Louise_Françoise_de_la_Baume_Le_Blanc,_duchesse_de_La_Vallière_et_de_Vaujours

Françoise-Louise de La Baume Le Blanc naît le 6 Août 1644 au manoir de la Vallière, à Tours. Elle est la fille de Laurent de La Baume Le Blanc (1611-1651), seigneur de la Vallière et de Françoise le Provost (1615-1686), riche veuve d’un certain Pierre-Bernard de Bezay, conseiller du parlement de Paris. Elle a un frère aîné, Charles (1642-1676). Elle est très vite appelée par son second prénom : Louise. En 1651, la fillette se retrouve orpheline de son père. Elle et son frère sont délaissés par leur mère qui se soucie peu d’eux et qui veut à tout prix se chercher un nouveau parti pour qu’ils aient de quoi à vivre. Il en sera ainsi (la mère et la fille ne furent jamais proches de l’une de l’autre) même après que Louise soit devenue la maîtresse de Louis XIV. La mère de Louise se marie en troisièmes noces avec Jacques de Courtavel, marquis de Saint-Rémy. Celui-ci est maître d’hôtel de Gaston d’Orléans, frère du feu roi de France, Louis XIII, à Blois. De cette troisième union, la mère de Louise aura une autre fille, Catherine (1656-1679). Le nouveau mariage de sa mère permet à Louise d’entrer dans la famille du duc d’Orléans et de devenir demoiselle de compagnie des filles de celui-ci. Gaston d’Orléans a eu trois filles de son second mariage avec Marguerite de Lorraine : Marguerite-Louise, Elisabeth-Marguerite et Françoise-Madeleine. L’aînée est presque du même âge que Louise et très vite, elles deviennent des meilleurs amies. Dès qu’elle atteint ses 17 ans, Mademoiselle de la Vallière entre à la cour comme fille d’honneur de la nouvelle duchesse d’Orléans, Henriette d’Angleterre, épouse de Monsieur, frère de Louis XIV, devenu le duc d’Orléans après la mort de son oncle, Gaston de Bourbon Orléans, survenu en 1660. Louis XIV et Henriette d’Angleterre dite Madame sont amants (ce qui est considéré comme un inceste puisque Henriette en épousant Monsieur, elle est devenue par conséquent la sœur de Louis XIV) et pour que la cour ne porte plus d’attention sur eux, ils doivent trouver une fille que le roi de France va feindre de courtiser et c’est Louise de La Vallière qui est choisie. Celle-ci ayant rencontré Louis XIV, une année plus tôt alors qu’il venait à Blois, était tombée amoureuse de lui depuis. Donc c’est avec grand plaisir, qu’elle accepte de servir de chandelier ou de paravent aux amours deLouise1 Louis XIV et de Madame, sa belle-sœur. Si le choix de Madame s’est porté sur Louise, c’est parce qu’elle est d’un naturel timide et d’une beauté assez fade. En effet, elle est très maigre et n’a pas des rondeurs comme on les aime à l’époque. De plus, elle boite légèrement due à une chute de cheval qu’elle a faite dans la jeunesse. Pourtant, d’après l’abbé de Choisy, « Louise avait la grâce plus encore que la beauté. » Selon un chroniqueur du XVIIe siècle : « Elle a la taille belle et noble et quelque chose dans sa manière de marcher ; elle a dans les yeux une certaine langueur qui est un charme inévitable pour tous ceux qui ont le cœur un peu tendre. Elle a les plus beaux cheveux du monde, et en quantité. Elle a l’esprit doux, le goût bon, aime les livres et en juge bien. Elle est civile, obligeante, libérale, et l’on voit de la magnificence dans tout ce qu’elle fait. Elle a de l’égalité dans l’humeur, et s’est toujours gouvernée d’une manière qui a donné de l’admiration et de l’amitié pour elle ». La Grande Mademoiselle qui ne l’appréciait pas, avouait volontiers : « que ses regards avaient une douceur inexprimable… qu’elle était aimable et que sa beauté avait de grands agréments