Issue d'une famille d'origine irlandaise, Marie-Louise ou Louison née à Rouen le 21 Octobre 1727. Elle est portée plus tard le 13 Décembre 1737 sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eloi par Louis-Jean-Baptiste Gondoüin et Marie-Anne O'Brienne. Le père de Louison, Daniel O'Murphy ou Morfi, officier du roi de France, est un Irlandais émigré en France avec son père, prénommé comme lui Daniel Morfi à la fin du XVIIe siècle. Ce dernier l'avait marié en Janvier 1714 à la belle Marguerite O'Hicky ou Iquy, d'origine irlandaise également. La mère de Louison, revendeuse à la toilette négocie le pucelage de ses filles dès que celles-ci deviennent nubiles. L'aînée Marguerite-Louise, née en 1724 ou 1725, vit en ménage avec le sieur Jean-Henry Melon, joueur professionnel ; la seconde, Marie-Brigitte, née en 1727, décrite comme "le laideron de la famille", fabrique des perles de pacotille ; tandis que les deux autres, Marie-Madeleine ou Magdelon et Marie-Victoire nées respectivement en 1729 et 1732, appartiennent à l'Opéra-Comique, sérail de toutes les voluptés. Ces dernières collectionnent aussi beaucoup d’amants et se font entretenir par ces derniers lorsqu’ils sont riches. Marie-Louise a aussi deux frères ; Jean-François, né le 4 Octobre 1719 et Michel-Augustin né avant Avril 1730. Pourtant si on compte bien, on peut déduire que le couple Morfi n'a eu que sept enfants. Pourtant Louison avait huit sœurs et pas moins de trois frères car on recense douze actes de baptême dans les registres des paroisses Saint-Eloi et Saint-Sauveur entre 1714 et 1737. Le couple Morfi aura donc perdu cinq enfants en bas âge.

 

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La petite Louison semble suivre le destin de ses sœurs aînées. Dès qu'elle fait sa première communion, elle entre chez une couturière maquerelle et pose pour les peintres. L'arrivée de Casanova dans la capitale va bouleverser son destin. Giacomo Casanova arrive à Paris vers 1750 et va s'installer chez une dame Quinson, tenancière d'une maison meublée rue Mauconseil, près des logements de la famille Morfi. Car Victoire demeure rue des Deux-Portes de Saint-Sauveur ; les parents Morfi et Brigitte, à l'angle des rues Beaurepaire et Montorgueil ; à la rue Comtesse-d'Artois, logent Marguerite et le sieur Melon qui font office des parents pour le jeune fils de Victoire ; Magdelon quant à elle, rue Pavée-Saint-Denis. Dans la capitale, Casanova fait la connaissance d'un certain Claude-Pierre Patu, avocat au parlement de Paris (1729-1757), poète à ses heures et fin connaisseur des bordels parisiens et l‘un des protagonistes de l‘ascension de la petite Louison. Les deux hommes se lient alors d'amitié et déjeunent même ensemble au Palais-Royal et aux Tuileries et fréquent tous deux des bordels parisiens.

C'est durant l'été 1750, à l'Opéra-Comique à la foire Saint-Laurent que les deux jeunes amis font la connaissance des deux sœurs Morfi : Magdelon et Victoire. Magdelon devient la maîtresse de Patu et invite ce dernier ainsi que Casanova après l'Opéra pour le dîner dans la maison de Victoire rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur car elle profite parfois de ce logement. C’est dans cette maison qu’il rencontre la petite Louison et s’inventera toujours un rôle dans l’ascension de la petite Louison. Après être ébloui par cette jeune fille « blanche comme un lys » et à la beauté incomparable, Casanova décide de la faire peindre. Il dépense six louis pour la peindre toute nue par un peintre allemand qui selon les experts, le suédois Gustave Lundberg. Pourtant la pose de la petite Morphy ressemble étrangement à « l’Odalisque Blonde » de François Boucher. La petite Morfi « était couchée sur son ventre, s’appuyant de ses bras et de sa gorge sur on oreiller, et tenant sa tête comme si elle était couchée sur son dos ». La version la plus plausible parait celle-ci : Marie-Louise aurait été présentée par l’une de ses sœurs vers les années 1750-1751 au peintre François-Boucher. Subjugué par cette beauté naissante et qui tranche avec les petits modèles ramassés dans le ruisseau de Paris, le peintre décide de lui consacrer un véritable tableau. Cette toile aurait été soumise au marquis de Marigny, frère de la marquise de Pompadour, qui l’avait commandée pour l’arrière-petit-cabinet de sa chambre de l’ancien hôtel de Lesdiguières, rue Saint-Thomas-du-Louvres, qu’il vient d’aménager. Sur le tableau, Marie-Louise est superbe et parait vierge. Elle a donc tout pour plaire au roi. Vers cette époque, elle est mise dans un couvent pendant six mois pour faire sa première communion, apprendre des bonnes manières et pour être mise à l’abri c’est-à-dire pour préserver sa virginité.

