Diane naquit le 31 décembre 1499, dans le château familial, au confluent de la Galure et du Rhône, dans le Dauphiné, à la lisière de la Provence. Elle

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reçut le prénom de Diane en l’honneur de la déesse de la chasse et de la lune qui brillait la nuit de sa naissance. Ses ancêtres étaient alliés à la plus haute noblesse du royaume. Ancienne famille du Dauphiné, son grand père obtint la ville et le château de Saint-Vallier, la famille était alliée aux Bourbons par sa mère. Les rois de France et de Bourgogne avaient donné le titre de Comte de Valentinois au chef de famille en 1125, et l’emblème des Poitiers est une torche enflammée tournée vers le bas, avec comme devise latine : « celui qui m’enflamme a le pouvoir de m’éteindre ». (Paradoxe de Pétrarque : l’amour est à la fois source de plaisir et de peine). A la naissance de Diane, le peuple vint s’extasier sur le nouveau-né. Le sud de la France était renommé pour ses diseuses de bonne aventure : une vieille femme vint lui prédire que l’étoile de l’enfant l’élèverait plus haut encore qu’une reine. Voici les paroles prononcées le premier jour de la naissance de Diane : 

« Qui de Jehan de Poitiers naitra
Et qui Diane se nommera
Tête de neige sauvera
Puis tête d’or perdra
Mais, le sauvant comme en perdant,
Pleurs versera icelle enfant
Cependant réjouissez-vous
Pour ce que gouvernera tous
Icelle.
»

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Diane, enfant préférée de son père, partait avec lui à la chasse, avait son propre faucon à l’âge de six ans. Cavalière émérite, toute sa vie elle partira pour de longues balades à cheval. A la mort de sa mère, elle partit rejoindre la cour d’Anne de Beaujeu et Louis XII, et apprit ainsi le latin, le grec, le théâtre, la danse, put consulter les chefs-d’œuvre classiques, apprendre la philosophie et la logique de Platon. Ce qu’elle apprit surtout : le mépris des intrigues, la dignité du rang à tenir, la noblesse du goût, l’art de la conversation, bref tout ce qui faisait une vraie dame de la Renaissance. Elle devint demoiselle d’honneur de la reine Anne, qui remarqua tôt les dispositions et le fort potentiel de Diane, bien supérieur aux autres filles. Anne de Beaujeu organisa le mariage de sa fille Suzanne avec Charles de Bourbon-Montpensier : c’est à cette occasion que les jeunes filles se mouchèrent pour la première fois dans un carré de tissu fin et non plus dans leurs doigts…

Diane de Poitiers avait été demoiselle d’honneur de la future reine Claude, épouse de François 1er. Claude et Diane avait quinze ans lors de cette union. En 1515, eut lieu le couronnement du roi François 1er. Diane assistait au sacre, se retira avec la cour à Blois. Anne de Beaujeu décida de la marier avec Louis de Brézé, un Bourbon apparenté à sa famille, comte de Maulevrier, grand sénéchal de Normandie, petit-fils de Charles VII et d’Agnès Sorel, seigneur de Nogent-le-Roi, d’Anet, Diane avait quinze ans, Louis cinquante-deux ans mais les portait allègrement. Louis de Brézé était un chasseur riche et puissant, jouissant de l’estime de Louis XII et de François 1er. Par ce mariage, Diane atteignait un rang royal juste inférieur à celui de princesse. Elle menait une vie riche en occupations et surtout la chasse. Diane avait le front haut, la peau blanche et pâle, les cheveux blonds, les yeux gris bleu, un nez droit, une petite bouche aux lèvres pleines : un port aristocratique, un fier maintien, une silhouette élancée. Le mariage eu lieu le 29 mars 1515. C’est à Anet que les époux élièrent domicile, forteresse médiévale de quatre tours, une demeure sinistre à demi en ruine. En tant qu’épouse de Louis de Brézé, Diane avait une position très en vue à la Cour, dame d’honneur de la reine Claude, ce qui la plaçait au troisième rang du royaume. Elle était encore à son service lors de l’entrée de la reine dans la ville de Paris.  Lors du couronnement de la reine, le roi fit traverser la France à une cavalcade de 10 000 personnes qui l’accompagnait. L’arrivée à Rouen fit tapage : Louis de Brézé remit les clés à François 1er. Diane reçut ainsi le roi et la reine au château de Rouen, puis à Brézé.