par l’éclat de sa blancheur et de l’incarnat de son teint, par le bleu de ses yeux…par la beauté de ses cheveux argentés ». La pureté, l’innocence - qui fait dire à certains qu’elle est naïve et sotte - et la sincérité qui émanent de la personne de Louise ne vont pas laisser Louis XIV indifférent. Et il ne faut pas attendre plus longtemps pour que le roi de France soit pris à son propre jeu et tombe sous le charme de la belle Louise. Louise de La Vallière devient la maîtresse du roi de France, Louis XIV, en 1661, ce qui met en colère la duchesse d’Orléans, qui souhaitait conserver sa place auprès du roi. Mais Louise semble avoir honte d’être la maîtresse du roi et préfère que celui-ci soit un simple gentilhomme plutôt que le roi de la France. Mademoiselle de la Vallière est celle qui éprouva pour lui un amour pur et désintéressé contrairement à d’autres maîtresses royales qui la succéderont dans le lit de son royal amant. Au début, la liaison de Louise et de Louis XIV est tenu secrète par des gens de confiance tels que Dangeau, Bontemps, Saint-Aignan,… qui leur servent d’intermédiaire quand ils sont entrain de s’écrire. Mais leur liaison pourtant tenue secrète est tout de suite connue par les gens de la cour, ce qui met en colère, tels que : la reine-mère, Anne d’Autriche (qui n’approuve pas cette relation), la reine de France, Marie-Thérèse d’Autriche (qui ne supporte pas toutes les maîtresses de son époux) et les gens Louise2__2_de religion comme Bossuet (qui ne tolère pas cet adultère). Même si leur liaison amoureuse est très vite connue, en revanche, les enfants nés de leur relation restent dans l’ombre. Ainsi au mois de décembre 1663, Louise met au monde dans le plus grand secret, le premier de ses enfants, un garçon, qui naît au château de Brion que le roi a acheté pour sa favorite. L’enfant est prénommé Charles et est confié à Madame Colbert, femme du ministre des finances de Louis XIV, Colbert, qui est entré dans le secret de son maître. Il en sera ainsi pour les deux autres encore : Philippe et Charles, tous deux nés en 1665. Ces enfants ne seront jamais légitimés. Ils sont morts étant encore très jeune et dans l’ombre. Ils resteront cachés dans la maison des Colbert et ne paraîtront jamais à la cour. Même Louise, étant leur mère, ne les verra pas souvent pour ne pas éveiller les soupçons. Pour consommer leurs amours dans le plus grand secret, Louis XIV et Louise se rencontrent dans des endroits que personne ne connaît (à part les confidents), tels que la grotte de Thétys. Peu après la naissance de son premier enfant, Louise démissionne de son service auprès d’Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans, pour aller vivre dans son propre château, le palais de Brion, que le roi vient de lui acheter. En février 1662, l’une des demoiselles d’honneur de Madame, Anne-Constance de Montalais, confie à Louise que Madame a une liaison avec le comte de Guiche, l’un des mignons de Monsieur. Mlle de la Vallière promet de ne pas en dire un mot au roi. Contrairement aux autres courtisans, Louise ne sait pas mentir et lorsque Louis XIV veut apprendre de quoi il s’agit, la demoiselle ne peut que lui répondre qu’elle ne peut rien lui dire. Fâché de savoir que sa maitresse ne veut pas lui divulguer ce qu’elle sait, le roi la quitte fort mécontent. Fragilisée et désespérée, Louise s’enfuit de la cour le lendemain à l‘aube, pour le couvent de Chaillot pour y terminer ses jours. Le roi reçoit ce jour-là Don Cristobal de Gaviria, ambassadeur de Sa Majesté Catholique, Philippe IV d‘Espagne, venu complimenter Louis XIV pour la naissance du dauphin. C‘est