En 1752, une autre version du tableau est exécutée et présentée au roi, probablement par le marquis de Marigny. Le roi tombe tout de suite sous le charme de l’œuvre et donne à Dominique-Guillaume Lebel, son premier valet de chambre, le soin de lui ramener la jeune fille. Lebel est aussi chargé de s’occuper des plaisirs de sa Majesté y compris aussi lui pourvoir quelques petites maitresses jeunes, vierges et d’obscure naissance. Lebel œuvre alors pour mettre la petite Morphy dans le lit du roi. Il se rend chez la Fleuret, couturière-maquerelle, qui l’aurait abouché avec la mère de Marie-Louise connue pour marchander le pucelage de ses filles dès que celles-ci deviennent nubiles. La petite Louison ayant réussi son examen de passage dans l’entresol de la Fleuret, peut désormais aller « servir » le roi. Les premières rencontres entre Marie-Louise et le roi sont situées dans les derniers mois de l’année 1752 dans les jardins du château de Choisy, où Louis XV reçoit normalement ses favorites. On montre la petite Morfi au roi sur son passage pour s’assurer qu’elle lui plait. Le roi fait donner 200 louis aux parents de la petite fille et 100 louis à l’entremetteuse et se fait maitre de la jouvencelle. Ainsi il aura les prémices de la virginité de Marie-Louise. Les premiers mois de la passion amoureuse entre Louis XV et Marie-Louise se passent dans le plus grand secret hormis quelques mémorialistes tels que le duc de Cröy qui sont au courant. Les autres courtisans ne mettront au jour cette idylle qu’au printemps 1753. Dans l’entretemps, les rencontres de la jeune fille et du roi se passent dans la chambre de Lebel, appelée le trébuchet (parce qu‘on y prend des petits oiseaux). Ensuite, le roi installe sa petite maitresse dans une maison bourgeoise à Versailles avec une gouvernante. Cette demeure est située dans le quartier dit du Parc-aux-Cerfs (notre actuel quartier Saint-Louis). Outre sa beauté, Marie-Louise séduit également Louis XV par sa gaîté, sa jeunesse, sa naïveté, ses grâces enfantines, sa douce timidité ainsi que son innocence. Aussitôt la petite Morfi connue, elle suscite la curiosité chez certains gens y compris la Reine. Elle gagne aussi dans les bordels parisiens, le surnom de « Sirette », le féminin de Sire. Le roi devient de plus en plus épris de sa petite maitresse au point d’imiter ses mots parfois « vulgaires ». Pour rejoindre le roi au moment où il la réclame, Marie-Louise a à sa disposition deux chevaux et une voiture. Lorsqu’il est raison des voyages de la Cour, la petite Murphy fait partie des bagages suivant ainsi le roi dans tous ses déplacements.

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Ce tableau intitulé "La Visitation" de Joseph-Marie Vien représenterait Marie-Louise O'Murphy sous les traits de la Vierge et Mme de Pompadour sous les traits de sa cousine, Sainte-Elisabeth

 

Pour elle, le roi fait casser plusieurs voyages quotidiens de la Cour comme celui de Marly prévu le 1er Mai 1753. Ou un beau jour du printemps 1754, où la Marquise proposant au roi d’aller à Bellevue, celui-ci refuse pour rester à Versailles auprès de la petite Marie-Louise. Le roi fait instruire aussi sa maitresse en lui apprenant « à lire, à écrire et à prier Dieu, comme un maitre de pension », lui enjoignant même de dire ses prières avant d’aller au lit. Ainsi au jour de l’an 1754, on remarque à la messe, une très jeune et très jolie personne qui n’est autre que « la demoiselle qui loge au Parc-aux-Cerfs. » Celle qui est surnommée « Morphise » par les courtisans cause bien de vives inquiétudes chez la marquise de Pompadour. Maitresse-en-titre de Louis XV, même si elle ne partage plus son lit depuis 1750, la marquise de Pompadour est celle qui veille sur la sexualité du roi. Elle lui pourvoie quelques belles et neuves filles sans danger puisque sans éducation. Mais cette fois, le roi a pris une nouvelle maitresse sans la consulter. Les courtisans de leur côté, en bons serviteurs de Sa Majesté présentent leurs hommages à la Morphise. D’autres comme le marquis d’Argenson, ennemis jurés de la Marquise vont en elle la disgrâce prochaine de la favorite royale. Le crédit de la Morphise augmente de jour en jour à tel point que Monseigneur Durini, le nouveau nonce apostolique du Pape Benoît XIV et tient informé à Sa Sainteté l’ascension de la Morphise et la chute de la Marquise. Il ajoute : « On lui a fait apprendre la danse et autres arts d’agrément pour la produire à la Cour ». En fait, comme D’Argenson, le nonce espère aussi en la prochaine disgrâce de la Marquise car il a tout à gagner en la faveur de la petite Morphise. Marie-Louise est d’origine Irlandaise et jacobite, parti qui soutient ardemment la dynastie des Stuart sur le trône d’Angleterre occupé par les Hanovre. De plus, la Marquise soutient le parti « philosophique » et vit notoirement dans l’irréligion. Cette bonne petite Irlandaise catholique ne peut que soutenir la politique de Rome. Mais il n’en est rien, la petite Morphise n’a jamais menacé la Marquise. Car elle est son instrument utilisé contre le parti dévot. La Marquise espérant ainsi qu’en mettant Morphise dans le lit du roi, elle éloigne ce dernier de ses devoirs religieux. Durant sa faveur, Marie-Louise n’oublie pas sa famille. D’abord mise en écart à cause de la réputation des sœurs de la Morphise pendant quelques mois (Madeleine et Victoire durent quitter l‘Opéra-Comique et partirent en province pour quelques mois), elle refait surface vers la fin 1753.