François 1er encourageait ses courtisans à prendre des maîtresses, mais se comportait avec délicatesse ; jamais il ne conquit par la force quand la

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douceur et la persuasion lui suffirent. La Cour s’aperçut vite que la Grande Sénéchale de Normandie prenait très au sérieux les vœux contractés lors de son mariage. Au printemps 1518, Diane mit au monde une fille nommée Françoise, vers la même époque, la reine Claude mit au monde un dauphin du prénom de François. Diane la retrouva peu de temps après au château de Blois. Un album de dessin a été créé en 1520, représentant les dames de la Cour : François 1er note sous le portrait de Diane : « belle à voir, honnête à hanter ». En mars 1519, Diane et la reine avaient dix-neuf  ans : le futur Henri II venait de naître. Deux ans après, Diane mit au monde son deuxième enfant qu’on prénomma Louise.

Lors du complot ourdi par Charles Quint et Charles de Bourbon connétable de France contre le roi, la famille de Diane fut entachée : par son père qui s’était laissé prendre dans ce complot. François 1er ordonna l’arrestation du comte de Saint-Vallier en septembre 1523. Jehan fut conduit dans la forteresse de Loches, condamné à mort, destitué de tous ses biens : terres et titres. Diane, dévorée d’anxiété, attendait l’issue du procès, Louis de Brézé était écartelé entre sa loyauté pour le roi et son beau père. L’exécution fut prévue pour le 17 février 1524, le malade Jehan fut trainé jusqu’en place de Grève, il fut gracié à la dernière minute pour un emprisonnement à vie : la rumeur allait bon train : Jehan venait d’être gracié parce que sa fille Diane s’était donnée au roi… En apprenant cela, le roi lui-même déclara que Saint-Vallier ne devait sa grâce à sa fille d’aucune manière.

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Le 24 juillet 1524, la reine Claude s’éteignit alors que le roi était en campagne. A son retour, le roi confia la garde des enfants à Diane. Ce fut un grand honneur pour elle. François 1er fut fait prisonnier par Charles Quint. Sa mère Louise de Savoie prit les rênes du royaume, elle nomma Louis de Brézé gouverneur de la Normandie. Diane se trouvait à Rouen lors de la capture du roi, elle revient à la cour pour s’occuper des enfants, qui la connaissaient bien et l’appréciaient. En captivité, François 1er signa le traité de Madrid en janvier 1526 : ses deux fils prendraient sa place à Madrid. Les jeunes princes se mirent en route pour les Pyrénées, accompagnés par la cour : la régente leur grand-mère Louise, les suivantes, Diane. François avait huit ans, Henri sept ans. L’échange eut lieu en mars 1526 à Bidassoa. Henri, d’habitude bouillant, avait les yeux noyés de larmes. Diane l’apercevant ainsi, sortit de la foule et lui dit des mots réconfortants. François 1er de retour en France, remonte le pays. A son arrivée à Rouen, le Grand Sénéchal lui remet les clés de la ville. Diane, pour accueillir le roi, avait changé les habitudes : elle présenta au roi une nuée de demoiselles d’honneur vêtues de tuniques grecques. Satisfait, le roi décida de s’arrêter à Anet. Lors de son séjour, Diane fut très présente auprès de lui, ainsi que lors de partie de chasse. Conquis par la droiture, l’intelligence et la culture de Diane, le roi lui offrit une nouvelle place à la cour : celle de dame d’honneur de la mère Louise de Savoie.

Des tractations furent menées afin de faire libérer les fils du roi. Des assouplissements, des concessions et une rançon de quatre tonnes d’or : le 1er juillet 1530 l’échange eut lieu. Le 6 juillet, le cortège atteignait Mont de Marsan, accueilli par le roi, la future reine, Diane, et le reste de la cour, François 1er allait épouser Eléonore, sœur de Charles Quint. Pendant tout le retour de la cour, le futur Henri II restait réservé, taciturne, sans joie. Il en voulait à son père de lui avoir gâché sa jeunesse : il se tourna vers les deux seules personnes lui ayant témoigné de l’affectation : Diane et Anne de Montmorency. Au retour des princes, le roi décida de les envoyer à Anet aux côtés de Louis de Brézé et de Diane, ils y restèrent l’été et l’automne 1530 avant de repartir pour l’hiver avec toute la cour vers Saint-Germain. Lors des fêtes qui eurent lieu à l’occasion de l’entrée de la nouvelle reine dans Paris, le mariage du roi et le retour des princes, les princes participaient à leur premier tournoi : ils devaient choisir une dame pour laquelle ils livreraient bataille. C’est ainsi qu’Henri s’arrêta devant Diane et la choisit à la surprise générale. Diane y vit une reconnaissance de la part du prince pour le réconfort qu’elle lui avait apporté avant sa captivité. Les princes gagnèrent le tournoi. Puis il y eut l’élection de la « belle parmi les belles » : la reine Eléonore, la maîtresse du roi Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers. Le résultat des votes : égalité entre Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers. La maîtresse du roi fut particulièrement vexée et en voulut à vie à Diane, fit tout pour l’anéantir.

