captur31Bonne de Pons est née en l’an 1644 dans le Poitou. Elle a pour père et mère : Pons de Pons et sa seconde épouse, Elisabeth de Puyrigauld. Elle est issue d’une famille de grande noblesse et protestante. Bonne a un frère et une sœur aînés : Renaud de Pons, comte de Bourg-Charente, et Marie-Elisabeth de Pons. Jeune, elle est appelée avec sa sœur, Marie-Elisabeth auprès de leur oncle, le maréchal d’Albret, qui habite à Paris. Protestantes, elles se convertissent au catholicisme pour qu’elles soient mariées à un très beau parti. Il fait épouser la sœur aînée de Bonne de Pons, Marie-Elisabeth, à son frère aîné, François-Amanieu d’Albert, baron de Miossens, seigneur d’Ambleville, ils n’auront pas d’enfants.

Bonne de Pons fait ses premiers pas à la cour de France grâce à sa famille et devient rapidement la fille d’honneur de la nouvelle reine de France, Marie-Thérèse de Habsbourg-Espagne grâce à la protection que lui accorde Monsieur, frère de Louis XIV. D’une grande beauté (elle est rousse, un teint de lait, une belle gorge,…), il ne faut pas attendre longtemps pour qu’elle se fasse remarquer par le roi et devienne sa maîtresse en l’an 1661. Elle espère ainsi évincer la favorite en titre d’alors, Françoise-Louise de La Vallière, dans le cœur du roi et de prendre sa place. Mais son oncle très proche d’elle, l’appelle encore auprès de lui à Paris, sous prétexte qu’il est malade et qu’il a besoin d’elle pour le soigner. Voici ce qu’en dit Saint-Simon : « C'était Mme Heudicourt, qu'il faut reprendre de plus loin. Le maréchal d'Albret … avait chez lui, à Paris, la meilleure compagnie, et Mlles de Pons n'en bougeaient, qui n'avaient rien, et qu'il regardait comme ses nièces. Il fit épouser l'aînée à son frère, qui n'eut point d'enfants, et est morte en 1714 ; elle s'appelait Mme de Miossens et faisait peur par la longueur de sa personne. La cadette [Bonne de Pons], belle comme le jour, plaisait extrêmement au maréchal et à bien d'autres. »

Dans le salon de son oncle, la beauté de Bonne attire beaucoup d’hommes spirituels et de bonne famille dont certains voudront l’épouser. Selon certains récits, on prétend qu’elle devint la maîtresse de son oncle durant cette époque. Dans l’hôtel de son oncle à Paris, elle côtoie aussi beaucoup de personnes d’esprit. Elle se lie d’amitié en la personne de Françoise d’Aubigné (future marquise de Maintenon) qui n’est connue qu’à cette époque que sous le nom de la veuve Scarron. Dans ses mémoires Saint Simon relate : « Mme Scarron, belle, jeune, galante, veuve et dans la misère, fut introduite par ses amis à l'hôtel d'Albret, où elle plut infiniment au maréchal et à tous ses commensaux par ses grâces, son esprit, ses manières douces et respectueuses, et son attention à plaire à tout le monde et surtout à faire sa cour à tout ce qui tenait au maréchal… Mme de Montespan ne bougeaient de chez lui, et ce fut où elle connut Mme Scarron et qu'elle prit amitié pour elle. Devenue maîtresse du roi, le maréchal … en bon courtisan prit son parti et devint son meilleur ami et son conseil. C'est ce qui fit la fortune de Mme Scarron, qui fut mise gouvernante des enfants qu'elle eut du roi, dès leur naissance… Mme Scarron, devenue Mme de Maintenon, n'oublia jamais le berceau de sa fortune et ses anciens amis de l'hôtel d'Albret. »

Bonne est la cousine par alliance de Françoise-Athénaïs de Rochechouart, récemment mariée au marquis de Montespan, et de Marie-Anne de La Trémoille. Elle est mariée en 1666, alors qu’elle n’a que 22 ans, à Michel III de Sublet, marquis d’Heudicourt. Saint Simon relate les circonstances du mariage : « Le maréchal [d’Albert], qui ne savait que faire de Mlle de Pons, trouva un Sublet, de la même famille du secrétaire d'État des Noyers, qui avait du bien et qui, ébloui de la beauté et de la grande naissance de cette fille, l'épousa pour l'alliance et la protection du maréchal d'Albret, qui, pour lui donner un état, lui obtint, en considération de ce mariage, l'agrément de la charge de grand louvetier dont le marquis de Saint-Herem se défaisait pour acheter le gouvernement de Fontainebleau. Ce nouveau grand louvetier s'appelait M. d'Heudicourt » Bonne réapparait à la cour de France, grâce à son mari qui occupe la charge de grand louvetier de France. Elle sera ainsi surnommée à la cour ‘‘la Grande Louve’’. De ce mariage, naitront quatre enfants :