Outre son père qui meurt de « joie » le 18 Juin 1753 à Paris, sa mère et ses sœurs peuvent vivre de façon bourgeoise à Paris. Ainsi la mère de Morphise est-elle installée confortablement rue Sainte-Apolline où elle occupe un vaste appartement composé de six pièces de plain-pied, chose rare pour l’époque. Cette dernière sera rejointe plus tard par Madeleine et Victoire. Pour être plus présentables, la première épouse un certain Simon Bourlier, et la deuxième, un certain Daniel Lavabre, caissier du banquier Salles du Fezq. Quant au couple Melon, il s’installe rue Saint-Honoré (le quartier Montorgueil n‘étant plus habitable).

Dans le mois de Décembre 1753, Morphise se retrouve enceinte du roi et les premiers symptômes apparaissent. Morphise se voit privée du voyage de la Cour à Fontainebleau. Durant sa grossesse, elle reçoit des visites fréquentes du roi, venant prendre des nouvelles où l’état de santé de la jeune fille. Quelques jours avant l’accouchement, Morphise quitte Versailles pour Paris et accouche finalement le 30 Juin 1754 d’une fille baptisée le même jour par le curé de la Paroisse de Saint-Paul et ayant pour parents Louis Saint-Antoine, ancien officier d’infanterie, et Louise-Marie de Berhini, de personnages imaginaires, et prénommée Agathe-Louise de Saint-Antoine de Saint-André en raison de la rue où demeurent ses prétendus parents. A peine Morphise se remet-elle de ses couches que son enfant lui est arrachée et mise en nourrice. Après ses couches, Morphise retourne à la Cour pour reprendre service auprès du roi. Celui-ci semble de plus en plus épris d’elle. La naissance de la petite Agathe aura donc réconforté la position de la jeune Morphise. Depuis cette grossesse, la jeune femme a engraissé et se trouve alors embellie. Le teint est devenu plus blanc, les formes plus épanouies et elle est plus que jamais la maitresse du roi.

Pourtant une bonne nuit de Novembre 1755 bouleverse tout. Sans autre raison valable, la Morphise a reçu l’ordre de quitter Versailles pour Paris avec toutes ses malles et de se marier. Pourquoi donc cette disgrâce si soudaine ? Morphise aurait dit un jour à Louis XV : « En quels termes êtes-vous avec votre vieille femme ? », allusion insultante désignant la Marquise. Et le roi se mit en colère en pensant en instant que c’est de la Reine dont elle parlait. On prétend que Morphise avait été manipulée par la maréchale d’Estrées rentrée en relation avec elle par complaisance pour le roi. Ancienne amie de la Marquise, la Maréchale s’en était éloignée. Elle voulait se venger de la favorite-en-titre en utilisant Morphise et en lui soufflant cette phrase assassine. Casanova, lui, prête cette phrase à la duchesse de Valentinois, petite-fille de Saint-Simon et belle-sœur du prince de Monaco. Quoi qu’il en soit, la Maréchale d’Estrées reçut l’ordre de quitter la Cour et de se retirer sur ses terres. Mais la disgrâce de Morphise n’eut rien à avoir son imprudence mais plutôt au renouement de Louis XV avec le Clergé. Madame de Pompadour menant guerre avec le « parti dévot », pensa mettre Morphise dans le lit du roi pour éloigner ce dernier de ses devoirs religieux. Mais le parti dévot ayant gagné cette guerre, Louis XV et la Marquise acceptent la défaite et se tournent vers la dévotion. Soucieux de se rapprocher de Rome et des dévots, Louis XV renvoie Morphise parce qu’elle représente un obstacle pour sa politique.