Louis de Brézé arrivait à la fin de vie, il poussa Anne de Montmorency dans l’entourage du roi, celui-ci fut élevé à la dignité de Grand Maître. Henri était en

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âge de se marier : le roi voulait une alliance avec les Médicis, Montmorency penchait pour le Portugal, Brézé voyait les Médicis : Diane saurait guider la petite Catherine dans le dédale de la cour… Henri épouserait donc une Médicis. Le roi signa un document précisant les termes du contrat de mariage à Anet chez le Grand Sénéchal en présence de Diane en 1530. Louis de Brézé s’éteignit à soixante-huit ans en juillet 1531. Diane commanda au sculpteur Goujon une tombe monumentale, elle fut représenté en déesse et fit graver :

O Louis de Brézé, ce tombeau a été construit
Par Diane de Poitiers, désolée de la mort de son époux.
Elle te fut inséparable et très fidèle épouse
Autant elle le fut dans le lit conjugal
Autant elle le sera dans le tombeau

Dix-sept ans de vie commune heureuse : Diane ne porterait plus que du noir agrémenté de touches blanches. A ses armoiries, elle rajouta le symbole d’une veuve : une torche tournée vers le bas, d’où sa devise : « celui qui m’enflamme a le pouvoir de m’éteindre ». Pourquoi allait-elle s’habiller ainsi tout le restant de sa vie ? A trente et un ans, elle affichait une parfaite assurance, sa condition de veuve lui laissait une liberté exceptionnelle pour une personne de son sexe à l’époque. Après la mort du comte de Brézé, ce fut le tour de la reine-mère. Elle vint assister aux cérémonies mortuaires de la Régente Louise de Savoie. Il lui fallait trouver sa place à la cour ; elle s’éclipsa dans son château d’Anet, et mit à profit ce retrait pour s’occuper d’elle. Le secret de son charme : son hygiène de vie, elle se lavait à l’eau claire, prenait par tout temps un bain d’eau glacée, pas de cosmétiques, un bouillon, 3 heures de cheval le matin à vive allure, une petite collation à 11 h, règlement de ses affaires des domaines, les audiences, diner à 18 h et au lit. Pas de soleil, une peau toujours blanche, vêtue de soie, deux boucles de cheveux s’échappaient d’une résille en fils de soie noirs parsemés de perles, elle attachait à ses épaules des rangs de perles se croisant sur un corsage de velours noir pourvu d’un profond décolleté, le bout des manches en fine mousseline, pierres précieuses à sa taille. C’est Diane qui dicta la mode de son temps.

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Après la mort de la reine-mère, Diane devint la dame d’honneur de la nouvelle reine. En tant que principale dame d’honneur de la reine Eléonore, elle partit dans le périple que François 1er entama pour présenter la nouvelle reine et le dauphin dans le royaume. Ce périple s’arrêta en octobre 1533 à Marseille pour préparer le mariage de Catherine et d’Henri. Le 11 octobre 1533 arriva la flotte papale ainsi que le pape Clément VII, à Marseille pour les noces d’Henri II et Catherine de Médicis. Première rencontre entre Diane et Catherine : le jour des noces, Diane de Poitiers, dame d’honneur de la reine Eléonore, elle avait été choisie par le roi François 1er pour servir de guide à Catherine à la nouvelle cour et lui expliquer les rituels, elles étaient parentes proches : elles étaient cousines au deuxième degré. Diane était vêtue de noir et blanc, portait des plumes de ces mêmes couleurs, Henri II également portait les mêmes plumes blanches et noires à son chapeau… Il en fut de même pour son tempérament, riche en contrastes, pas de place aux demi-teintes. Bal masqué, banquet sans fin : la soirée fut pourtant d’humeur gaillarde….Henri II avait accompli son devoir d’époux, mais sans accorder à Catherine le moindre regard, il retourna aussitôt auprès de sa Dame « la superbe veuve vêtue de noir et de blanc », Diane dont le mari portait les couleurs. Henri II, de dix-neuf ans son cadet, voua à Diane de Poitiers une véritable adoration, depuis l’âge de six ans jusqu’à sa mort à quarante ans. De retour à Fontainebleau, François 1er invita souvent Diane à ses parties de chasse et lui demanda de faire partie de sa « petite bande ». Fontainebleau était en construction depuis huit ans et pendant treize ans encore, le roi aimait à guider Diane dans ce château, il admirait celle qui incarnait si bien l’esprit de son temps.