  1. Michel Sublet, marquis d’Heudicourt, mort-assassiné en 1693.
  2. Louise de Sublet née en 1668,  plus tard dame de Palais de Madame la Dauphine. Elle sera mariée en 1688 à Jean-François Cordebeuf de Beauverger, marquis de Montgon et lieutenant général. Elle meurt en 1707.
  3. Pons-Auguste de Sublet née en 1676, également marquis d’Heudicourt, brigadier des armées du roi et devenu grand louvetier de France à la mort de son père. Il sera marié plus tard en 1715 à Louise-Julie de Hautefort de Surville. Il mourra 27 ans plus tard, en 1742.
  4. Gaston-Armand de Sublet, abbé de la Roue puis Évêque d’Évreux. Il mourra en 1710.


Elle réapparaît à la cour en 1668 et trouve que le roi a pris pour nouvelle maîtresse, sa cousine par alliance, la belle Athénaïs de Mortemart. Voyant qu’elle n’a aucune chance de supplanter la nouvelle favorite, elle y reste comme amie et confidente de Louis XIV. Connaissant les nouvelles amours du roi et les bâtards nés de cette liaison amoureuse. Sa fille Louise de Sublet, future marquise de Montgon qui est presque du même âge que les enfants illégitimes du roi, sera élevée avec ceux-ci au palais de Vaugirard, situé à Paris. Selon Saint-Simon « Mme Scarron fit trouver bon à Mme de Montespan qu'elle prit cette enfant pour faire jouer les siens, et l'éleva avec eux dans les ténèbres et le secret qui les couvraient alors. Quand ils parurent chez Mme de Montespan, la petite Heudicourt était toujours à leur suite, et après qu'ils furent manifestés à la cour, elle y demeura de même. » D’autres rapportent que « La marquise d’Heudicourt était la complaisante de Madame de Montespan ; et lorsqu’on faisant encore un mystère de l’existence du duc du Maine et de son frère (Louis César, comte du Vexin mort en 1683), cette marquise avait à la cour un petit appartement où la maîtresse et la gouvernante se rendaient en secret. Mme Scarron avait pris chez elle sa fille (depuis comtesse de Montgon), qui passait tantôt pour la sœur de ces petites princes, tantôt pour leur cousine. »

Mais imprudente et indiscrète, Mme d'Heudicourt est disgraciée rapidement après avoir dévoilé dans ses lettres à son amant, Mr de Béthune, ambassadeur de Pologne et au marquis de Rochefort, la relation amoureuse du roi et de Madame de Montespan ainsi que les enfants illégitimes nés de cette liaison. Elle y parlait aussi en mal de son oncle d'Albret et Mme Scarrron, son amie. Cette dernière indique dans une lettre « J'ai été sensiblement touchée d'être obligée d'abandonner madame d'Heudicourt ; mais je ne pouvois plus la soutenir sans nuire beaucoup à ma réputation et à ma fortune. » De son côté, Madame de Sévigné écrit que « Madame d'Heudicourt est partie avec un désespoir inconcevable, ayant perdu toutes ses amies, convaincue de tout ce que madame Scarron avoit défendu et de toutes les trahisons du monde. » Elle exilée  dans son château d’Heudicourt en Normandie. Dans une lettre de décembre 1673, Madame de Sévigné parle du retour de Mme d’Heudicourt et de sa fille : « Madame d'Heudicourt est allée rendre ses devoirs : il y avait longtemps qu'elle n'avait paru en ce pays-là. On est persuadé que, si elle n’était point grosse, elle rentrerait bientôt dans ses premières familiarités : on juge par- là que madame Scarron n'a plus de vif ressentiment contre elle ; son retour a pourtant été ménagé par d’autres, et ce n'est qu'une tolérance. La petite d'Heudicourt , est jolie comme un ange ; elle a été de son chef huit ou dix jours à la cour, toujours pendue au cou du roi : cette petite avait adouci les esprits par sa jolie présence; c'est la plus belle vocation pour plaire que vous ayez jamais vue : elle a cinq ans ; elle sait mieux la cour que les vieux courtisans. »