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Le 27 Novembre 1755, à la paroisse de Saints-Innocents, Morphise épouse sur ordre du roi à Jacques de Pelet de Beaufranchet, seigneur d’Ayat. Né le 5 Mars 1728, Jacques de Beaufranchet est aide-major d’infanterie du régiment de Beauvoisis. Le jeune homme vient de par son père, Amable de Beaufranchet, d’une famille de noblesse auvergnate remonte au XIIIe siècle. Et par sa mère, Françoise de Sirmond, il se trouve apparenté au confesseur de Louis XIII, Jacques de Sirmond. Outre la seigneurie d’Ayat, le jeune époux est aussi seigneur de Beaumont, Grandmont et autres lieux,… Pour permettre à Morphise de faire bonne figure devant sa belle-famille, on l’a affublée du nom de Morfy de Boisfailly, « fille de Daniel Morfy de Boisfailly, gentilhomme Irlandais », alors que son père n’était qu’un simple officier du roi de France. Malgré l’ancienneté des Beaufranchet et plusieurs seigneuries en apanage, la famille vit dans la plus totale misère vue de Versailles. Leurs « 800 livres de rente » ne leur permet que de vivre dans le fin fond de la province sans jamais en sortir. Si Jacques de Beaufranchet a accepté d’épouser Morphise c’est à cause de sa qualité en tant qu’ancienne maitresse royale. En fait, pour subvenir aux besoins de son ancienne maitresse, Louis XV fait doter Morphise à 200 000 livres. Les revenus de la dot de Morphise, permettent à ce jeune couple de vivre dans l’aisance à Paris et dans le faste en province. Outre la valeur de la dot, Morphise conserve ses bijoux qui s’estiment à 1 000 livres, garde aussi « sa toilette et ses dépendances », et son carrosse attelé de deux chevaux. Bref, tout ce qu’elle a reçu pendant sa faveur.

Pour prix de la complaisance de Jacques de Beaufranchet, on donne à ce dernier 50 000 livres. Bénéficiant de hautes protections, le jeune Beaufranchet est fait un an après, capitaine, et pourvu d’une compagnie. De par son mariage avec Jacques de Beaufranchet d’Ayat, Morphise devient par conséquence la tante par alliance du général Desaix, celui-ci étant le fils d’Amable de Beaufranchet (sœur ainée de Jacques de Beaufranchet) et du chevalier Gilbert-Antoine des Aix de Veygoux. Après le mariage, le jeune couple se dirige en Auvergne, au manoir d’Ayat. C’est une grosse maison de pierre noire en ruine qui n’a rien d’attrayant. La jeune Morphise âgée maintenant de dix-huit ans, habituée au luxe de Versailles, ne peut qu’être choquée. Néanmoins, malgré l’exil de Morphise, le roi n’abandonne pas totalement son ancienne maitresse. Ainsi, aurait-il chargé le comte d’Argenson d’être en relation avec l’intendant d’Auvergne pour l’informer de la situation de l’exilée. Plusieurs courriers seront échangés entre Louis XV et la Morphise. Malgré cela, Morphise s’ennuie à mort dans ce manoir familial.


L'église d'Ayat sur Sioule (Marie Louise résidera au manoir d'Ayat de 1755 à 1759)

Au début de l’année 1756, Morphise se retrouve enceinte de son époux. Le 30 Octobre 1756, elle accouche d’une fille aussitôt baptisée en l’église Sainte-Hilaire d’Ayat. L’enfant est prénommée Louise-Charlotte-Antoinette-Françoise ayant pour parrain et marraine, le marquis de Lugeac (qui, avec le prince de Soubise, a œuvré pour trouver de mari à Morphise) et sa grand-mère paternelle. Comme le marquis de Lugeac n’est pas là, c’est le grand-père paternel qui le représente.

Morphise tombe de nouveau enceinte et le 22 Novembre 1757, donne naissance à un deuxième enfant, cette fois-ci, un garçon prénommée Louis-Charles-Antoine et baptisé le jour même dans la chapelle du château. Le nouveau-né a pour parrain, le prince de Soubise, présenté par l’un de ses officiers, du régiment de Beauvoisis, Charles de Beaufranchet, qui n’est autre que son oncle paternel. En fait, le deuxième enfant de Morphise est né posthume car son père a été tué durant la bataille de Rossbach le 5 Novembre 1757, soit deux semaines plus tôt. La mort du mari s’avère être une catastrophe économique. Ce dernier touchait en effet 10 000 livres de rente sur la Compagnie des Secrétaires du Roi et sa mort a soudainement interrompu les versements. Pour résoudre ces problèmes, Morphise cherche conseil auprès d’un homme d’affaires, un certain Desmarets, mais les dettes ne cessent de s’accroitre. Les gages des domestiques ne sont plus payés, les fournisseurs du château s’impatientent et les dépenses de Morphise se multiplient de plus en plus. Pour couronner le tout, la petite Louise-Charlotte tombe malade et ses frais de soin creusent de plus en plus la dette. En Avril 1759, les dettes s’accumuleront à plus de 4 000 livres. Dans l’entretemps, le 6 Février 1759, la petite Louise-Charlotte est morte de maladie et est inhumée sous le transept comme tous les seigneurs d’Ayat. Après la mort de sa petite fille, Morphise prend ses distances avec sa belle-famille. Elle quitte le manoir d’Ayat pour s’installer dans une des plus belles maisons de Riom, appartenant à Antoine de Sirmond, parent de sa belle-mère. Ces éloignements ne peuvent que la brouiller avec sa belle famille. Très vite, elle se résout à se trouver de mari.