Certains biographes ont admis que Diane fut la maîtresse de deux rois : François 1er et Henri II, mais ce n’est que pure fantaisie.  Diane dut faire face à l’agressivité et la haine de la maitresse du roi. Anne de Pisseleu se rendait compte que le roi appréciait beaucoup Diane, elle encouragea un groupe de diffamateurs afin de diffuser des épigrammes calomnieuses. Le plus célèbre fut un poète champenois Jean Voulté qui publia trois épigrammes injurieuses « contre la Poitiers, vieillarde de la Cour ». Ces poèmes étaient rédigés en latin mais les traductions ne tardèrent pas à paraître.

« Et même si tu achetais le superflu qui constitue une femme,

Tu n’obtiendras pas ce que tu veux de ton amant,

Car il faudrait être en vie, et tu es morte »

Un autre de ces sarcasmes la mettait en garde : « In Pictariam anum anulicam– Un appât peint n’attire pas le gibier. » Mais Diane se contentait de

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sourire en faisant la sourde oreille – elle savait bien qu’elle pouvait compter sur le soutien d’Henri et se venger un jour… A la Cour, Diane était l’égérie de nombreux poètes tels Joachim Bellay ou Clément Marot. Celui-ci, subjugué par sa beauté, composait de magnifiques vers en son honneur. Mais la passion dont il se consumait ne fut pas réciproque. Diane le dénonça même comme protestant. Aussi Marot rejoignit la coterie de la duchesse d’Étampes. Ses vers prirent alors une autre tournure. Pour continuer sa petite guerre avec Diane, Anne d’Étampes se plaisait à dire qu’ « elle était née le jour du mariage de madame la Sénéchale. » Ce qui était pourtant faux, puisque Diane n’avait que neuf ans de plus qu’elle. Mme d’Étampes surnomma Diane aussi « la ridée » jusqu'à ce qu’elle et sa coterie firent courir des rumeurs d’appartenance à la sorcellerie. Il y avait ainsi deux camps : celui de la maitresse du roi avec les profiteurs et celui de Diane avec les gens qui l’appréciaient sincèrement. Diane sentit vraiment le danger, elle était devenue une proie. C’est à ce moment que le prince Henri se chargea de la défendre et devant la cour entière, il réitéra son serment de dévotion à Diane. Diane et Henri défendait l’Eglise Catholique. François 1er dut faire face à « l’Affaire des Placards », organisée par les Réformés contre les Catholiques, un placard fut même trouvé sur la porte de la chambre du Roi.

En 1535, la guerre se profilait à l’horizon, Diane et Anne de Montmorency était en faveur d’un arrangement et de la paix avec Charles Quint. En 1536, toute la Provence fut détruite par Charles Quint qui attaquait en même temps le nord de la France, en août le dauphin mourrait… Henri devint dauphin, du partir aux armées et se lia d’amitié profonde pour Anne de Montmorency, Catherine était appelée à devenir reine de France. Le 1er janvier 1537, eut lieu les noces de Jacques V roi d’Ecosse et de la fille de François 1er : Madeleine qui mourra six mois après son mariage. Henri, lors de la guerre à la frontière italienne, rencontra Filippa Duci : ils furent amants et en 1538 et une fille naquit…Il la fit ramener en France, la baptisa Diane et confia l’éducation de l’enfant à sa maîtresse. Elle portera le nom de Diane d’Angoulême, elle signa par la suite Diane légitimée de France, se mariera en secondes noces avec le fils d’Anne de Montmorency. Diane de Poitiers fut sa marraine et l’éleva comme sa propre fille, le scandale fut évité. Henri s’affirmait, fit part à ses amis de ses opinions, de ses sentiments. De son côté Diane pouvait parfaitement tenir son rôle, intéressée par la politique, le pouvoir et l’argent. Elle savait user de son intelligence et de son charme et n’ignorait pas les moyens de parvenir à ses fins. Leur amour naquit d’une rencontre entre deux esprits. Ils devinrent amants en fin d’année 1536 ou début 1537, certainement au château d’Ecouen, résidence favorite d’Anne de Montmorency. Au matin de leur première nuit, Diane écrivit un petit poème et l’adressa à Henri :