M. de Saint-Aignan qui prévient le roi que Louise vient de rentrer en religion. Après avoir expédié l’ambassadeur, Louis se précipite à Chaillot pour ramener sa maitresse à la cour. Cette action sera mal vue par Anne d’Autriche : pour sa favorite, le roi a congédié très vite un ambassadeur venu lui faire spécialement lui faire compliment. Cette fuite de Louise au couvent a montré à quel point Mlle de La Vallière peut avoir de grands emportements, agir sans réfléchir, si elle estime que son amour est en danger. La duchesse d’Orléans, jalouse à cause d’être délaissée par le roi deLouise6 France pour une simple demoiselle d’honneur, cherche à faire barre à l’influence de la favorite en pourvoyant des petites maîtresses à Louis XIV, telles que : Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt, future marquise de La Vieuville ou Catherine-Charlotte de Gramont, princesse de Monaco, et tant d’autres. Elle finit aussi par s’allier avec Olympe Mancini, première amour de Louis XIV devenue par son mariage comtesse de Soissons (pourtant ennemies autrefois) et cherche toutes les deux à faire perdre Louise. Aidées de leurs amants successifs, le marquis de Vardes, et le comte de Guiche, la comtesse de Soissons et Madame fomentent un complot nommé « l’Affaire de la lettre espagnole » visant à faire séparer Louis de Louise en 1663. Ce complot est de faire falsifier une lettre du roi d’Espagne, Philippe IV, qui après avoir appris la liaison de son beau-fils, écrite une lettre à Marie-Thérèse. Cette lettre écrite à sa fille, devrait l’encourager à chasser la favorite du château. La lettre sera écrite par de Vardes puis traduite en espagnol par de Guiche, la reine ne comprenant pas le français. Mais le complot a été déjoué à tant. En effet, le billet est glissé dans un dessus de lettre qui vient de Madrid. La dépêche arrive dans les mains de Marie Molina, première dame de chambre de Marie-Thérèse. S’apercevant que le cachet provient de la cour d’Espagne, celle-ci redoute que la lettre ne contienne quelque fuste nouvelle car la santé du roi Philippe IV est des plus critiques. Décidant d’ouvrir le pli, Maria Molina transmet la lettre à la reine-mère puis au roi. Le roi devient en colère en sachant qu’on voulait prévenir la Reine sur sa liaison avec Louise qu’il voulait rester en secret. Faute de preuves, les coupables ne seront pas punis. Quoiqu’il en soit , la comtesse de Soissons parviendra à mettre la Reine au courant des infidélités de son époux en juillet 1663. D’après Mme de Motteville, « la reine n’eut pas de confident pour l’avertir de ce secret ; avant que d’en connaitre la cause, elle en sentit les effets et disait souvent à sa mère (Anne d‘Autriche), en pleurant excessivement que le roi ne l’aimait plus ». Bien que mécontent, Louis XIV est soulagé par la situation car il n’a plus rien à cacher à son épouse. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois que l’on voudra du mal à Mlle de La Vallière. Déjà en 1661, quelques temps après qu’elle ne soit devenue la maitresse du roi, elle avait fait connaissance avec le célèbre surintendant des finances, Nicolas Fouquet. Celui-ci ayant la réputation d’homme à femmes, n’envisageait pas du tout de faire de Louise, sa maitresse. Il voulait surtout s’attirer de ses faveurs afin de mieux le renseigner sur le roi. Il envoya donc Mme du Plessis-Bellières auprès de Louise Louise3pour la persuader qu’elle ne manquerait de rien si elle avait le surintendant comme protecteur. Pour commencer, Mme du Plessis-Bellières lui propose 20 000 pistoles. Louise refuse et lui dit : « Madame, 200 000 livres ne seraient