Le 19 Février 1759, elle épouse à l’Eglise Saint-Jean de Riom, François-Nicolas Le Normant, écuyer et seigneur de La Gravière, avec l‘accord du roi. François-Nicolas Le Normant bien que de fraiche noblesse, est receveur des tailles de l’élection de Riom et a plusieurs domaines dont Maupertuy et de La Gravière qui s’estiment à plus de 300 000 livres ainsi qu’un bel hôtel et plusieurs maisons de Riom. Veuf depuis trois enfants et ayant eu deux enfants du premier lit, c’est un solide financier. François-Nicolas Le Normant est aussi apparenté aux Le Normant d’Etiolles (belle famille de Mme de Pompadour). Après son mariage avec François-Nicolas Le Normant, les relations de Morphise et de sa belle famille se détériorent complètement. En se mariant, Morphise prive les Beaufranchet de leur fortune et peut aussi valoir ses droits sur la seigneurie d’Ayat au nom de son jeune fils, Louis-Charles-Antoine. Un long procès s’entamera alors entre Morphise et son ancienne belle famille.


Victoire, soeur de Marie-Louise ("l'odaisque brune" par Boucher, le Louvre)

A peine mariée, Morphise entraine son époux à Paris, où s’entame le long procès entre elle et les Beaufranchet. Une autre difficulté ; Marie Louise étant encore mineure aux yeux de la loi (elle avait vers cette époque 22 ans, l‘âge de la majorité étant 25 ans), ne peut valoir ses droits. Néanmoins, elle est secondée par sa famille à commencer par sa mère, ses beaux-frères : Simon Bourlier et Jean-Henry Melon, et ensuite sa nouvelle belle famille. Le procès durera presque un an. L’ex-beau-père de Morphise consent que les 10 000 livres de rente sur la Compagnie des Secrétaires du Roi seraient touchés, reçus et perçus par les époux Le Normant. En contrepartie, Morphise renonce ses droits à la seigneurie d’Ayat et grâce à l’appui du prince de Soubise, les Beaufranchet bénéficiait d’une pension de 2 000 livres - en reconnaissance des services rendus par leurs fils - qu’ils toucheront jusqu’à leur mort en 1775. Désormais riche et libre, Morphise partage son temps entre Paris et Auvergne où son époux achète en 1765, la terre et seigneurie de Flaghac à Saint-Georges-d’Aurac.

Château de Flaghac

Le château de Flaghac (Marie Louise l'achète en 1765)

Les époux Le Normant s’empressent d’ajouter la couronne comtale sur les armoiries de leur carrosse, titre qui leur sera reconnu par lettres patentes de 1776. Dès lors, le comte et la comtesse de Flaghac sont de toutes les fêtes, et de gens de qualité très connus dans toute la province. Mais il arrive parfois à Morphise de prendre ses malles pour Paris où elle peut rester des semaines voire des mois. Dans la capitale, Morphise mène grand train, s’étourdit dans les bals, les Opéras et fait des folles dépenses pour ses robes, ses bijoux, sa toilette,… Après neuf ans de mariage stérile, Morphise donne naissance le 5 Janvier 1768 à une fille, prénommée Marguerite-Victoire en l’honneur de sa tante maternelle qui sera choisie comme marraine. Lors du baptême de l’enfant quelques jours plus tard à l’Eglise Saint-Jean de Riom, c’est Marie Lamadon, femme de chambre de Morphise qui représente la marraine. Cette naissance survenue neuf ans après le mariage tient du miracle. En effet, il est fort probable que la petite Marguerite-Victoire ait pour père le Roi lui-même ! Depuis la mort de la marquise de Pompadour en 1764, le Roi menait une vie rangée et ne prit plus de petites maitresses. Vainement quelques dames de la Cour essayèrent d’obtenir la place vacante de favorite-en-titre, mais leurs espoirs se révélèrent faux.

Il semble que c’est à cette époque que Louis XV aurait rappelé auprès de lui Morphise, ce qui explique les visites incessantes de Marie-Louise à Paris. Outre les curieux documents déposés chez le notaire de Morphise, maitre Duclos du Fresnoy, successeur de Patu, qui attestent les origines royales de Marguerite-Victoire, il y a aussi les sommes versées par le roi à l’égard de Morphise : le 7 Novembre 1771, un montant de 150 000 livres et quatre mois plus tard, un autre montant de 150 000 livres et dernièrement le 15 Novembre 1772, un montant de 50 000 livres. En tout, 350 000 livres durant les années 1771-1772 pour assurer l’avenir de la petite Marguerite-Louise. Même lorsque plus tard, Marguerite-Victoire épouse en 1786, le comte de Chouzy, on peut remarquer en bas du contrat du mariage, les signatures de toute la famille royale ainsi que deux membres du gouvernement. Et sous la Restauration, Charles X attribuait à Marguerite-Victoire une indemnité de 2 000 francs par an sur ses fonds particuliers et la faisait inscrire pour une pension viagère de 3 000 francs sur sa liste civile. En 1772, Morphise fait la connaissance de Joseph-Marie Terray « chevalier, ministre d’Etat, conseiller ordinaire au Conseil Royal, contrôleur général des finances, abbé comandataire de l’abbaye de Molesme, commandeur et secrétaire des ordres du Roi », dont le neveu, Charles-François du Myrat « chevalier, colonel d’infanterie, seigneur de Genouilly, de Châteauneuf et autres lieux » vient d’épouser Marie-Antoinette-Joséphine Le Normant, issue du premier lit du comte de Flaghac. Malgré ses 30 ans passés, Morphise est encore une femme d’une insolente beauté dont l’âge mûr a encore aiguisé le tempérament au demeurant voluptueux. C’est alors qu’une longue liaison s’entame entre la comtesse de Flaghac et l’Abbé Terray. Celui-ci ne cessera d’accorder des faveurs au couple Le Normant du temps de son vivant. Ainsi même dans son testament rédigé à la fin de l’année 1776, Terray lègue au couple Le Normant « sa maison de la rue Notre-Dame-des-Champs » et octroie à Morphise 6 000 livres « de rente viagère à prendre sur la succession ». Quant à Marguerite-Victoire, elle reçoit 120 000 livres dont pourra jouir sa mère avant le mariage de sa fille, ainsi que des instruments musicaux et des partitions manuscrites ou gravées en possession de l‘Abbé au moment de sa mort.