« Voici vraiment qu’Amour, un beau matin,
S’en vint m’offrir fleurettes très gentilles…
Car, voyez-vous, fleurettes si gentilles
Etaient garçon, frais, dispos et jeunet.

Ainsi tremblotante et détournant les yeux,
« Nenni » disais-je. « Ah ! Ne soyez déçue ! »
Reprit l’Amour et soudain à ma vue
Va présentant un laurier merveilleux.

« Mieux vaut » lui dis-je, « être sage que reine ».
Ainsi me sentis et frémir et trembler,
Diane faillit et comprenez sans peine

Duquel matin je prétends reparler… 

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Ainsi commençait l’une des liaisons royales les plus constantes et les plus inattendues de l’histoire de France. Henri se mit à rayonner de bonheur grâce à la présence constante de Diane à ses côtés. Diane découvrit avec Henri le plaisir que procure un amant adolescent, elle lui transmit toutes ses connaissances acquises au côté du parfait homme du monde qu’était Louis de Brézé. Diane ne calcula pas sa fortune, elle ne chercha pas l’amour d’Henri, mais elle fit tout ce qu’il était en son pouvoir pour ne pas le laisser s’éteindre, elle le retint par la puissance de son esprit et par son intelligence. Par contre, elle devait vivre au sein d’un ménage à trois : le roi, la reine et la maîtresse, comme il était de coutume. Au printemps 1538, Henri, Diane et Catherine accompagnèrent la Cour à Nice afin de voir le pape intervenir auprès de Charles Quint. En janvier 1539, Diane maria sa fille Françoise au prince de Sedan, Robert IV de la Marck qui deviendra Maréchal de France, l’union fut célébrée en grande pompe au Louvre. Diane accorda la main de sa deuxième fille à l’un des membres de la famille de Guise, Charles, duc d’Aumale, mais elle prit peur : cette même famille de Guise proposait une autre épouse au dauphin Henri (Catherine de Médicis n’arrivant toujours pas à procréer) : une nouvelle épouse, belle et jeune lui aurait ravi sa place dans le cœur d’Henri.

Diane et Catherine devaient se « serrer les coudes » : l’une implorerait le roi, l’autre s’occuperait du dauphin. Elle prit même Catherine à part, lui parla avec douceur, lui expliqua l’art de faire l’amour. Certains soirs, Diane envoyait Henri chez son épouse. Finalement, en janvier 1544, le miracle se produisit, grâce aux pilules des médecins ou aux conseils de Diane : Catherine donnait naissance à un petit garçon, le futur François II. Henri offrit à Diane une somme d’argent pour la remercier de son assistance auprès de la dauphine Catherine. Diane avait su se rendre utile, une fois de plus. Les différentes guerres continuaient pendant l’année 1544, les intrigues également, les maîtresses du roi et du dauphin se haïssaient tant que François 1er profita du départ d’Henri en campagne pour bannir de la cour Diane de Poitiers. A son retour de campagne, Henri la rejoignit au château d’Anet. En février 1545, François 1er se sentait faible, il rappela Diane qui reprit sa place à la cour, sa position au côté d’Henri et prit en charge l’éducation de deux des petits enfants du roi. Diane sentait l’inévitable révolution qui ferait suite au décès du roi. Voulant aider Henri, elle se tourna vers l’ambitieuse famille des Guise. Ceux-ci comptaient sur le prochain règne pour accéder à la fortune et s’élever encore plus à la cour. Cette année là ne fut que tensions entre toutes les parties.