même pas capables de me faire commettre un faux pas ». Mme du Plessis-Bellières avertit Fouquet : « Je crains fort qu’elle n’en parle au roi, de sorte qu’il faut prendre les devants pour cela. Ne trouvez-vous pas à propos de dire pour la prévenir, qu’elle vous a demandé de l‘argent et que vous lui avez refusé ? Cela rendrait suspectes toutes ses plaintes ». Mais le surintendant n’aura pas le temps de le faire car il semble que Louise aurait tout de suite averti son royal amant. Ainsi, après la somptueuse fête de Vaux-le-Vicomte donnée le 17 août, Fouquet signe sa propre disgrâce. Arrêté le 5 septembre 1661, il sera conduit le 22 décembre 1664 à la forteresse de Pignerol pour y finir ses jours en 1680. En avril 1664, au château de Brion où elle logeait depuis 1663, Louise est réveillée par les aboiements de sa petite chienne. Elle entendit des bruits près de la fenêtre puis une voix près de son lit « Dormez-vous » ? Affolée, elle court se cacher dans sa garde-robe et appelle ses gens. D’après une lettre du duc d’Enghien à la reine de Pologne, Marie-Louise de Gonzague, « on trouva la marque d’un pied crotté sur un petit placet qui était auprès de la fenêtre, la muraille égratignée comme si on y avait jeté des crampons pour attacher une échelle de corde, et une autre échelle de bois à une autre muraille qu’il fallait passer pour venir au bas de la fenêtre. » Le roi promet une forte récompense à qui lui livrerait le ou les coupable(s) mais cependant il ne saura jamais qui est rentré chez sa maitresse cette nuit-là. A la cour, on prétend que l’auteur de cette effraction ne pouvait qu’en vouloir à la vie de Mlle de La Vallière par jalousie. Par précaution, le roi renforce la garde du château de sa maitresse et va même jusqu’à lui donner un goûteur de peur qu’on ne l’empoisonne. A cette époque, le roi aimait passionnément sa favorite jusqu’à l’égoïsme. Il espérait qu’elle soit « vierge de cœur comme de corps », et que son cœur n’ait jamais battu pour quelqu’un d’autre avant lui. Il ira même jusqu’à lui reprocher son amourette avec le vicomte de Bragelongne (qui fut son prétendant avant qu‘elle ne devienne la favorite royale). Même si Louis XIV fait toujours des infidélités à sa favorite, c’est avec joie qu’il revient toujours dans ses bras. Durant leurs six années de relation amoureuse, Louise donnera cinq enfants au roi :

  1. Charles (1663-1665)
  2. Philippe (1665-1666)
  3. Louis (1665-1666)
  4.  Marie-Anne, Mlle de Blois (1666-1739)
  5.  Louis-Alexandre, comte de Vermandois (1667-1683)

Louise2En 1664, le roi organise en secret hommage pour sa jeune maitresse Les Plaisirs de l’Ile enchantée donnés officiellement à la reine-mère et l’épouse de Louis XIV. Pour les autres courtisans ces festivités marquent désormais la position de Louise en tant que maitresse-en-titre. Celle-ci, n’habitant plus à la cour à cause de la démission de sa charge survenue en 1663, elle y apparait comme une invitée. Pour cette occasion, le roi avait lancé 600 invitations mais il n’entendait pas loger les courtisans à Versailles puisque le château est en construction. Ceci ne fit que provoquer la colère des courtisans comme l’atteste Mme de Sévigné : « Les courtisans étaient enragés car le roi ne prenait pas soin d’eux ». Les personnes invitées arrivent le 5 mai et les festivités dureront pendant six jours, du 7 mai au 13 mai. Molière y joue La Princesse d’Elide, Tartuffe, les Fâcheux et le Mariage forcé. Le roi organise également une promenade dans la ménagerie de Versailles ainsi qu’une grande loterie. Des lots seront distribués à l’avance et la reine gagnera le plus gros bijou