L’année 1773 voit le retour de la petite Agathe, fille-bâtarde de Marie-Louise et du Roi. Après avoir reçu une bonne éducation au couvent du Précieux-Sang, la petite Agathe est maintenant en âge de se marier. Ressemblant au roi son père comme deux gouttes d’eau, riche et très protégée, la petite Agathe s’avère être un excellent parti. On pense d’abord la marier à Adolphe Du Barry, neveu par alliance de la comtesse du Barry. Mais Louis Yon, précepteur de la petite Agathe s’oppose à cette union regardant les Du Barry comme une famille « des tarés ». Agathe sera finalement mariée le 29 Décembre 1773 à Mans-Jean-René de la Tour du Pin, comte de la Charce en la paroisse de Madeleine. Celui-ci vient d’une famille ancienne remontant au XVe siècle mais en manque d’argent. La dot de la petite Agathe serait donc la bienvenue. Brillamment mariée, la petite Agathe fait ses premiers pas à la Cour grâce à l’appui de la comtesse du Barry, favorite toute puissante de Louis XV. Hélas, elle ne profita pas longtemps de sa situation car elle mourut neuf mois après le 6 Septembre 1774 probablement en couches.

En 1772, le comte de Flaghac se porte acquéreur de la charge de l’Impôt du Vingtième créée par l’Abbé Terray pour pérenniser et rationaliser la perception de cet impôt. La somme d’achat de cette charge est estimée à 650 000 livres (ce qui n‘a jamais été vérifiée) ce qui est une somme faramineuse. Le comte de Flaghac est obligé en premier lieu de vendre sa charge de receveur des tailles de Riom. Morphise sera la créancière de son époux en lui avançant les sommes reçues par le roi. Le reste du paiement de cette charge est faux et l’argent des donations n’a jamais existé. Mais le comte et la comtesse de Flaghac, bénéficiant de hautes protections, parviennent à payer la charge (même sous des faux paiements) et une pension de 12 000 livres est accordée par le Roi à Morphise sur la charge de son époux. Mais cette réjouissance sera de courte durée : à l’avènement de Louis XVI, Terray sera renvoyé et Turgot, le nouveau ministre du roi supprimera cette charge. Néanmoins, le comte de Flaghac est remboursé à 300 000 livres pour dédommagement, et 112 000 livres pour compenser les pertes subies lors de la suppression de la charge. Quant à Marie-Louise, bien qu’ayant fourni l’autre moitié mais en fausses rentes, elle ne recevra qu’un simple bordereau, c.à.d. une reconnaissance de dette sur le Trésor et perdra plus de 100 000 livres.

Dans les années 1780, la fortune de Marie-Louise s’estime à 2 000 000 livres. Les époux Le Normant quittent leur maison de la rue Notre-Dame-des-Champs pour un bel hôtel particulier de la rue du Faubourg-Poissonnière. Et en 1782, le couple achète aussi le château de Migneaux pour y passer la belle saison à quelques lieux de la capitale.


Château de Migneaux

Le château de Migneaux près de Poissy (demeure de Marie Louise de 1782 à 1785)

Le couple mène alors un train de vie dispendieux et plusieurs domestiques à leur service. Le comte de Flaghac ne profite pas de cette vie féerique car il meurt brutalement le 26 Avril 1783. Morphise tente de récupérer les 12 000 livres de rente que son mari touchait sur le Trésor Royal. Les négociations trainant, Morphise rencontre le bel Antoine Valdec de Lessart, maitre des requêtes au Conseil du Roi, à peine plus jeune qu‘elle. Celui-ci devient vite son amant (leur liaison ne sera officielle qu’en 1788) l’aide dans ses négociations de succession. Finalement Louis XVI accordera les 12 000 livres à l’ancienne maitresse de Louis XV et ce n’est pas tout. Pour réparer les frasques de leurs pères, Mesdames (filles de Louis XV) accorderont 1 800 livres de rente à Marguerite-Victoire Le Normant sur 1 260 livres à Louis-Charles de Beaufranchet. Quant à Morphise, elle percevra 3 000 livres jusqu’à sa mort. En 1785, elle vend son château de Migneaux et jette son dévolu sur celui de Soisy-sous-Etiolles, près de la forêt de Sénart.