Fin mars 1547 : François 1ermourut, Henri II avait vingt-huit ans, Diane, quarante-sept. La révolution dans le palais eut lieu : Anne de Montmorency fut

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rappelé et nommé à la tête du Conseil privé. Henri réclama les joyaux du trésor royal et les offrit à Diane, elle recevait en plus la clé de la chambre forte ainsi que l’autorisation d’y puiser à volonté. Il s’empara également de la maison que la maîtresse de François 1er Anne de Pisseleu détenait et en fit cadeau à Diane.  Celle-ci prenait plaisir à recevoir tous ces honneurs, mais ne perdit jamais la tête, n’oublia pas ses principes : « modération en toute chose » ou « soyez toujours en port honorable, en manière froide et assurée, humble regard, basse parole, constante et ferme, toujours en un propos, sans fléchir ». Les rumeurs allaient bon train : « le connétable était nocher et patron du navire dont Mme de Valentinois tenait le timon ». Mais Diane n’endossa jamais le rôle de maîtresse du roi, elle se considérait comme son associée : une personne digne de sa confiance et de son estime. A la cour, Henri la considérait comme sa noble dame au sens le plus chevaleresque du terme. Aux yeux du monde, c’était un amour tout à fait platonique, mais entre eux c’était bien autre chose.

Diane s’intéressait de près au gouvernement, désirait comprendre le fonctionnement des finances du royaume, à la confiscation des biens. Pour la remercier et lui prouver son amour, Henri II lui offrit le plus beau château de la Loire, Chenonceau en 1550. Le but de Diane était d’acquérir le maximum de terres et de biens. Chenonceau devint le plus beau château après les transformations que Diane y opéra. Diane poussa Henri à créer des lois somptuaires (limitation des dépenses) concernant les distractions, le faste de la cour, elle l’incita à réduire le nombre de courtisans, ainsi qu’à instaurer de nouvelles mesures sociales (chaque quartier de Paris devait constituer un fonds social pour les pauvres, les hôpitaux devaient accueillir les malades et les infirmes).

Vint le sacre d’Henri II en juillet 1547 : Diane se tenait au milieu des demoiselles d’honneur de la reine Catherine, enceinte pour la troisième fois. Le costume du sacre fit stupeur auprès des dignitaires : les broderies rappelaient les attributs de Diane (carquois, arcs, flèches, croissants de lune, double D accroché au H), la lettre C de la reine n’apparaissait nulle part. Diane prit part aux cérémonies officielles au titre de Dame de Compagnie de Catherine de Médicis. Au début du début du règne d’Henri II, Diane fut accusée d’être à l’origine de la persécution des hérétiques, mais en fait les Guise en étaient à l’origine. A la naissance du troisième enfant de Catherine, Diane décida de la gouvernante, de l’alimentation des enfants royaux, du château où ils passeraient leur enfance, de leur éducation. Seule la parole de Diane comptait, pas celle de la reine…

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Le Culte de Diane était en marche : partout, Henri II fit dessiner les attributs de Diane. Lors des fêtes données en l’honneur du roi à Lyon en septembre 1548, tout fut de couleur noire et blanche : les uniformes des soldats, les rubans, les tuniques des amazones qui défilaient, les tapis des chevaux, etc. C’est au cours de ces cérémonies que Diane devint Duchesse de Valentinois. Elle parvenait ainsi à la plus haute dignité accessible aux personnes non nées princesses. En cours de règne, Henri ne fit confiance qu’à une personne : Diane. Bon nombre de lettres officielles concernant les affaires d’état furent écrites par elle et signées : HenriDiane, elle intégra son Conseil privé et conseilla Henri sur les choix des membres. Les ambassadeurs félicitaient leurs actions. L’entrée de la cour dans Paris en mai 1549, fut pire encore que l’entrée dans Lyon : le spectacle donné fut aux couleurs de Diane : blanc et noir et partout il n’y avait que leurs lettres entrelacées : H et D. Vint le temps des problèmes religieux entre catholiques et protestants. Diane dut se battre contre les rumeurs qui une fois l’accusaient d’être à l’origine des massacres, elle croyait fermement que la religion réformée était une hérésie devant Dieu, l’empereur Charles Quint ne se gênait pas pour envenimer la situation.

