AgnesSorel4Née vers 1422, à Fromenteau, en Touraine, Agnès Sorel appartient à une famille de petite noblesse. Son père, Jean de Sorel ou Soreau est seigneur de Coudun, et sa mère, Catherine de Maignelais, châtelaine de Verneuil-en-Bourbonnais. Agnès a quatre frères : Charles, André, Jean et Louis. Agnès se retrouve très vite orpheline. Elle est accueillie par sa tante maternelle qui lui donne une éducation soignée. En 1437, vers l’âge de 15 ans, Agnès Sorel devient demoiselle d’Honneur d’Isabelle de Lorraine, reine de Sicile, femme du roi René d’Anjou et belle-sœur du roi de France, Charles VII. Alors que son mari est fait prisonnier dans la bataille de Bulgneville, Isabelle vient demander de l’aide à Charles VII, son beau frère, pour que son époux soit libéré. Alors que toute la cour est à Saumur, c’est là qu’Agnès Sorel est remarquée pour la première fois par Charles VII, en 1444. D’une grande beauté (blonde au teint clair), c'est un idéal féminin de l'époque. Agnès devient rapidement la maîtresse du roi de France par l’entremise de Pierre de Brézé. Elle se retrouve immédiatement promue au rang de première demoiselle d’honneur de la reine de France, Marie d’Anjou. Elle est faite favorite officielle, ce qui est nouveau : depuis l’époque mérovingienne, les rois de France avait eu des maîtresses royales mais celles-ci devaient rester en ombre pour ne pas contrarier les reines. Charles VII avait eu d’ailleurs plusieurs passades amoureuses telles que Eléonore de La Pau ou Catherine de L’Isle-Bouchard avant Agnès mais celles-ci ne sont aussi pas importantes qu’elle. À la cour, Agnès Sorel transforme la mode par sa beauté et sa jeunesse : elle invente le décolleté épaules nues, les robes brodées de fourrures précieuses allongées par des longues traînes de huit mètres de longueur et des coiffures montées par des pyramides vertigineuses. Pour se procurer de toutes ces choses, Agnès Sorel fait appel à l’argentier du roi, Jacques de Cœur qui lui prête de l’argent quand elle en a besoin. Fou de sa maîtresse, Charles VII lui offre beaucoup de bijoux, lui donne beaucoup de terres et domaines comme le château de Bois-Sire-Amé en 1447, Vernon, Issoudun, Roquesezière, Loches et Beauté-Sur-Marne en 1448 (qui avait été construit sous le règne de Charles V). D’ailleurs c’est de ce dernier domaine, d’où elle tire son surnom de Dame de Beauté : « Elle fut appelée demoiselle de Beauté, tant pour cette cause que pour ce que le roi lui avait donné la maison de Beauté-lez-Paris ». Très intelligente, Agnès Sorel cherche à se construire une place à la cour en se créant autour d'elle un réseau d'amis. C'est également une intrigante qui sait user de son influence sur le roi pour obtenir pour ses amis, des charges importantes à la cour. À la cour, on accuse Agnès Sorel de dilapider l’argent du royaume vu tout ce qu’elle se procure et de s’habiller de façon aguichante. D’ailleurs, à Paris, on la surnomme la pute du roi. Si Agnès Sorel est la maîtresse du roi, et qu'elle vit publiquement dans le peché, cela ne l’empêche pas de demeurer une personne pieuse qui prie toujours pour son Salut. Agnès Sorel est aussi une personne généreuse qui donne des offrandes à l’Église et donne de l’argent aux pauvres et aux sans-abris. 