Louis-Charles-Antoine de Beaufranchet d'Ayat (le fils de Marie Louise né de son premier mariage)

En Août 1783, le jeune Beaufranchet épouse une demoiselle de Guyot de Montgran. Et en tant que parrain du marié, le prince de Soubise vient signer au contrat. Trois ans plus tard, la jeune Marguerite-Victoire Le Normant épouse le 24 Février 1786, Jean-Didier Mesnard de Chouzy, on peut remarquer en bas du contrat du mariage, les signatures de Leurs Majestés Louis XVI et Marie-Antoinette et de la famille Royale ainsi que deux membres du gouvernement. Ce mariage fut le triomphe de Marie-Louise. Et c’est vers cette époque aussi, qu’elle refera changer son nom fantaisiste de Boisfailly en Morfi (son nom de famille). Sentant venir sa fin prochaine, le comte de Flaghac avait dicté à son notaire que tous ses biens auvergnats ainsi que sa charge de maitre d’hôtel du comte d’Artois revenait à son fils ainé Jean-Jacques Le Normant de Flaghac puisque la sœur de ce dernier, Marie-Antoinette-Joséphine Le Normant, épouse Myrat, était morte sans postérité. Et que Marguerite-Victoire conservait l’hôtel de la rue Faubourg-Poissonnière avec 210 000 livres en argent comptant. Pour lui témoigner son amitié, le comte de Flaghac faisait de son épouse, son exécutrice testamentaire tout en ne lui léguant rien.

En 1787, le fils ainé du comte de Flaghac refait surface pour s’approprier des biens laissés par son père. De plus, sa fille étant mineure, elle devient par conséquent sous la tutelle de son époux. Et celui-ci pouvait agir contre sa belle-mère. En redoutable tacticienne, Morphise s’installe chez sa fille et son beau-fils, rue Taitbout. Pour parvenir à ses fins, elle est prête à tout, y compris révéler à sa fille, ses propres origines. Finalement le couple Chouzy abandonnera toute poursuite contre Morphise le 18 Mars 1788. La signature sera annoncée un mois plus tard, le 18 Avril 1788, à Jean-Jacques Le Normant. Un an plus tard, c’est le beau-frère de Marie-Louise, Jean-Jacques Le Normant de Maupertuis qui abandonna aussi son neveu. Jean-Jacques Le Normant continuera de lutter pendant deux ans encore et en Août 1791, il rend les armes. On est alors en pleine Révolution et la Royauté se trouve de plus en plus ébranlée depuis la fuite de Varennes. Marie-Louise accepte alors de reconnaitre son fils comme propriétaire de tous les biens auvergnats ainsi que la charge de maitre d’hôtel du comte d’Artois (devenu bien inutile suite à l’émigration du Prince en étranger). Jean-Jacques Le Normant recevait aussi de sa belle-mère, une soulte supplémentaire de 54 000 livres. Mais le nouveau comte de Flaghac abandonne ses droits à sa belle-mère et retourne en Auvergne en attendant que le calme revienne dans la capitale. De son côté, le 23 Juin 1792, Morphise prend ses bagages, et avec enfant et petits-enfants, embarque dans un endroit plus sur, au Havre tandis que son amant est arrêté par l’Assemblée Nationale. C’est là, le 13 Septembre, qu’elle apprend les blessures de son amant lors des Massacres de Septembre et qui décèdera huit mois plus tard de fièvre maligne, et plus tard, la mort de sa sœur Marie-Brigitte (à qui elle avait confié son château de Soisy), survenue le 25 Août 1793.

En Décembre 1793, le comte de Chouzy est arrêté avec son domestique. On lui accusait de ses actes royalistes. Marguerite-Victoire s’empresse d’aller à Paris pour divorcer de son époux. Ce dernier tomba malade dans la prison et trainé devant le Tribunal Révolutionnaire le 17 Mars 1794, il sera guillotiné avec son père, le lendemain. En Janvier 1794, craignant d’être mise sur la liste des « émigrés » et qu’on pose les scellés sur son domaine, Morphise revient à Paris. Quelques jours plus tard, elle est arrêtée et emprisonnée à Sainte-Pélagie. Mais grâce à l’intervention du son fils qui est un révolutionnaire farouche ainsi que celle du général Desaix (son neveu par alliance, qui était tombé amoureux de Marguerite-Victoire), tous deux officiers importants de la Révolution, le procès de Morphise promet de se retarder. Un mois plus tard, elle est transférée à la prison des Anglaises, faubourg de Saint-Marcel. Là se joignent Mme de Saint-Amarand, la fille de cette dernière, Marie-Françoise de Beauharnais, la marquise de Mirabeau, Mme d‘Eprémesnil, ainsi que la famille Le Normant d‘Etiolles, … Alors que toutes ses compagnes de cellule iront à l’échafaud le 7 Juin 1794, Marie-Louise O’Murphy ne sera pas guillotinée non pas parce qu’elle eut la prudence de se taire alors que ses compagnes de cellule parlaient à tort et à travers (élément utilisé pour les incriminer pendant leurs procès) mais parce que les relations de son fils continuaient de veiller sur elle. Elle sera libérée après la chute de Robespierre grâce aux autorités ainsi que les habitants de Soisy-Marat (où était situé son château). A peine sortie de prison, elle change son homonyme de « O’Murphy » en « Morfi » comme en attestait son acte de baptême. En renonçant à son nom, Morphise renonce aussi à ses rentes, à ses pensions. En 1795, Marie-Louise convole en troisième noces un homme de 28 ans plus jeune qu‘elle, un certain Louis-Philippe Dumont, représentant du peuple français à la Convention, né en 1765. Dans ce mariage, Marie-Louise espère éloigner ses cauchemars et être à l’abri des journées insurrectionnelles du printemps 1795 (où la convention thermidorienne voulait reprendre pouvoir). Quant au jeune Louis Dumont, il voyait en Marie-Louise, une femme très riche qui assurerait son train de vie et toutes les dépenses du couple. Mais le couple ne vivra pas longtemps ensemble et deux ans plus tard, en Décembre 1797, le divorce sera prononcé. 