Ce n’est qu’en juillet 1676, qu’elle est rappelée par le roi à la cour, grâce à son ancienne amie, la veuve Scarron devenue depuis marquise de Maintenon. Aux demandes répétées de la marquise, le roi répondit : "Je connaîs votre bon cœur Madame, mais quant à moi, je n'oublie pas si aisément qu'on m'a outragé, mais comme je ne me souscie que de vous plaire, je verrai à ce qu'elle puisse revenir...Celle-ci de plus en plus influente sur le roi, a insisté pour qu’il rappelle à sa cour la marquise d’Heudicourt. Elle n’a plus hélas sa beauté et est devenue boiteuse jusqu’à ne presque plus marcher. En 1685, lors d’une fête donnée par le marquis de Seignelay en l’honneur du roi à sceaux, Marie Joseph de Poitiers lança à Mme d’Heudicourt lors d’une querelle « Vous êtes un beau visage de fête ». La marquise de Sévigné qui rapporte l’anecdote ajoute « Vraiment elle a raison : il faut dans une fête un visage qui ne gâte point la décoration ; et quand on en a point, il faut en emprunter ou n’y point aller. » Mme de Maintenon reprendra l’expression dans une lettre à son frère, M. d’Aubigné : « Il est vrai que le roi donne souvent des fêtes et que je m’y trouve le moins que je puis. Je ne saurois veiller sans être fort incommodée, et je ne veux pas que mademoiselle de Poitiers me puisse dire ce qu’elle à dit à madame d’Heudicourt à Sceaux, qu’elle appela beau visage de fête. » Malgré sa laideur, elle a conservé son esprit qui est aussi amusant qu’autrefois.

Elle sera durant toute sa vie l’amie intime de Madame de Maintenon, devenue après la mort de la reine de France, Marie-Thérèse d’Espagne, la seconde et morganatique épouse de Louis XIV. A Versailles, elle occupe avec son mari les appartements 100 et 100A dans l’aile des Princes, sur la cour de la surintendance. Cet appartement double se situait dans l’attique et les galetas du pavillon. L’appartement 100 comptait 4 pièces dont 3 à cheminée, 11 entresols dont 4 à cheminée. L’appartement 100A comptait 2 pièces à cheminées. Selon saint Simon, « son appartement était un sanctuaire où n'était pas admis qui voulait ». Elle y mourra éveillée par Mme de Maintenon.

Bonne de Pons, marquise d’Heudicourt et surnommée ‘‘La Grande Louve’’ meurt le 24 janvier 1709, à l’âge de presque 65 ans. Elle n’était plus belle comme auparavant et était devenue très vieille et hideuse mais avait toujours d’esprit plaisant, amusant et divertissant. Voici ce qu’en dit alors Saint-Simon : « La cour fut délivrée d'une manière de démon domestique en la personne de Mme d'Heudicourt, qui mourut sur les huit heures du matin, à Versailles, le jeudi 24 janvier. J'ai parlé suffisamment d'elle, de sa fortune, de son mariage par l'hôtel d'Albret, et de l'intime liaison qu'elle y fit avec Mme de Maintenon qui dura toute leur vie, et de tout ce qui s'en est suivi. Elle était devenue vieille et hideuse; on ne pouvait avoir plus d'esprit ni plus agréable, ni savoir plus de choses, ni être plus plaisante, plus amusante, plus divertissante, sans vouloir l'être. On ne pouvait aussi être plus gratuitement, plus continuellement, plus désespérément méchante, par conséquent, plus dangereuse, dans la privance la plus familière dans laquelle elle passait sa vie avec Mme de Maintenon, avec le roi; tout aussi, faveur, grandeur, places, ministres, enfants du roi, même bâtards, tout fléchissait le genou devant cette mauvaise fée, qui ne savait que nuire et jamais servir… Mme de Maintenon...et le roi y perdirent beaucoup de plaisir, et le monde, aux dépens de qui elle le donnait, y gagna beaucoup, car c'était une créature sans âme. » Sa sœur aînée, toujours vivante, mourra cinq ans plus tard, le 23 février 1714. Son époux, lui aussi, mourra en 1718.