelle que vous m'avez mandée, elle n'a pas laissé de me surprendre et de me fâcher... Faites un compliment de ma part aux frères et sœurs, et les assurez que, dans les occasions, ils me trouveront toujours disposé à leur donner des marques de ma protection. »

Après sa mort, la duchesse de Fontanges est inhumée dans l’ancienne église de Port-Royal, et son cœur est remis à sa sœur, abbesse de Chelles. Voici son acte de décès transcrit sur le registre de Saint-Jacques-du-Haut-Pas : « Dame Marie-Angélique de Scorailles de Roussille, duchesse de Fontanges, décédée le 28 juin 1681, dans la maison de l’abbaye de Port-Royal, sur la paroisse de Saint-Jacques, fut prise dans ladite chambre et transportée dans l’église du monastère où elle fut inhumée le 29 en présence de Mgr Anne-Jules, duc de Noailles, pair de France, premier capitaine des gardes du corps du roi, gouverneur général pour Sa Majesté des comtes de Roussillon, Conflans et Cerdagne, ami et parent de la défunte et de messire Anne-Joseph de Scorailles de Roussille, frère de ladite dame qui signèrent. »

Un an plus tard, à la messe du « bout de l’an », Louis XIV fondera à perpétuité un service annuel pour le repos de l’âme de sa « très chère et bien-aimée cousine, la duchesse de Fontanges », moyennant 6 000 livres pour les religieuses de Port-Royal. Un geste qu’il ne fera ni pour Mme de Montespan ni pour Mlle de La Vallière.

À la mort de la duchesse, on est alors en plein affaire de Poisons. On accusa très vite Athénaïs d’avoir empoisonné Marie-Angélique de Fontanges dans du lait. La Palatine précise : « La Montespan était un diable incarné; mais la Fontanges était bonne et simple, toutes deux étaient fort belles. La dernière est morte, dit-on, parce que la première l'a empoisonnée dans du lait; je ne sais si c'est vrai, mais ce que je sais bien, c'est que deux des gens de la Fontanges moururent, et on disait publiquement qu'ils avaient été empoisonnés ».

Lors des interrogatoires des sorcières et devins, certains d’entre eux parlent d'un complot qui visait à empoisonner Angélique de Fontanges. Ainsi, la Monvoisin, fille de l'empoisonneuse La Voisin, accuse des complices de sa défunte mère d’avoir projeté l’empoisonnement de la duchesse de Fontanges. Deux hommes dénommés Romani et Bertrand sont arrêtés en 1680. Le premier est accusé d’avoir voulu vendre des étoffes empoisonnées à Mlle de Fontanges ; le second, d’avoir tenté de remettre à la jeune femme des gants imprégnés de poison. Les accusés prononcent le nom de Claude de Vin des Œillets, dame de chambre de la marquise de Montespan. Cependant, il faut savoir que les prisonniers avaient la possibilité de communiquer entre eux en prison et il semble qu'ils se soient mis d'accord pour dire le plus souvent les noms de Madame de Montespan et de Mademoiselle de Fontanges, espérant ainsi ne pas être torturés ; de ce fait, leurs témoignages peuvent être montés de toutes pièces.

Il apparaît également que la Filastre, faiseuse d’ange et également empoisonneuse, ait voulu entrer au service de la duchesse de Fontanges. Lorsqu'on l'interroge, la Filastre nie avoir voulu assassiner la favorite royale : elle souhaitait juste entrer comme domestique au service de la duchesse afin de subvenir aux besoins de sa famille. Cependant, soumise à la question, elle avoua avoir agi pour le compte de la marquise de Montespan : la favorite déchue désirait la mort de sa jeune rivale et retrouver l’amour du roi. Avant d’être exécutée, la Filastre revient sur ses déclarations : « Tout ce que j’ai déclaré est faux. Je ne l’ai fait que pour me libérer de la peine et de la douleur des tourments et dans la crainte qu’on me rappliquât la question. Je vous dis tout cela car je ne veux pas mourir la conscience chargée d’un mensonge. »

Il semble que la marquise de Montespan n’ait jamais cherché à faire assassiner Mlle de Fontanges en l'empoisonnant. Qui plus est, toutes les tentatives d’empoisonnement échouèrent. Si l'ancienne favorite du roi avait été à l'origine de ces complots, il aurait été facile pour elle de faire entrer les empoisonneurs au sein de la Cour.

Pour ne pas voir sa maîtresse compromise, le roi ne demanda pas à ce que l’on fasse l’autopsie du corps (ce qui ne fait qu’amplifier des doutes) mais à la demande de la famille d’Angélique, finit par le faire. Les médecins diagnostiquèrent « une tuberculose avec une pourriture totale des lobes droits du poumon » et « de l’eau dans le membrane enveloppant le cœur qui a pour conséquence l’augmentation du volume de foie, ce que l’on appelle le foie gras ». Ainsi les résultats de l’autopsie n’ont rien avoir avec les pertes du sang de la duchesse à partir de 1680. Mme de Caylus écrit « cette fille s'est tuée pour avoir voulu partir de Fontainebleau le 13 mai (1680), le même jour que le roi quoiqu'elle fut en travail et prête à accoucher. Elle fut depuis toujours languissante ». Selon Ernest Lavisse et Bernard Noël, « Deux fausses-couches lui firent perdre la faveur du roi ». Il semble aussi que les médecins auraient pensé que la duchesse ait été victime d’un avortement raté. Mais ça semble impossible puisqu’à cette époque toutes les favorites royales rêvaient d’avoir des enfants du roi pour renforcer leurs positions à la cour. Bien de siècles plus tard, à la fin du siècle précédent, un spécialiste professeur en gynécologie, Yves Malinas qui conclura que la duchesse de Fontanges serait morte d’un cancer de l’utérus. Après l’accouchement, un morceau de placenta serait resté dans l’utérus par erreur, ce qui aurait provoqué ces pertes de sang. Donc il semble impossible qu’elle soit tombée enceinte pour la deuxième fois puisqu’à cette époque, elle avait de nombreuses pertes de sang.

La légende veut qu'en 1695, le fantôme de Marie-Angélique apparaisse au roi alors qu'il vient de se coucher. La duchesse lui aurait alors demandé de se défaire de la marquise de Maintenon, et lui aurait rappelé que lorsqu'elle était encore vivante, il lui avait juré plusieurs fois qu'elle était la femme qu'il aimait le plus, et qu’aujourd’hui elle était bien désolée de voir qu'il l'avait si vite oublié dans les bras d'une autre.

La duchesse lui aurait également dit que le renvoi de Mme de Maintenon était la seule solution pour alléger sa future peine au purgatoire, car c'était là qu'elle se trouvait, et que le roi se trouverait après la mort. Elle aurait dit également à Louis XIV que ses années de règne étaient comptées et que bientôt, il viendrait la rejoindre, qu'elle l'attendait. Elle déclara enfin que c'était Mme de Montespan qui l'avait fait empoisonner, et conjura Louis XIV de délaisser pour de bon Mme de Montespan et de se tourner uniquement vers Dieu.

 

D'après Madame de Montespan de Jean-Christian Petifils