Quelques mois près la Terreur, le 22 Novembre 1794, Marguerite-Victoire épouse en secondes noces Charles-François-Constant Le Normant, négociant au Havre. Celui-ci est le fils de Charles-Guillaume Le Normant d’Etiolles (mari de la célèbre Pompadour) et de sa seconde épouse Marie-Anne Matha de Baillon. En se mariant, Constant et Marguerite-Victoire viennent d’officialiser leur liaison adultérine qu’ils entretenaient bien avant lorsque cette dernière était marié au comte de Chouzy. Ce que signifie aussi l’empressement chez la jeune femme de divorcer d’avec son mari, lors de son transfert en prison. Le 7 Décembre 1798, Marie-Louise vend son château de Soisy à 190 000 francs après la vente du château d’Etiolles par M. Le Normant d’Etiolles survenue l’année précédente.

A peine Soisy vendu que Morphise achète une nouvelle maison à Chantecocq, près de Puteaux, non loin de Migneaux (son ancien château) pour y passer la belle saison. A paris, elle s’était installée chez ses enfants, rue du Sentier pour ensuite déménager dans un bel appartement rue Faubourg-Saint-Honoré où elle mène une vie mondaine active. Sous l’Empire, Morphise continue de mener un train de vie dispendieux. Quant à son fils, Louis-Charles de Beaufranchet d’Ayat, il sera protégé par Bonaparte et sera fait successivement députe de Puy-de-Dôme en 1805, et inspecteur des haras impériaux en 1810. Après avoir servi fidèlement la République, il servira aussi Bonaparte.

Il mariera sa fille, Victoire, à un baron de l’Empire, le maréchal de camp, Terreyre. Il mourra en 1812. Quant à son beau-fils, il ne tardera pas à reprendre le titre de Baron de Tournehem, une fois son père mort, preuve qu’il était resté fidèle à l’ancienne monarchie. En Mai 1806, Marie-Louise écrit son testament tout en assurant quelques rentes à ses domestiques. Malgré la Terreur qui lui avait fait renoncer toute rente afin d’avoir la vie sauve, Morphise n’avait pas renoncé à l’usufruit que l’Abbé Terray lui avait légué de sa maison de la rue Notre-Dame-des-Champs et en touchait les revenus qui montaient à 3 000 francs. Mais l’hôtel était en piteux état et Morphise ne pensait pas le faire restaurer car il ne lui appartenait pas. Ainsi trouva-t-elle sage de proposer aux héritiers de Terray d’acheter l’usufruit de la maison de leur oncle. Ils acceptèrent et le 09 Mai 1808, ils se retrouvaient devant maître Robin, successeur de Duclos du Fresnoy, avec la maitresse de leur oncle. Ils payèrent sans broncher à Morphise 10 000 francs comptant sur une pension viagère de 1 200 francs du fait de l’état où l’hôtel se trouve. Les dernières années de vie de Morphise furent assombries par les deuils : en 1809, son petit-fils, Alexandre de Beaufranchet d’Ayat tombait en Espagne et en 1812, ce fut le tour de son unique fils, Louis-Charles de Beaufranchet de quitter le monde. Désormais ayant pour enfant une fille unique, Marie-Louise finira par se retirer chez elle. Le 28 Novembre 1813, elle ajoute dans son testament que sa fille recueille après sa mort, tout ce qui lui resterait. Elle ne manque pas de recommander à cette dernière ses domestiques et surtout son aveugle cocher.

Elle s’éteint le 11 Décembre 1814 à 14 h 30 dans la chambre qu’elle occupait chez sa fille, 34, rue Laffitte. Elle avait 77 ans. Celle qui avait commencé sa vie comme Margot la Ravaudeuse mourut en chaisière respectable. La messe d’enterrement eut lieu à Saint-Roch. La cérémonie fut sans faste particulier, elle n’en coûta que 1 200 francs avec la livrée de deuil des domestiques.