Le temps passé à Anet fut riche pour Henri et Diane : des heures à cheval de bon matin, des parties de chasse trépidantes, de magnifiques banquets clôturaient les soirées. Diane fit construire un jeu de paume dans son domaine, Henri étant un fervent amateur de ce jeu. Henri fit faire des portraits de sa favorite : c’est de cette époque là que la tradition des portraits au bain est remise à l’honneur. Diane ne conserva sa beauté que grâce à son bon sens et quelques rares crèmes, tout était naturel.  Anet occupait une place importante dans la vie d’Henri : c’est là qu’il se remit de son emprisonnement en Espagne, c’est là que les enfants du roi séjournaient volontiers, c’est dans la magnifique bibliothèque (tous les livres étaient reliés de maroquin rouge orné du chiffre du roi et de sa dame, un des collections les plus prestigieuses de la Renaissance) qu’il aimait à passer de longs moments : Anet fut un paradis. Henri en fit le siège de son gouvernement, il y accordait des audiences et nombre de ses courriers partaient de là. Diane attribua à la reine des appartements propres avec son chiffre. A son arrivée en France, Marie Stuart fut confiée à Diane. La petite Marie était destinée au dauphin François. Marie accorda son affection à Madame (Diane) plutôt qu’à la reine. Diane pouvait ainsi parfaire l’éducation de la future dauphine.

L’affaire Fleming fut une période difficile pour Diane : lady Fleming était la gouvernante de la petite Marie Stuart. Elle arriva en France et eut une aventure

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avec Henri II pendant que Diane fut alitée pour cause de chute de cheval…Il s’efforça bien de cacher sa liaison à Diane, mais de son côté Diane se tenait toujours au courant des rumeurs qui circulaient à la cour : aucun détail de cette liaison ne lui échappa, Henri II dut envoyer lady Fleming en Ecosse. Ce qui déplut très fort à Diane est qu’Anne de Montmorency était impliqué dans cette affaire : il voulait écarter Diane de sa position de maîtresse du roi…ce furent les enfants du roi qui réconcilièrent le connétable Anne de Montmorency et la maîtresse du roi. De ce fait, la reine Catherine et Diane se serrèrent les coudes pendant une période. Diane soutint également la reine lorsqu’un de ses enfants vint à mourir. Mais comme disait l’ambassadeur italien Contarini : « Diane a la dignité d’une reine, alors que Catherine est traitée en concubine, elle persuade même souvent le roi de coucher avec la reine ». Le ménage à trois était tout de même très précaire. Les années qui suivirent (1552 à 1557) furent des années de guerre, avec l’empereur d’un côté et le Vatican de l’autre avec l’élection du nouveau pape, le roi était en campagne, l’ennemi pénétrait toujours plus profondément le pays, mais tout au long de l’année, il y eut des différents entre la reine et la maîtresse du roi : voilà une petite anecdote relativement connue : « Diane se rendit un jour dans les appartements de Catherine, celle-ci lisait. Intéressée Diane lui demande ce qu’elle lisait : “je lis les histoires de ce royaume, et j’y trouve que, de temps en temps à toute époque, les putains ont dirigé les affaires des rois” ». L’insulte fera le tour du royaume. Diane se vengea en faisant constater par Montmorency que parmi les enfants du roi, seule Diane de France ressemblait au roi… Ce commentaire se répandit dans toutes les cours du pays.

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Plus tard, Diane s’occupa d’Anet et de Chenonceau en introduisant des plantes nouvelles dans les jardins, jusqu’à ce que le pape fasse appel à elle pour convaincre le roi que l’hérésie gagnait, qu’il fallait conclure la paix avec l’Espagne. Une trêve avec l’Espagne fut décrétée, mais les Guise appelaient au combat : Henri, Diane et Montmorency formaient un triumvirat contre les Guise. Tous les trois aspiraient à la paix. Plusieurs mariages eurent lieu entre 1558 et 1559, avec de grandes fêtes où le roi participerait à des joutes. Le troisième jour des joutes survint l’accident du roi : le fragment avait pénétré l’œil droit jusque dans le crâne pour ressortir par la tempe à la hauteur de l’oreille. Un autre éclat avait transpercé la gorge. Diane voulu enjamber les palissades, mais n’y réussissait pas. C’est la première fois que Diane se sentit totalement impuissante… Elle eut peur de voir son bien-aimé mourir, mais surtout la peur de subir la vengeance de la reine. Sans Henri, elle ne disposait plus d’aucune autorité. Elle voulut s’approcher d’Henri, personne ne la laissait faire… ordre de la reine. Elle regagna sa maison dans les environs.  Diane de Poitiers avait privé Catherine de son mari au su et au vu de tout le monde. A l’arrivée du courrier envoyé par la reine, elle rendit les bijoux de la couronne accompagnés d’un inventaire méticuleux. François II ajoutait à sa demande le bannissement de Diane de la Cour ainsi que celle de sa fille Françoise et son époux. 