qui vaut 500 pistoles. Bien que Mlle de La Vallière n’ait gagné qu’un modeste bijou comparé à celui reçu par la reine, elle se verra adressé un hommage par Molière dans la Princesse d’Elide. Au reste, durant ses « six années de faveur royale », Louise fut une favorite sans pouvoir, qui ne demandera jamais quelque faveur que ça soit pour sa famille ou même pour elle. Elle refusera souvent les bijoux car ils étaient signes de sa position de favorite royale. Pour Mme de Sévigné, elle était une « petite violette qui se cachait sous l’herbe, et qui était honteuse d’être maîtresse, d’être mère, d’être duchesse ». Louise est très amoureuse du roi et craint de le perdre un jour. La reine-mère, Anne d’Autriche s’éteint le 22 Janvier 1666. C’est à partir de ce moment que  Louis XIV affiche au jour sa liaison avec Louise. Mais celle-ci ne l’approuve pas, préférant encore consommer leur amour dans des endroits secrets. Louise de La Vallière en tant que favorite royale, suit partout le roi ce qui est humiliant pour la reine Marie-Thérèse, qui déteste la Vallière plus que jamais. Durant l’automne 1666, la cour voit le retour de la splendide Athénaïs de Mortemart, devenue marquise de Montespan par son mariage. Louise de La Vallière, qui ne sait pas distraire le roi, la fait venir de plus en plus souvent dans sesLouise5appartements pour qu’elle amuse le roi. Louis XIV, se laisse charmer par la beauté et l’esprit de la marquise, n’allant plus bientôt chez sa maîtresse que pour voir Mme de Montespan. Il ne faut pas attendre plus longtemps pour qu’elle devienne la maîtresse du roi. Elle le devient après la campagne de Flandres, au mois de mai 1667. Vers cette même époque, Louise est faite duchesse de la Vallière et de Vaujours et sa fille, Marie-Anne, est légitimée. Aux yeux de toute la cour, c’est un cadeau d’adieu. Néanmoins, le roi (qui a encore de la sympathie pour Louise) garde la duchesse de la Vallière auprès de lui pour qu’elle soit le paravent du double adultère qu’il est entrain de commettre avec Madame de Montespan (celle-ci étant mariée). Louise, toujours amoureuse de Louis XIV (qui ne l’est plus), reste encore à la cour, espérant encore se remettre ensemble avec son ancien amant. Deux ans plus tard, en 1669, son dernier fils, Louis est légitimé et titré comte de Vermandois. Son père lui octroie aussi la charge de l’Amiral de France. C’est alors la période des ‘‘trois reines’’ : Marie-Thérèse d’Autriche épouse de Louis XIV, Louise de La Vallière et Athénaïs de Montespan, maîtresses du roi. le roi va même jusqu’à les transporter avec lui, toutes les trois, dans le même carrosse. Madame de Montespan maltraite alors Louise, jusqu’à en faire sa femme de chambre. Elle se fait coiffer et habiller sans cesse par elle pour l’humilier, et la traite parfois de maladroite. La duchesse de la Vallière en alors assez. Elle exige du roi qu’il la traite comme Athénaïs. En 1670, Louise se retrouve de nouveau enceinte. Pendant sa grossesse, Louise tombe subitement malade, fait une fausse-couche et est proche de la mort. On la croit perdue mais elle se remet de cette maladie. Après sa guérison, elle se rapproche de Dieu. Elle pense qu’elle a pêché en ayant été la maîtresse d’un homme marié et qu’elle mérite une punition. Elle rédige d'émouvantes Réflexions sur la miséricorde de Dieu. Alors, elle porte le cilice ainsi que de bracelets de fer sous ses belles toilettes, se prive de manger, et couche sur la dure. Elle finit par s’enfuir encore dans le couvent de Saint-Chaillot le 11 avril 1671. Cette fois, ce n’est pas Louis XIV qui vient la chercher comme dix ans plus tôt mais