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Dans ce portrait peint en 1455, Agnès Sorel est immortalisée par le peintre Jean Fouquet, qui la représente dans son tableau « Vierge à l’enfant » ou « Vierge de Melun », entourée de séraphins (anges rouges) et de chérubins (anges bleus). Agnès y est vêtue et coiffée selon la mode du XVe siècle, le front dégagé et la tête couronnée de pierres précieuses. Son sein gauche dénudé renvoie à la fécondité maternelle. A la cour, Agnès Sorel se lie beaucoup d’amitié avec la dauphine, la belle Marguerite d’Ecosse, de deux ans sa cadette. Toutes deux aiment la poésie, les fêtes et le luxe. La jeune dauphine n’est cependant pas aimée de son époux, le dauphin Louis, et lorsqu’elle meurt d’une pleurésie en 1445 à l’âge de 20 ans, il se montre indifférent. Agnès reprochera toujours à l’héritier du trône le comportement qu’il avait adopté à l’égard de son épouse, qu’il n’aimait pas. A partir de cette date, une hostilité réciproque s’installe entre le dauphin et la favorite, ce qui portera à conséquences dans les relations entre Charles VII et son fils. En effet le dauphin, futur Louis XI, ne supporte pas la liaison d’Agnès Sorel et de son père et que sa mère, la reine Marie d’Anjou reste dans l’ombre. Un jour, en 1447, il laisse éclater et poursuit, l’épée à la main, Agnès Sorel. Celle-ci pour sauver sa vie, se réfugie dans son royal amant. Selon d’autres récits, le dauphin aurait giflé Agnès Sorel devant le roi. Le dauphin est prié d’aller gouverner dans le Dauphiné et ne reviendra à la cour, qu’en 1461, après la mort de son père. Il demeure le seul prince dans l’histoire de France qui ait osé manquer de respect à ce point à une favorite royale. C’est sous les conseils d’Agnès Sorel, que Charles VII entreprend de reconquérir la France. Lui qui n’aimait que plaisirs et fêtes, qui n’avait pas le goût du pouvoir, affichait une triste mine et semblait être influençable dans sa jeunesse, semble encore avoir pris du goût à la politique et rêve de conquêtes. Le roi veut briller aux côtés de sa favorite. Agnès Sorel le suit partout où il va. Aux côtés d’Agnès, Charles VII rayonne, retrouve une nouvelle jeunesse. Un contemporain note à propos du roi et de sa maîtresse : « Enflammé pour elle à ce point qu’il ne pouvait supporter qu’elle lui manquât un instant : à table, au lit, au Conseil, il fallait toujours qu’elle fût à ses côtés ». 

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Agnès Sorel donnera trois filles à Charles VII :
- Marie de Valois (1444-1473), marié en 1458 à Olivier de Coëtivy, comte de Coëtivy et de Taillebourg et sénéchal de Guyenne.
- Charlotte de Valois (1446-1477), marié en 1462 à Jacques de Brézé, sénéchal de Normandie. Elle est morte assassinée par son époux quinze plus tard quand il la surprend dans les bras de l’un de ses écuyers à quelques pas du lit conjugal. Elle est la mère de Louis II de Brézé, époux de Diane de Poitiers, célèbre favorite d’Henri II
- Jeanne de Valois, épouse d’Antoine de Bueil, comte de Sancerre et chancelier du roi.
- Une fille, morte quelques heures après elle. Enterrée avec elle.

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 Ce serait sous l’influence d’Agnès Sorel que Charles VII entreprend de reconquérir Guyenne et Normandie, occupées par les Anglais. Agnès Sorel, enceinte de sept mois, reste dans son beau manoir de Loches, en Touraine. Dans le plus grand des mystères, pendant l’hiver de 1449, Agnès quitte Loches pour entreprendre un long voyage. Malgré son état, elle rejoint Charles VII à Rouen. Mais quelles sont les raisons de ce voyage ? Agnès Sorel serait-elle venue pour faire part à Charles VII, le complot ourdi par le dauphin Louis ? Où avait-elle peur de voir une autre femme s’attirer des faveurs de Charles VII notamment sa cousine, Antoinette de Maignelais, qu’elle a elle-même introduite à la cour pour être la nourrice de ses enfants nés de sa liaison avec le roi. Antoinette, ambitieuse, intelligente et d’une grande beauté ressemble un peu à Agnès Sorel. Quoiqu'il en soit, Agnès Sorel est installée à Mesnil-sur-Jumièges par Charles VII. Peu de temps après, Agnès Sorel est prise d’un flux de ventre. Elle décède subitement le 9 Février 1450 après avoir accouché avant-terme d’une fille qui ne survivra que quelques heures et qui sera enterrée avec elle. Charles VII, très attristé par la mort soudaine de sa favorite, décide de lui faire construire deux magnifiques tombeaux : l’un à la collégiale de Saint-Ours, à Loches, où son corps est inhumé avec celui de sa fille, l’autre à l’abbaye de Jumièges, où son cœur est placé. Cette mort très soudaine est penchée à un assassinat et nombreux suspects sont accusés : le dauphin Louis qui ne supportait la liaison de son père avec Agnès Sorel, Antoinette de Maignelais, cousine d’Agnès, qui jalouse et désireuse de prendre sa place auprès du roi, l’aurait assassinée (elle la suivra dans le lit du roi trois mois après sa mort) et Jacques Cœur qui était plus que son ami et qu’elle avait désigné comme un de ses exécuteurs testamentaires. En 1794, comme toute tombe des membres ou des personnes proches de la famille royale, celle d’Agnès Sorel est détruite. Il faut attendre 2004 pour que son corps soit exhumé. Une autopsie de son cadavre est alors effectuée. Il semble qu’Agnès Sorel aurait été empoisonnée au mercure soit par faute de dose médicale ou volontairement. Il faut attendre le 2 avril 2005, pour que le tombeau d’Agnès Sorel regagne la Collégiale de Saint-Ours.

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Source : "Agnès Sorel, première favorite officielle" de Francoise Kermina