Lors des funérailles, n’ayant pas reçu d’invitations, elle regarda le cortège de l’une de ses fenêtres. L’effigie du roi ne portait pas le blanc et noir, pas de croissants de lune, le chiffre HD n’apparaissait pas sur le harnais du cheval du roi. Diane ne fut pas arrêtée, grâce aux alliés de grandes familles qu’elle s’était fait. La reine ne pouvait pas se mettre à dos tout le monde, elle la bannit au château d’Anet, mais soucieuse de ménager les alliés de Diane, la reine lui offrit Chaumont-sur-Loire en échange de Chenonceau. L’acte de cession fut signé le 27 avril 1560. En arrivant dans sa nouvelle propriété, Diane fut indignée par toutes les traces de nécromancie et d’alchimie, laissées par Catherine : des caractères grecs, égyptiens et hébreux ornaient un autel sur lequel trônait un crâne, des fioles de poudre et des bocaux de saumure contenant des membres d’animaux, des ouvrages étranges, des parchemins et des restes d’animaux. Tellement dégoutée, Diane fit tout brûler et donna l’ordre de fermer Chaumont qu’elle légua à sa fille Françoise de Bouillon. Elle regagna Anet où il lui restait ses souvenirs et rien d’autre ne comptait. Malgré son retrait, ses livres de compte prouvent qu’elle se rendait souvent à Paris et fréquentait les Montmorency, les Bourbon et les Guise ainsi que les Bouillon et les Nevers. Anne de Montmorency et son épouse, Marguerite de Savoie lui rendaient régulièrement visite. Les villageois qui craignaient de faire les frais de la vengeance de la Régente, manifestèrent bien vite leur dévouement à la duchesse. Pour les récompenser, Diane leur construisit un petit hôpital puis des foyers pour mères célibataires, orphelins, jeunes filles dans le besoin et les veuves.

A l’aube de ses soixante ans, Diane était encore une belle femme, jouissant d’une bonne condition physique, malgré un accident de cheval qui lui fractura

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la jambe, elle venait d’avoir soixante quatre ans. Brantôme écrivait : « je vis cette dame, six mois avant qu’elle mourût, si belle encore, que je ne sache cœur de rocher qui ne s’en fut ému, encore qu’auparavant elle s’était rompu une jambe sur le pavé d’Orléans, allant et se tenant à cheval aussi dextrement comme elle avait fait jamais ; mais le cheval tomba et glissa sous elle ; et, pour telle rupture et maux et douleurs qu’elle endura, il eût semblé que sa belle face s’en fût changée ; mais rien moins que cela, car sa beauté, sa grâce, sa majesté, sa belle apparence, étaient toutes pareilles qu’elle avait toujours eu ». 

Deux ans plus tard, après une brève et grave maladie, elle s’éteignit le 25 avril 1566 dans son château d’Anet. Elle avait réparti son immense fortune entre ses deux filles (mais était prête à les déshériter si elles s’avisaient de se convertir au protestantisme) et assura des legs à un certain nombre de couvents. Elle avait demandé à une centaine de pauvres des villages alentours d’accompagner le cortège, lors de ses funérailles, mais vêtus de blanc, en chantant « priez Dieu pour Diane de Poitiers ». Elle fut enterrée dans la chapelle funéraire qu’elle avait fait construire près du château. Les révolutionnaires français, en 1795, ouvrirent le tombeau et ceux de deux de ses petites-filles inhumées auprès d'elle, et jetèrent ses restes dans la fosse commune. Ils coupèrent ensuite ses cheveux pour en faire des mèches-souvenirs, puis plus tard un propriétaire vendit le château pierre par pierre. En 2008, les restes de la favorite sont exhumés. L’autopsie révèle qu’il ya beaucoup de concentration d’or dans ses restes qu’à la normale et qu’elle n’a pas de raison puisqu’elle n’était pas la reine et ne portait pas de couronne. Les scientifiques déduisent que Diane, voulant rester jeune durant toute sa vie, aurait absorbé de l’or potable chaque jour, tous les matins, afin de garder sa beauté. Cette quantité d’or l’aurait empoisonné petit à petit tous les jours et serait la cause de la cassation de sa jambe au cours de l’accident du cheval survenu en 1565 et cela aurait entraîné sa mort. Le 29 mai 2010, les restes de Diane de Poitiers inaugurent à nouveau la chapelle du château d'Anet.

 Cette biographie a été rédigée en collaboration avec le site Histoire-et-secrets.com