Colbert qui se charge de la ramener. Louise comprend que la passion du roi pour elle n’existe plus. Louise retourne à la cour et vit désormais l'épreuve de sa présence dans le monde comme un chemain de croix. Même le succès de sa fille, Marie-Anne, qui fait ses premiers pas à la cour en janvier 1674 ne la détourne pas du but qu'elle s'était fixé. Pourtant Louise hésite encore : à cause de sa timidité, elle n'ose pas franchir le pas et annoncer sa décision à son ancien amant. De plus, elle hésitait où se retirer. Le couvent de Chaillot lui paraît trop mondain. Quant au couvent des Capucines, il l'attira un moment à cause de la règle des religieuses qui était austère. Mais on y vient d'inhumer le comte de Guiche, l'ancien soupirant de Madame. Qu'aurait-on dit ? Son choix se porte finalement sur le couvent des Grandes Carmélites du faubourg Saint-Jacques. Sa tante Judith y étant prieure sous le voile de mère Agnès, par elle, Louise fut admise. Mme de Montespan utilise Mme de Maintenon pour la dissuader de sa décision mais en vain. Elle décide ensuite de faire des excuses publiques à la reine. A la maréchale de La Mothe qui se récriait, elle répliqua : "Comme mes crimes ont été publics, il faut que la pénitence le soit également." Elle se prosterna devant la reine qui, saisie de pitié, la releva, l'embrassa et lui dit qu'elle avait tout pardonné. Le 19 avril 1674, Françoise-Louise de la Vallière entre au Carmel, elle n’a pas encore 30 ans, mais elle est vieille avant l’âge. Elle y était entrée dans sa plus grande robe d'apparat, le soir même, dans sa cellule , elle se coupait les cheveux. À l’occasion, elle s'était fait portraiturer par Pierre Mignard en compagnie de ses enfants où elle montre son détachement aux choses de ce monde. Trois mois après, elle prend le nom de Louise de La Miséricorde. Au couvent, elle se lève très tôt le matin, fait pénitence, fait les corvées, jeûne souvent et reçoit souvent la visite de plusieurs personnes dont la marquise de Montespan, la reine, et la nouvelle duchesse d’Orléans (Princesse Palatine, seconde épouse de Monsieur), à qui elle a confié l’éducation de son fils, le comte de Vermandois. Mme de Sévigné qui lui rendit visite au Carmel le 4 janvier 1680, et écrivait à sa fille : « Ce fut à mes yeux tous les charmes que nous avons vu autrefois ; je ne la trouve ni bouffie, ni jaune ; elle est moins maigre et plus contente ; elle a ses mêmes yeux et ses mêmes regards ; l’austérité, la mauvaise nourriture et le peu de sommeil ne les ont point creusés ni battus ; je n’ai rien vu de plus extraordinaire ». La grandeur du sacrifice de Louise frappait, mais chacun préférait ne pas trop y penser, et, plutôt que de s'inspirer de son exemple, répétait derrière la Grande Mademoiselle qu'après tout "ce n'était pas la première pécheresse qui s'était convertie"... En 1680, Louise de La Miséricorde eut l’honneur de voir sa fille, mariée à un prince du sang, le Prince de Conti. En 1683, son fils, le comte de Vermandois, qui avait hérité tous les vices de son père, meurt après avoir été disgracié par le roi pour cause de son homosexualité. En apprenant la mort de son fils, Louise de La Miséricorde ne peut pas s’empêcher de pleurer à chaudes larmes mais Bossuet tente de la consoler. Louise déclara : « c’est assez de pleurer la mort d’un fils dont je n’ai pas encore pleuré la naissance. » Oubliée du roi, Louise meurt le 6 juin 1710 à l’âge de presque 66 ans. Quand on l’apprend au roi, il répond d’un ton sec : « la Vallière est morte pour moi le jour où elle est entrée au couvent ».

Rédigé en collaboration avec Histoire-et-Secrets.com